Boubacar Bagnan Diallo Jeudi, 15 Novembre 2012 15:26
Face à la vague d’insécurité qui ne cesse de monter dans la capitale, le ministre de la Sécurité et de la Réforme a animé une conférence de presse dans les locaux de son département mardi dernier. Dr Maramany Cissé, qui a tardé à réagir après l’assassinat de la directrice du Trésor national la semaine dernière par des hommes armés, a annoncé de nouvelles mesures pour éradiquer le phénomène de criminalité dans le pays, sans pour autant convaincre l’opinion.
Dès l’entame de cette conférence de presse, le ministre de la Sécurité a reconnu que les victimes de la criminalité sont devenues nombreuses aussi bien à Conakry qu’en provinces : « Depuis plusieurs mois nous assistons à une flambée de la criminalité, de la violence. Malheureusement, le phénomène perdure et prend de l’ampleur. Cette violence touche toutes les couches socioprofessionnelles. A Conakry, nous avons assisté à beaucoup de braquages. Il y a aussi le phénomène des coupeurs de routes qui est devenu récurent dans le pays. »
Puis de poursuivre son exposé en ces termes : « le gouvernement n’est pas resté bras croisé. Pour éradiquer cette violence des dispositions ont été prises au niveau national. Dans un premier temps nous avons institué des barrages nocturnes […] mais nous avons estimé que dans le cadre du respect des droits de l’homme et des libertés publiques, il faut alléger le dispositif de barrages. Pour faire face à la criminalité, le Conseil supérieur de la défense et le Conseil national de la sécurité ont eu à prendre des dispositions idoines en fournissant des motos, et la création d’une commission nationale de sécurité. »
« En tant que gouvernement et en tant qu’Etat, nous ne pourrons laisser l’anarchie s’installer dans le pays. C’est pourquoi les services de sécurité sont à pied d’œuvre pour tous les cas de crimes. Nous devons réagir. Dans cette œuvre, il faut une parfaite collaboration de l’ensemble des services nationaux chargés de l’application de la loi. Nous avons connu par le passé à des moments aussi critiques que maintenant un sursaut national », a-t-il lancé. Et de révéler « qu’actuellement les dispositifs de sécurité sont pris sur toute l’étendue du territoire, même si nous regrettons encore des attaques à mains armées. Nous allons mettre en œuvre un plan national de sécurisation qui va s’inscrire dans la durée. Nous allons nous attaquer à tous les facteurs qui engendrent la grande criminalité. La lutte à outrance contre le trafic de drogue, la lutte à outrance contre le trafic d’armes et contre le vol, le trafic des véhicules. Nous avons décidé de mettre fin à cette situation. »
Selon Maramany Cissé, il y aura dans les prochains jours une radicalisation de la lutte contre la criminalité. « Nous ne pouvons tolérer l’aggravation de la criminalité dans notre pays. Il faut que les citoyens se sentent à l’aise. On ne peut pas accepter dès que la nuit tombe, que chacun se barricade chez lui. Sinon où est la liberté ? »
« Notre ambition est de faire en sorte que tous les citoyens se sentent en sécurité. Pour ce faire, il faut la coordination de tous les efforts pour combattre le crime dans notre pays. Nous lançons un appel pour une collaboration entre les populations et les services de sécurité. Cette collaboration est indispensable, la lutte ne doit pas connaitre de pause», a souligné le ministre de la Sécurité.
Concernant l’assassinat de la directrice nationale du trésor, « cette situation interpelle le gouvernement », a reconnu Dr Maramany Cissé. Ce qui, dit-il, les amène à prendre de nouvelles dispositions pour éradiquer cette flambée de criminalité dans le pays. « Un comité mixte d’enquête est mis en place en coordination avec le ministère de la Justice et la gendarmerie nationale. L’enquête est en cours, ce qui est sûr, tout sera mis en œuvre pour que les crimes ne restent pas impunis. Les enquêtes évoluent, aucune piste ne sera négligée ou privilégiée. Pour le moment je ne saurai rien vous livrer, toutes les pistes seront explorées. Et au moment venu vous serez informez. Nous tenons à ce qu’aucun crime ne reste impuni », a promis le ministre de la Sécurité. Avant de terminer son propos, il a promis de renforcer les capacités d’intervention des services de sécurité, tout en demandant une collaboration de la population.
Cette sortie médiatique du Dr Cissé n’a en rien rassuré les pauvres citoyens pour leur sécurité. Car, à leur avis, ce sont des hommes en uniforme, émargeant sur le compte du contribuable qui représentent le gros de la menace dans la cité. Des exemples sont légion où des hommes armés de fusils automatiques et vêtus de treillis militaires s’en sont pris à de pauvres citoyens, les dépossédant de leurs biens. Et c’est la mort qui s’ensuit dans la majeure partie des cas. Sans que des enquêtes sérieuses ne mènent à l’interpellation des auteurs de tels actes criminels. Si les malfrats tombent dans les filets des services de sécurité, là, c’est la justice qui se charge simplement de les libérer, moyennant des dessous de table. Pour preuve, un assassin vient d’être relaxé du côté de Boké, après six mois d’emprisonnement. En voilà des pratiques héritées des régimes précédents, qui ont encore de beaux jours devant elles. Des cadres de la police et de la gendarmerie qui ont la propension à corruption et des juges « iniques », voilà ce que notre cher pays compterait le plus. Dans un tel environnement, l’insécurité ne peut que sévir au grand dam des pauvres populations. Ce n’est pas le renforcement des effectifs par des enrôlements opérés dans l’opacité la plus totale qui fera fléchir cette tendance. D’ailleurs, bien des gens pensent que plus on recrute des agents, plus la criminalité augmente dans la cité. Il faut surtout mettre l’accent sur le renforcement des capacités des agents en activité, par la formation. C’est du moins ce que conseillent ces observateurs, pour qui la mise en place d’un service anti criminalité s’avère aussi nécessaire. Une sorte de « commando de choc », entraîné et bien équipé, capable d’opérer avec dextérité et habileté. La Côte d’Ivoire avait eu recours à cette expérience à un moment donné, lorsque les bandits écumaient quotidiennement la capitale. Face à la riposte des autorités, les brigands avaient fini par faire profil bas. Et Abidjan avait retrouvé sa tranquillité.
Diallo Boubacar Bagnan
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu