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Après 2 ans de gouvernance : Alpha a du mal à convaincre
Thierno Hassana Bah Mercredi, 26 Décembre 2012 17:03
21 décembre 2010-21 décembre 2012, cela fait deux ans, jour pour jour, depuis qu'Alpha Condé a été investi à la magistrature suprême de notre pays. Après deux ans de gestion du pouvoir par l’ancien opposant historique, les Guinéens restent toujours sur leur faim quant à la fourniture des services sociaux de base, la réconciliation nationale, le secteur politique et sécuritaire.
Suite à l’organisation du second tour de l’élection présidentielle le 7 novembre 2010, Alpha Condé a été investi dans ses fonctions de président de la République le 21 décembre de la même année. Le 21 décembre dernier il a bouclé ses deux ans de gestion du pouvoir au cours desquels des actes positifs et négatifs ont été enregistrés. Rétrospective de deux ans de gestion.
Le PPTE ou la raison de « jubiler » du gouvernement
Le premier acte posé par Alpha Condé dès sa prise de fonction, c’est la suppression de l’impôt de capitation qui était de 5000 GNF par tête. Dans le secteur économique, le gouvernement d'Alpha Condé s’est attelé à l’assainissement du fichier de la fonction publique. Ce qui a permis de dénicher beaucoup de doublons et de cadres fictifs dans l’administration.
Dans l’optique de sécuriser les ressources financières de l’Etat, le président Alpha Condé a créé le guichet unique. Au cours de ces deux ans, le pouvoir a pu réduire le taux du déficit budgétaire de 13 à 2%. Il a également su maîtriser l’inflation. Ce qui fait que le franc guinéen a maintenu sa valeur par rapport aux devises. L’autre acte positif de ce bilan d'Alpha Condé c’est l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE le 26 septembre dernier qui a abouti à l’effacement de la dette publique de la Guinée à hauteur de plus de deux milliards de dollars US. A cela il faut ajouter la récente signature du 10e FED par le ministre de l’Economie et des Finances et le chef de la délégation de l’UE en Guinée. Il faut rappeler que ce fonds se chiffre à plus de 174 millions d’euros.
Il faut regretter cependant que ces différentes performances de la Guinée ne soient pas répercutées sur le panier de la ménagère. Car la vie du Guinéen reste toujours précaire à cause de la cherté des denrées de première nécessité.
Concernant le secteur des services sociaux de base comme la desserte en eau et en électricité, les Guinéens restent sur leur faim. Et ce, malgré les propagandes faites à ce sujet. Des quartiers de la haute banlieue ne reçoivent toujours pas d’eau dans leurs robinets ou s’il y a des gouttes d’eau qui en sortent c’est par intermittence comme d’habitude. Tel est aussi le cas pour la fourniture d’électricité. Pis, il y a des quartiers qui ne reçoivent plus le courant comme avant.
L’autre facteur qui fâche dans le bilan économique d'Alpha Condé, c’est la destruction des emplois à cause de la fermeture de plusieurs entreprises. C’est le cas de la faillite ou la mort de la première société guinéenne de télécommunications où des milliers de travailleurs ont perdu leurs emplois. La première usine d’alumine en Afrique de l’Ouest (Friguia) se trouve dans la même situation que la Sotelgui. Il y a aussi le départ de BH Billiton. D’autres entreprises minières menacent de plier bagage.
Dans ce bilan économique, les sujets qui ont fait l’objet de débats houleux au sein de l’opinion nationale, c’est aussi l’affaire des 700 millions de dollars US de Rio Tinto ou encore les 150 millions de dollars US que le gouvernement angolais aurait prêtés à la Guinée. Quant à l’affaire du contrat de prêt des 25 millions signé en catimini entre la société Palladino et le gouvernement guinéen, ce dernier a été obligé de restituer le montant après que le CNT eut dénoncé le caractère illégal du contrat.
Comment sortir de l’impasse politique ?
Le bilan d'Alpha Condé sur le plan politique reste mitigé, sinon négatif. Alors qu’il se prévalait d’avoir lutté quarante années durant pour l’instauration d’un Etat de droit en Guinée, le président Alpha Condé n’a plutôt que déçu. Car il a suivi la trace de ses prédécesseurs qu’il a toujours combattus.
Depuis son installation à la tête de la Guinée, il y a deux ans, il n’arrive pas à organiser les élections législatives pour parachever la transition. Pourtant, selon la loi, celles-ci auraient dû se tenir six mois après l’élection du président de la République. Voulant se donner une majorité à l’Assemblée nationale, Alpha Condé a dissous la plupart des conseils communaux du pays, accusant ceux-ci de malversations financières. Alors que le code des collectivités locales dit que c’est le tribunal qui destitue un conseil communal dans de telles situations. Ensuite, au lieu de s’attaquer à l’essentiel, le président Alpha Condé a jugé utile de modifier le fichier électoral qu’il a qualifié de mauvais alors que c’est sur la base de ce fichier qu’il a lui-même été élu. Pour atteindre son objectif, un opérateur de saisie sud-africain a été concocté, sans appel d’offres comme le prévoit la loi des marchés publics. C’est ainsi que l’opposition a organisé des marches de protestations contre cette volonté du président Alpha Condé de modifier vaille que vaille le fichier électoral, contrairement à la loi électorale qui parle de révision. Ou de caporaliser la CENI. Ces différentes marches, pour la plupart, ont été réprimées dans le sang. Ces marches étant volontairement interdites par les autorités, les militants de l’opposition qui ont osé braver l’interdiction ont été arrêtés. Beaucoup d’entre eux ont été condamnés, alors que d’autres ont monnayé leur liberté par des fortes sommes au niveau des escadrons de gendarmerie et des commissariats de police. C’est au prix de ces différents sacrifices qu’Alpha Condé a accepté de recomposer la Commission électorale, permettant ainsi l’installation des nouveaux commissaires début novembre.
Avant cette recomposition de la CENI, il faut souligner que des leaders de l’opposition avaient été empêchés d’effectuer leurs tournées à l’intérieur du pays. Des administrateurs locaux que sont les préfets et sous-préfets, voire même des ministres (Tata Vieux, Bantama Sow), n’ont pas hésité à forcer ouvertement, sous des menaces, des cadres à adhérer au RPG-Arc-en-ciel au risque de perdre leur poste. Ces gens, oubliant qu’ils sont au service de l’Etat et représentent ce dernier dans leurs lieux administratifs respectifs, se sont érigés en directeurs de campagne du parti au pouvoir. Ce qui a créé beaucoup de frustrations au sein de la population allant jusqu’à créer des tensions sociales. La suite on la connaît.
La situation sécuritaire de plus en plus préoccupante
Si au début, les Guinéens se félicitaient de l’initiative de réforme du secteur de sécurité et de défense, cette satisfaction ne sera que de courte durée. Malgré que les militaires soient moins visibles dans la rue avec des kalachnikovs, cela n’a, en rien, réduit le phénomène d’insécurité qui a atteint son point culminant avec l’assassinat de la directrice du Trésor public, Mme Aissatou Boiro, le 9 novembre dernier. Quelques mois avant cet acte ignoble, un chauffeur de taxi avait été tué à bout portant par un caporal de l’armée guinéenne. Il faut rappeler que le directeur national de la Statistique au ministère de l’Education nationale a été froidement tué à son domicile par des inconnus en début 2011. Durant donc ces deux années passées, les Guinéens ont renoué avec l’insécurité. Ils ont été victimes de braquages, d’attaques à main armée, et ce, en pleine journée parfois. Sans compter les enlèvements. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un corps sans vie ne soit retrouvé quelque part à Conakry.
Le train de la réconciliation en panne
Entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2010, la Guinée a connu des tensions sociopolitiques sans précédent. Dès après sa prise de fonction, le président Alpha Condé a mis en place une commission de réflexion provisoire sur la réconciliation nationale. Cette commission, il faut le rappeler, est coprésidée par le premier imam de la mosquée Fayçal et Mgr Vincent Koulibaly. Dès la mise en place de cette commission, les deux présidents ont engagé une série de rencontres avec les différentes coordinations régionales du pays. Ces démarches ont été arrêtées peu après. Naturellement par faute de moyens, car la commission, comme l’a reconnu Mgr Vincent Koulibaly, n’avait pas de budget de fonctionnement. Est-ce par manque de volonté politique que cette commission n’a pas été dotée des moyens permettant son fonctionnement ? La question est sur toutes les lèvres.
Donc au lieu que les nouvelles autorités cherchent à recoller les morceaux du tissu social fortement déchiré à la suite de l’élection présidentielle, elles ont plutôt envenimé la situation. Après l’affaire de Galakpaye, c’est Saoro puis Zogota qui connaîtront des remous sociaux. Au mois dernier, des communautés pro et anti Boukary Keita se sont affrontées à Guéckédou. Au motif que celui-ci empêche certains citoyens de la préfecture de célébrer la fête de fin d’année au fleuve Makona parce qu’ils n’appartiendraient pas au RPG-Arc-en-ciel. Ce qui a davantage creusé le fossé entre la communauté kissi et celle du préfet.
Des chantiers en construction
Le secteur des infrastructures est celui dans lequel le gouvernement d’Alpha Condé a un bilan beaucoup plus positif. Car à ce niveau, il faut le reconnaître, du travail a été abattu. D’abord la poursuite des travaux de construction du tronçon Matoto-Dabompa débutés depuis 2005, de Tombo-Moussoudougou via le pont 8 novembre. Ensuite il y a les transversales reliant l’autoroute Fidel Castro et celle de la route Leprince qui sont en train d’être bitumées. C’est le cas de celle d’Enta/Sonfonia-Gare ou Kissosso-T5. A cela il faut ajouter l’entretien de certaines routes. Enfin, il y a la construction d’hôtels à Conakry, entre autres.
Bah Thierno Hassana
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu








