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Problématique de l’insécurité : vers la restriction des libertés individuelles

Saidou Hady & Boussouriou Bah  Vendredi, 23 Novembre 2012 15:31

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CAMARA_Resco_CONDE_Alhassane_01Pour lutter efficacement contre l’insécurité et l’insalubrité qui battent leur plein à Conakry, le gouverneur de la ville, Sékou Resco Camara, a convié le jeudi 15 novembre 2012 les différents responsables de la capitale à une rencontre en vue de trouver des remèdes à ces fléaux.

Au cours de cette journée de concertation, le gouverneur de la ville a, dans son discours d’ouverture, demandé vivement aux responsables à tous les niveaux de travailler de concert pour dénicher les malfrats dans leur coin : « Je demande à la police, à la gendarmerie, aux chefs de quartiers, aux maires et à toute la population, de travailler ensemble pour identifier toute personne étrangère qui s’infiltre dans les quartiers ». Selon le gouverneur, la recrudescence de la criminalité ces derniers temps à Conakry et à l’intérieur du pays relèverait d’un acte de sabotage du gouvernement en place. A en croire Resco, ce ne sont pas tous les maires de Conakry qui sont pour le pouvoir du Pr Alpha Condé. « C’est pourquoi, dit-il, ils ne jouent pas pleinement leur rôle. Le premier rôle d’un maire c’est de sécuriser sa population. Mais ici c’est le contraire qui se passe, car les attaques à main armée, les vols de véhicules et les coupeurs de route sont devenus monnaie courante en Guinée. »

Sékou Resco s’est demandé par la suite comment les bandits se procurent ces armes et qui leur donne les munitions, avant d’ajouter qu’il faut que les chefs de secteur et les chefs de quartier prennent leurs responsabilités en fermant les bars et les maquis se trouvant dans leurs domaines de responsabilité. Plus loin, il accuse ces derniers d’être responsables de ces crimes. « Les chefs de quartier et les chefs secteur sont responsables de ces crimes », a-t-il accusé avant de promettre de mettre à leur disposition des moyens nécessaires pour leur permettre désormais de traquer les malfrats et en même temps mener des enquêtes minutieuses dans les cours fermées où on ne voit que des véhicules non immatriculés.

Le président de la Délégation spéciale de Matoto, Mohamed Koumandian Keïta, a, dans son intervention, évoqué le manque de moyens à savoir les véhicules, le carburant, et les armes. Pour lui, il faut un grand effort pour rétablir la sécurité dans la capitale, car il faudrait doter les forces de sécurité des moyens nécessaires.

De son côté, le substitut du procureur du tribunal de première instance de Mafanco, Aly Touré, a dit que si le criminel qui est traduit devant la justice n’est pas convenablement jugé, l’insécurité va toujours persister. Selon lui, pour qu’il y ait la sécurité, il faudrait que la justice travaille en amont pourvu que ceux qui sont arrêtés ne se retrouvent plus dans la nature. « Cependant, ajoute-t-il, nous avons un problème de procédure dans notre pays, car la procédure judiciaire guinéenne est copiée à l’image des pays européens. Celui qui a volé avec des armes, le tribunal de première instance qui a arrêté le voleur ne peut pas le juger. Il faut la cour d’assises pour le juger. Or, cette cour ne s’ouvre que chaque trois mois. Maintenant le citoyen victime et la population qui ont vu le bandit arrêté veulent voir le criminel immédiatement jugé et condamné ».

Voyant donc cette discordance, le substitut a lancé un plaidoyer à l’Etat pour réformer cette procédure afin de donner la possibilité aux tribunaux correctionnels de juger en un temps record sans attendre la session de la cour d’assises.

Cette sortie du gouverneur de Conakry vise en réalité à intimider les chefs de quartier, les poussant à faire preuve de zèle contre de paisibles citoyens. C’est du moins ce que pensent de nombreux observateurs. Et une lecture de l’intervention du gouverneur permet de comprendre que c’est une sorte de prime à la délation qui vient d’être instituée par le ministère de l’Administration du territoire, qui autorise désormais les élus locaux à « espionner » les habitants de leur circonscription. C’est là une démarche destinée à restreindre les libertés individuelles. Un défenseur des droits que nous avons contacté à propos de la question s’inquiète et craint que certaines autorités ne franchissent le pas, en se livrant à des violations des libertés. Déjà, les forces de sécurité ont ouvert une chasse à l’homme dans les communes de la capitale. Interpellant à tout vent des « innocents ». Qui sont présentés à la télévision sur les écrans de la télévision nationale. Au nom de la sacro-sainte lutte contre le grand banditisme.


Saidou Hady & Bah Boussouriou
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu

 
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