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Face à un pouvoir intransigeant, l’opposition adopte une posture radicale

Boubacar Bagnan Diallo  Mardi, 01 Janvier 2013 15:50

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mission_opposition_Gueckedou_Dec2012_2_01La mission de l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) et le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition a regagné Conakry samedi dernier. Et s’est aussitôt attelée à rendre compte de son séjour devant des militants regroupés au siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), adoptant ainsi la fermeté face à l’intransigeance du pouvoir.

Le président de l’UFDG Cellou Dalein Diallo et ses pairs de l’ADP et du Collectif étaient réunis en assemblée générale au siège de son parti, samedi dernier. Devant une foule de militants fortement mobilisée, les opposants ont décrit leur séjour en Guinée forestière, où ils s’étaient rendus au chevet des victimes des récents incidents qui ont troublé la quiétude dans cette cité située à près de 700 kilomètres de Conakry. Cette assemblée générale a été l’occasion pour l’opposition de tirer à boulets rouges sur le pouvoir. Cellou Dalein est monté au créneau pour dénoncer le comportement du nouveau président de la CENI, Bakary Fofana, qui selon lui suivrait les traces de son prédécesseur. Il a estimé que ce qui est en train de se passer au niveau de cette institution est inacceptable. « Nous avons fait beaucoup de concessions pour qu’on aille à ces élections législatives.

La CENI que nous avons revendiquée n’a pas été obtenue. Parce que nous voudrions une CENI paritaire, mais tel n’a pas été le cas parce qu’on a donné 12 commissaires à la mouvance, les dispositions de la loi n’était pas bonnes. » Puis de dire « qu’aujourd’hui, les actes que le président de la CENI est en train de poser commandent de la part de l’opposition, de prendre des dispositions fermes et responsables car Bakary Fofana a accumulé les fautes, dont la dissimulation du rapport de l’OIF qui n’est pas favorable à Waymark. » Pour Dalein, « cela aurait suffi pour demander son départ, parce qu’il est le garant de la transparence du scrutin.

Son refus de publier un document établi qui visait à s’assurer que les 21 recommandations qui avait été formulées, avaient été suivies, est un délit pour le président de la CENI. Deuxième faute, il a décliné à la télévision nationale un chronogramme qui n’est pas adopté par l’instance compétente de la CENI », a regretté le président de l’UFDG. Face à cette situation poursuit-il, il faut reconnaître qu’il y a une crise à la CENI. « Je voudrais lancer un appel au gouvernement pour qu’il respecte l’opposition.

Nous avons revendiqué au cours du dialogue pour que les démembrements de la CENI soit recomposés, il faut que ce soit clair, nous n’allons pas accepter ce qui est en train de se passer à la CENI. Nous pensions que nous allions passer par le dialogue pour organiser des élections paisibles. Mais le gouvernement ne le veut pas.

Il a instruit à M. Bakary Fofana de prendre seul des décisions. Il nous transmet un chronogramme de recomposition des démembrements sans en parler à aucun commissaire de la CENI.

La question de Waymark n’est pas résolue. Hier (NDLR, vendredi dernier), ils les ont convoqués pour procéder au transfert des données de Sagem à Waymark, parce que pour eux cela est réglé. Waymark n’est pas fiable, quelles que soient les conclusions du rapport de l’OIF, nous n’allons pas l’accepter, nous voulons d’un autre opérateur choisi dans la transparence », a-t-il fait savoir. Avant de marteler «Nous les mettons en garde, parce qu’il n’est pas question pour nous d’accepter d’aller à la révision avec Waymark.

Alors que le rapport de la Francophonie n’est même pas retrouvé, il faut que vous soyez sûrs qu’on n’obtiendra rien de la CENI. On sera obligés de reprendre la rue, et il faut que vous soyez prêts, parce qu’on ne va plus accepter. » Le président de l’UFDG a indiqué que l’opposition attendait que des missions de la CENI aillent à l’intérieur du pays pour procéder à la recomposition des démembrements, mais « le ministre de l’Administration du territoire a fait de l’immixtion dans le fonctionnement de la CENI », a-t-il lancé.

Preuve de la mainmise du pouvoir sur la CENI, « c’est le ministre de l’Administration du territoire qui écrit pour dire qu’il faut recomposer les démembrements de la CENI sans en informer aucun parti », se plaint Dalein. Alors que la logique aurait voulu qu’on informe les partis, qu’on envoie des missions de l’opposition pour informer les représentants.

« Pourquoi ils ne veulent pas avoir d’égard pour l’opposition et pour les lois de la République ? C’est parce qu’ils n’ont pas d’égard pour eux-mêmes. Si on veut aller à des élections apaisées, on sait quelle est la procédure. El hadj Alpha Condé sait que si les élections sont transparentes, il ne va pas retrouver ses 18%, parce que le ras-le-bol est général », a estimé le candidat malheureux des présidentielles de 2010.

Puis d’enfoncer le clou en ces termes : « Que ceux qui considèrent que l’organisation des manifestations pacifiques autorisées par la constitution sont des provocations ou des sources d’affrontements se lèvent pour demander au gouvernement et à la CENI de respecter les règles et les procédures.

La paix n’est pas chère, mais elle a un prix, c’est la justice, le respect de la loi. » Cellou Dalein a mis cette occasion à profit pour lancer un appel à la mobilisation pour des actions de désobéissance civile. « Soyez prêts, nous n’allons pas les laisser, nous avons dit partout où nous sommes passés. Il faut que les gens soient prêts pour organiser des manifestations pour obtenir le départ de Waymark, le vote des Guinéens de l’étranger et la mise en place de toutes les conditions pour l’organisation des élections libres et transparentes », a-t-il averti. Car c’est légal pour les partis politiques d’organiser des manifestions a estimé l’opposant. « J’ai dit aux religieux aussi bien au Fouta qu’en Forêt, d’arrêter de se faire instrumentaliser par les préfets, la marche pacifique est autorisée par la constitution. 

S’ils ne veulent pas du dialogue, du respect de la loi, nous allons sortir et l’exiger », a-t-il prévenu. Pour rassurer l’auditoire, Dalein a reconnu que la majorité de l’opinion est frustrée par la gestion du pouvoir actuel. « Soyez prêts, nous ne sommes pas seuls aujourd’hui, ceux qui ont soutenu Alpha Condé se sont rendus compte qu’ils ne peuvent pas soutenir une politique qui divise la Guinée et qui viole les lois de la République, ce qui est source d’insécurité pour les citoyens.

Vous n’êtes pas seuls dans ce combat, nous allons être de plus en plus nombreux », a-t-il lancé à ses militants. L’opposant a terminé son speech, par un hommage à la presse qui selon lui est présente dans tous les combats pour apporter une contribution dans la lutte pour l’instauration de la démocratie.

Boubacar Bagnan Diallo 
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu 


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La mission de l’opposition à Guéckédou (Mohamed Soumah, GéCi - Cellou Dalein Diallo, UFDG - Sidya Touré, UFR - Lansana Kouyaté, PEDN)
 

 
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