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Assassinat de Mme Aissatou Boiro : A qui profite le crime ?

Boubacar Bagnan Diallo  Mardi, 13 Novembre 2012 16:20

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BOIRO_Aissatou_2_01Le vendredi 9 novembre, la directrice nationale du Trésor public a été assassinée dans la banlieue de la capitale aux environs de 21 heures GMT, alors qu’elle regagnait son domicile après une journée de travail bien remplie. Mme Aissatou Boiro a reçu des balles tirées à bout portant par des hommes habillés en treillis militaire, d’après des sources concordantes. La piste d’un règlement de compte se dessine, même s’il reviendra aux enquêteurs de déterminer les véritables mobiles de ce crime.

L’assassinat de Mme la directrice nationale du Trésor par des hommes armés, dans la nuit du vendredi dernier, a provoqué une vague d’indignation dans la cité. Ce crime de trop vient allonger la liste des victimes du grand banditisme qui sévit dans la capitale depuis un certain temps. Des citoyens sont ainsi pris à partie aussi bien dans leurs résidences que dans leurs véhicules, puis criblés de balles. Les agresseurs ne sont dans la plupart des cas animés que par des besoins pécuniaires. Le cas-ci intrigue plus d’un observateur étant donné que la victime est un haut cadre de l’administration guinéenne. Et qui plus est, avait une bonne réputation pour son intégrité. Mme Aissatou Boiro était la directrice nationale du Trésor public, et avait réussi à démanteler un réseau de bandits en cols blancs, qui tentaient de détourner 13 milliards de francs guinéens des caisses de l’Etat en mai dernier. Cette bande de grilleurs d’arachides avait eu l’outrecuidance de falsifier la signature du ministre de l’Economie et des Finances. Avant d’être stoppée dans sa tentative. Aujourd’hui, ces gens qui avaient été interpellés suite à cette tentative de détournement de fonds seraient parmi les « suspects » dans cette affaire. Vu que la piste d’un règlement de compte est désormais privilégiée suite à ce crime, par les enquêteurs.

Pour revenir sur les circonstances de cette mort tragique, Hadja Djigui Boiro, sœur de la victime témoigne : « Selon nos informations, il y avait un petit bouchon, elle était au téléphone quand elle a entendu des coups de fusil. Elle a dit ah, on est en train de tirer. C’est ainsi qu’elle a coupé le téléphone. Puis elle a dit à son chauffeur qui s’appelle Baldé, mets les quatre côtés des phares. Dès que le chauffeur a commencé à dévier, une Mercédès est sortie devant eux pour les contrecarrer. Sa voiture a été immobilisée, elle ne pouvait plus rien. Mais le chauffeur ne s’est pas rendu compte. C’est à ce moment-là qu’elle a appelé son mari pour lui dire qu’ils ont été attaqués. C’est comme ça que toute la famille est sortie. Quand on est arrivé, on a trouvé mon frère dans un état inexplicable. On a vu ma sœur, et on nous dit qu’elle est morte. Le chauffeur nous a dit que c’est un homme armé qui a tiré directement sur elle deux balles sur le cœur. Ça s’est passé à Kipé, entre le lycée et le centre émetteur. Elle a laissé quatre enfants, deux filles et deux garçons », a-t-elle témoigné tout en sanglots.

Dans la journée du samedi 11, une délégation gouvernementale conduite par le premier ministre Mohamed Saïd Fofana s’est rendue dans la famille de la défunte pour lui présenter les condoléances. Cette délégation a reconnu que c’est un crime « préparé et prémédité », rassurant la famille que les criminels seront retrouvés et soumis à la rigueur de la loi. « Nous vous rassurons que votre deuil est aussi celui du gouvernement. C’est un crime préparé, prémédité. Le gouvernement à travers la police et la gendarmerie, a le devoir de retrouver immédiatement les criminels et qu’ils soient punis. Nous rassurons la famille que des obsèques nationales seront organisées par le gouvernement », a assuré le ministre délégué au Transport Ahmed Tidiane Traoré.

Le chef de l’Etat, dès son retour d’Abuja, s’est aussi rendu au domicile de la famille pour présenter les condoléances. Le ministre des Droits de l’homme et des Libertés publiques, Kalifa Gassama, a soutenu que ce qui s’est passé est injustifiable, puis de promettre que l’acte ne restera pas impuni. « Ce qui s’est passé est injustifiable et inacceptable. Le premier droit de l’homme est le droit à la vie. L’Etat et le gouvernement guinéen n’accepteront pas qu’on ôte à la vie d’un citoyen et que cela reste impuni. »

Le président Alpha Condé s’est déclaré « profondément choqué » par l’assassinat brutal d’Aïssatou Boiro.

Il a promis que « justice sera faite » et que « les responsables de cet acte inhumain et lâche seront traduits en justice », rapporte un communiqué officiel publié ce lundi.

Alpha Condé a précisé que l’assassinat de la directrice nationale du trésor ne détournera pas le gouvernement de sa lutte contre la corruption. Le gouvernement annonce l’ouverture d’une enquête policière afin de faire la lumière sur cette affaire.

Mais le laxisme qui entoure la gestion des affaires de l’Etat par Alpha Condé, est loin de rassurer les citoyens sur la capacité et la volonté du gouvernement à éradiquer le phénomène du grand banditisme.


Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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