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Arrestation des présumés auteurs de Mme Boiro : Des zones d’ombre persistent

Malick Diallo  Mercredi, 02 Janvier 2013 14:53

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GARE_Mohamed_01La Direction générale de la police a présenté la semaine dernière deux présumés auteurs de l’assassinat de Mme Aissatou Boiro, ex-directrice nationale du Trésor et de la comptabilité publique. Il s’agit d’un certain Alpha Oumar Bah dit « Bewa » et d’un Sierra-léonais du nom de Mohamed Sankhon.

C’est le directeur général de la police en personne, Mohamed Garé, qui a présidé cette présentation des présumés auteurs de l’assassinat de Mme Boiro Aissatou à la presse. S’exprimant pour l’occasion, il a déclaré « vous savez que depuis le 9 novembre, nous avons enregistré ici à Conakry deux cas de meurtres et immédiatement la police nationale a constitué une commission d’enquête. Je suis là aujourd’hui pour vous présenter les auteurs de ce crime odieux. Je voudrais vous dire que ces auteurs qui ont été arrêtés en partie par la police et qui ont opéré ce jour-là sont au nombre de cinq (5). Vous avez Mohamed Sankhon qui est léonais d’origine, qui est un grand bandit, qui est le deuxième cerveau moteur de cette situation. Vous avez Alpha Oumar Bah dit "M’Bewa" et Alpha Oumar Barry dit Al Barry, qui est en fuite, Thierno "boucher qui" est aussi en fuite et vous avez Djibril Diallo dit "foula boy". » Voilà donc planté le décor. Les présumés bandits ont eu droit eux aussi à la parole. Ainsi Alpha Oumar Bah dit "M’Bewa" rejette en bloc son implication dans l’assassinat de Mme Boiro. « Je ne sais pas pourquoi je suis là. Je n’en sais rien sur l’affaire de Mme Boiro, parce que ce n’est pas moi qui ai pris le téléphone. Moi, c’est Barry qui me l’a donné. Moi je n’ai pas participé à l’assassinat de Mme Boiro, c’est Barry, Djibril et Thierno "boucher" qui l’ont tuée. Après, ils ont envoyé le véhicule et m’ont dit de le conduire. Nous sommes allés à Foula Madina. Moi, je ne savais pas que quelqu’un a été tué. Moi, quand les policiers sont venus, ils n’ont rien trouvé sur moi. Moi, je ne peux pas confirmer quelque chose dont je ne sais pas ». Son présumé complice Mohamed Sankhon s’explique : « j’ai été interpellé suite à un accident que j’ai fait à Yattaya. Par après j’ai été conduit à la police de Yattaya. J’ai participé à des opérations avec "Junior" et aussi avec des gendarmes. Les policiers sont allés perquisitionner chez moi et ils ont trouvé des effets. Je leur ai montré où se trouve "Junior". J’ai eu l’arme avec un certain Sidibé qui est gendarme avec un certain "Junior" pour lequel je travaille. C’est à lui que je revends les véhicules volés ». Ce sont-là les deux présumés auteurs des meurtres Mme Boiro et de Paul Temple Cole, selon la police. Trois autres bandits liés à ces crimes seraient en fuite.

Abdoul Kadiri Condé, directeur de la police judiciaire prend ensuite la parole pour éclairer l’opinion sur l’interpellation de ces bandits. « Quand ce malheureux événement est survenu la sécurité a mis en place une commission et tous les services de police ont été mis en alerte maximale avec pour instruction de mettre à la disposition de la commission tous les malfaiteurs qui seront arrêtés en possession d’une arme. C’est ainsi que le 12 décembre Mohamed Sankhon, qui est là et a été arrêté en possession d’un fusil mitrailleur PMAK et plusieurs cartouches, a été mis à la disposition de la commission. Interrogé sur la provenance de l’arme, il a dit qu’il est un indicateur et qu’il l’a achetée pour le compte de son patron pour traquer les bandits. Le lendemain Mohamed a nié tous les faits qui étaient portés à sa charge parce que nous soupçonnions qu’il faisait partie de la bande. Mais, heureusement pour nous Alpha Oumar Bah dit "M’Bewa" qui est là également a été arrêté le lendemain parce que nous avons remarqué que c’est lui qui utilisait le téléphone de Paul Cole, cinq heures seulement après son assassinat. Nous avons perquisitionné chez Mohamed Sankhon, ça nous a permis de mettre la main sur une clé USB qui appartenait à M. Paul Temple Cole. Cette clé ne contenait que des fichiers de Paul. Face à l’évidence, ils ont été obligés de reconnaitre les faits. » Voilà qui est clair comme explication. Seulement, il reste à savoir qui sont les fugitifs. Le nommé Sidibé serait un gendarme. Mais l’opinion aimerait aujourd’hui savoir dans quelle unité servait ce fameux Sidibé. S’il est réellement en cavale, comme le laisse supposer la police.

La police a abattu un travail titanesque en procédant à l’arrestation de ces présumés assassins, il faudrait donc qu’elle apporte plus d’éclairage sur le lien entre les 5 bandits, qui ont perpétré ces crimes. Ainsi, l’opinion sera mieux située sur les tenants et les aboutissants de cet acte crapuleux.

Ce coup de filet réussi a permis aux services de police de prendre en quelque sorte « leur revanche » sur leurs « frères » gendarmes. C’est du moins l’avis de certains observateurs. Pour qui la police guinéenne n’était plus que l’ombre d’elle-même. Ce, depuis l’avènement de la junte, qui avait l’air de l’avoir marginalisée. L’implication de certains barons de la police dans le trafic de drogue, comme avait réussi à le prouver la junte, avait aussi terni l’image de cette police, qui a besoin de se refaire une virginité. A elle désormais de saisir l’occasion pour faire preuve de professionnalisme dans son travail.


Malick Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu

  

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