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Bakary Fofana désavoué : vers une CENI mort-née ?

Aliou Sow  Mardi, 18 Décembre 2012 14:55

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DIALLO_Cellou_Dalein_FOFANA_Bakary_01Le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’est attiré les foudres de l’opposition dont le leader Cellou Dalein Diallo a demandé purement et simplement son départ. Pour avoir commis le péché de dissimuler le rapport de l’OIF, tout en rendant public un chronogramme électoral de façon « unilatérale ». Ce comportement qui dénote de sa dépendance vis-à-vis du gouvernement pourrait conduire à la remise en cause de la CENI elle-même, qui à l’allure où vont les choses sera vouée à disparaître.

A peine mise en place que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) se retrouve dans une zone de turbulence, par la faute de son président Bakary Fofana. En effet, Bakary Fofana dont l’élection avait été faite sous les réserves de certains membres du Conseil national des organisations de la société civile guinéenne (CNOSCG), vient de démontrer ses accointances avec le pouvoir. Donnant ainsi raison à ses détracteurs qui avaient clamé sur tous les toits que M. Fofana allait simplement marcher dans les pas de Lousény Camara, son prédécesseur, dont le passage à la tête de la CENI a été marqué par une crise sans précédent entre les parties prenantes au processus de transition. Le nouveau président de la CENI vient ainsi de poser deux actes qui illustrent le caractère partisan dans l’exécution de son mandat. Il s’agit primo de la dissimulation du rapport relatif au fonctionnement de l’opérateur sud-africain Waymark. Rapport fourni par une équipe d’experts de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qui avait été commise à cette tâche. Et secundo, la diffusion d’un chronogramme relatif à la date des élections législatives de façon « unilatérale ».

Face à cette nouvelle donne, l’opposition, à travers l’ADP et le Collectif, est sortie de ses gonds pour fustiger l’attitude du président de la CENI. Parlant « d’un manquement grave aux principes de transparence et d’une violation manifeste de la loi et du règlement intérieur fixant les règles de fonctionnement de cette institution ». Les dix commissaires de l’opposition au sein de la CENI ont eux aussi réagi suite à la publication du calendrier fixant le scrutin au 12 mai 2012. Ils se sont désolidarisés de cette démarche de Bakary Fofana, qui pourtant avait affirmé avoir agi au terme d’un travail collégial.

Dans leur déclaration, les dix commissaires rappellent que « depuis leur sortie de la retraite stratégique de Bel Air, les commissaires de la CENI, dans une parfaite harmonie, étaient en train de bâtir une nouvelle institution qui serait capable, par les actes qu’elle pose, de réconcilier les Guinéens à travers l’organisation d’élections législatives transparentes, crédibles, dans un climat de paix et de confiance retrouvée ».

Malheureusement, selon eux, « l’acte que vient de poser monsieur le président de la CENI n’obéit pas aux principes cardinaux de fonctionnement de l’institution ». Bakary Fofana vient en effet, « de contrevenir de manière unilatérale, à des décisions de la plénière souveraine et dont la plus importante était qu’aucune décision sur le chronogramme et sur l’opérateur technique en charge du fichier électoral ne devrait intervenir avant le 22 décembre 2012, et seulement après présentation et analyse du rapport de l’OIF », regrettent les représentants de l’opposition.

Soulignant que « la précipitation avec laquelle le président de la CENI a rendu public un tel chronogramme que nous estimions en chantier et dont aucun des préalables n’est à ce jour satisfait, augure d’un lendemain obscur pour la CENI qui, pourtant, à sa naissance, était porteuse de l’espoir renaissant et convergent des Guinéennes et des Guinéens. C’est la preuve tangible de la mise sous tutelle de la CENI, ce qui porterait gravement atteinte aux idéaux de paix, de justice et de démocratie dans notre pays ».

Preuve que Bakary Fofana est désormais sur la sellette, Aziz Diop, secrétaire général de la société civile, a au nom de son institution flétri la publication de ce chronogramme qui découle selon lui d’une action « unilatérale ». Du coup, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) Cellou Dalein Diallo a, au cours d’une tournée effectuée en Moyenne Guinée la semaine dernière, appelé au départ de Bakary Fofana. L’homme étant soupçonné de rouler pour le président Alpha Condé. Même le choix opéré pour meubler les départements créés par les commissaires durant leur retraite de Bel Air provoque des grincements de dents au sein de la structure. Le président ayant, dit-on, fait la part belle à ses « amis » de la mouvance présidentielle. Se dirige-t-on alors vers une CENI mort-née ? La question mérite d’être posée et les prochains jours pourraient nous édifier davantage. Au moment où nous allions sous presse, l’arrivée des experts de l’OIF était annoncée à Conakry, en vue de rendre officiellement leur rapport sur le fonctionnement de Waymark à la CENI.


Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu

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