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Après une année « chaotique » : Alpha va-t-il enfin changer ?
Aliou Sow Jeudi, 03 Janvier 2013 17:48
Le discours à la Nation du chef de l’Etat à l’occasion du Nouvel-an n’a pas eu d’écho « favorable » chez la majeure partie de l’opinion. C’est le moins qu’on puisse dire, tant nombreux sont les Guinéens qui ne cachent pas leur désespoir face à la méthode de gouvernance du pouvoir actuel, qui n’a fait que s’inscrire à peu d’exceptions près, dans la logique des régimes précédents.
Le discours à la Nation du chef de l’Etat est traditionnellement un moment où l’audimat des médias d’Etat crève tous les records. Mais cette fois-ci, ce ne fut vraiment pas le cas. Les populations de la capitale vaquaient tranquillement à leurs occupations, préoccupées qu’elles sont par la quête de leur pitance, pendant que le laïus du professeur tournait en boucle sur le petit écran de la RTG. La direction générale de la RTG s’étant sans doute aperçue que le message n’est pas passé, a procédé à une rediffusion du fameux discours présidentiel. Qui a été une occasion pour Alpha Condé de dresser son bilan, en mettant l’accent sur les quelques acquis dont l’obtention du PPTE et la signature du 10e FED. Nous n’allons pas nous appesantir sur tous les aspects de cette intervention. Mais en y jetant un regard, on s’aperçoit que le président a occulté la crise qui plombe l’échiquier politique. Avec le quiproquo concernant les préparatifs des législatives. Scrutin censé mettre un terme à la transition.
Il salue plutôt le geste de Bakary Fofana, qui de façon unilatérale a déroulé un chronogramme électoral, fixant le vote pour le 12 mai 2013, au grand dam de l’opposition qui a crié au scandale. Ainsi dira-t-il « la mise en place d’un calendrier électoral, dans le prolongement de la recomposition paritaire de la Commission électorale nationale indépendante, a permis à nos partenaires extérieurs de constater notre attachement profond au pluralisme politique et à la réhabilitation du suffrage universel ».
Sans pour autant rassurer la classe politique, le président a promis que « les prochaines élections législatives dont la transparence et l’équité seront totales, vont permettre au peuple souverain de choisir ses représentants à l’Assemblée nationale ». A l’issue de ces élections, « la Guinée aura enfin une représentation nationale digne de ce nom pour mener un débat démocratique libre, consensuel ou contradictoire, mais toujours constructif », soutient-il.
Et, cerise sur le gâteau, Alpha Condé annonce pour l’année 2013 qu’il « veillera particulièrement à la définition et à la mise en œuvre d’un statut de l’opposition dont la voix sera entendue et prise en compte dans la gestion des affaires publiques ».
Versant dans l’autosatisfaction, le président parle de « grandes avancées sur le plan social, économique et politique obtenues grâce à de profondes réformes ». Alpha Condé a ainsi résumé les prouesses accomplies depuis son investiture en une phrase : « En deux années seulement, nous avons réussi là où des décennies de mal gouvernance ont échoué. »
Ces avancées se traduisent « sur le plan social par la création depuis janvier 2011 de 42.900 emplois directs dans le secteur formel », selon lui. Le chef de l’Etat a aussi cité parmi les acquis « la baisse du prix des denrées de première nécessité. Le prix du sac de riz importé est ainsi passé de 250 000 à 180 000 francs guinéens. En 2012 l’accès à l’électricité dans les foyers s’est considérablement accru. Les chefs-lieux des 33 préfectures du pays sont désormais éclairés grâce à un programme d’énergie solaire. »
Pourtant, à observer ce qui se passe sur le terrain, bien des gens se demandent si les actes posés par le gouvernement ont une répercussion sur la vie des ménages. Car, rares sont les Guinéens qui arrivent à manger aujourd’hui à leur faim. La galère n’a jamais été aussi accentuée chez les populations. Quant aux secteurs de l’eau et de l’électricité, certes des investissements sont en train d’être faits dans des conditions qui frisent l’opacité, tant les sommes engagées sont énormes sans aucune lisibilité, mais la capitale continue de broyer du noir. Et les robinets de la Seg sont toujours à sec, même dans des quartiers huppés de la cité, comme Kipé ou Kaporo. Pour ne citer que ceux-ci.
La situation politique demeure elle, crispée. Et entre le pouvoir et l’opposition, on assiste à un dialogue de sourds qui freine toute organisation vers des élections transparentes. Et certains observateurs accusent le pouvoir de s’être lancé dans une précampagne de longue haleine, en déboursant des espèces sonnantes et trébuchantes, pour « acheter » la conscience de certains électeurs potentiels. Ceux-ci, organisés en mouvement de soutien, y voient une aubaine pour gagner de l’argent. Jusqu’à quand va durer cette chienlit ? Il revient au président de la République de se demander pourquoi le mécontentement gagne du terrain dans le pays, en seulement deux ans de gouvernance, lui dont l’avènement avait pourtant suscité grand espoir chez les citoyens, ce malgré les conditions qui ont prévalu à son élection. Si tel est le cas, il pourra certainement en tirer les leçons et revoir sa copie. Car à entendre son discours, l’opinion est quasiment restée sur sa faim. Elle qui s’attendait à l’annonce de mesures prospectives destinées à fixer le cap de la gouvernance Alpha pour l’an 2013.
Aliou Sow
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
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