Thierno Hassana Bah Mardi, 18 Décembre 2012 17:53
Lors d’une conférence tenue à son siège le 14 décembre dernier, Jean-Marie Doré, président de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG), a, une fois de plus, dénoncé le choix de l’opérateur de saisie sud-africain Waymark, pour la révision du fichier électoral guinéen. Il s’est appuyé sur le rapport du PNUD et celui de l’OIF pour dire que si la Guinée veut des élections transparentes il faudra qu’elle ait un opérateur de saisie dont la fiabilité des machines est connue de tous.
« Pour ce qui me concerne, dit-il, nous avons contesté la position de la CENI au temps de Lousény Camara qui avait voulu cacher le rapport du PNUD qui invalidait Waymark. Puis on a pu sortir ce rapport qui dit que les machines de Waymark ne sont pas fiables, que le transfert des données de la Sagem sur Waymark n’est pas possible, et qu’il n’y a pas de garantie de sécurité avec les machines de Waymark. »
Entre autres faiblesses, Jean-Marie Doré cite le fait qu’il est possible de modifier la carte d’électeur. D’où le manque de sécurité, contrairement aux autres opérateurs dont la fiabilité des machines ne permet pas de modifier les informations d’un individu déjà enregistré dans leur kit.
« Avec Waymark, on peut vous recenser avec toutes les informations vous concernant pour que vous votiez à Taouyah, mais en réalité la machine recommande de vous envoyer voter à Boola (Beyla), parce qu’après on peut sortir la carte. Alors qu’une bonne machine, un bon kit répondant aux normes internationales, tant que les données sont dans les machines on ne peut plus les modifier. Or, avec Waymark on peut sortir les données biométriques et les modifier. C’est-à-dire que quand vous partez on change votre date de naissance, votre filiation. Vous venez voter et on vous dit non. C’est bien votre nom de famille, mais ce n’est pas vous parce que vous n’êtes pas né à cette date-là. C’est ça la divergence » a-t-il révélé avant de poursuivre : « Ça c’est le cas de Labé où on a vu beaucoup d’électeurs de cette localité qui ont été envoyés à Lola. Je ne sais pas comment quelqu’un qui est recensé à Daralabé peut aller voter à N’Zoo. C’est impossible. C’est une des raisons pour lesquelles le PNUD a dit qu’il ne faut pas prendre Waymark en l’état actuel. »
Le leader de l’UPG rappelle que c’est après plusieurs tiraillements que des experts de la Francophonie sont arrivés en Guinée pour faire l’audit des machines de Waymark. Experts qui ont décelé vingt faiblesses de cet opérateur controversé. Parmi ces faiblesses se trouve l’impossibilité de transférer le fichier électoral de la Sagem à Waymark. Mais quelques semaines après il a été dit que ce transfert est fait. S’il est possible de corriger certaines de ces faiblesses, il y en a bien d’autres, selon Jean-Marie Doré, qu’on ne pourrait corriger : « Parmi ces vingt faiblesses, trois ne sont pas corrigibles parce qu’il faudra qu’on change à l’usine toutes les machines de Waymark. Ce qui n’est pas possible si on veut organiser les élections en 2013. » Malgré cette impossibilité de correction, l’ancien premier ministre affirme qu’il faut tel ou tel opérateur. Pour lui, c’est la transparence qui compte. « Nous ne disons pas qu’il faut la Sagem ou Waymark. Ça m’est complètement égal. Pourvu qu’il y ait la garantie d’une bonne révision, que tous les citoyens en âge de voter soient sur les listes électorales », a-t-il précisé avant de dénoncer le fait que le président actuel de la CENI, Bakary Fofana, ait caché le rapport de l’OIF qui accablerait davantage Waymark. Rapport qui, dit-il, est bien parvenu au président de cette institution il y a plus d’une dizaine de jours, mais dont les autres membres n’ont pas senti l’odeur. Ce qui pourrait entacher la confiance en l’homme aux yeux de l’opposition guinéenne qui commence déjà à douter de son impartialité dans la gestion des élections.
Se prononçant sur le vote des Guinéens de l’étranger, Jean-Marie Doré a dit que la loi électorale a tranché ce problème. Selon lui, dans l’esprit de la loi, tous les Guinéens doivent participer aux élections nationales. Mais les législatives, poursuit-il, les Guinéens de l’étranger ne peuvent voter qu’à l’uninominale, c’est-à-dire pour les soixante-seize (76) députés.
Il faut rappeler que la pomme de discorde actuelle entre le pouvoir et l’opposition repose sur la question de Waymark et du vote des Guinéens de l’étranger. Alors que les élections législatives sont programmées pour le 12 mai 2013, il est à se demander si ces deux exigences de l’opposition seront prises en compte.
Thierno Hassana Bah
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu