Affaire Mariama Tata Bah : quand la politique s’invite dans nos écoles

Facebook Imprimer    

 

BAH_Mariama_Tata_01Le limogeage du proviseur du lycée général Lansana Conté de Labé la semaine dernière par un arrêté signé du ministre de l’Enseignement pré-universitaire, a provoqué des incidents dans cette cité foutanienne. Des élèves en colère ayant pris la rue lundi dernier pour dénoncer le départ de Mariama Tata Bah, se heurtant à des forces de l’ordre motivées pour réprimer les manifestants.

La ville de Labé a connu des incidents le lundi dernier entrainant la fermeture des écoles, suite à une manifestation d’élèves du lycée général Lansana Conté. Ceux-ci protestaient contre le renvoi de leur proviseur Mariama Tata Bah. Les protestataires estiment « qu’on ne doit pas changer une équipe qui gagne Â». Faisant ainsi allusion au « succès Â» enregistré par cette école grâce selon eux au bon management de dame Bah. A la tête de ce lycée depuis douze ans, le proviseur a fini par devenir très célèbre auprès des élèves qui fréquentent cet établissement. D’où cette grande mobilisation contre la décision du ministre Ibrahima Kourouma. Les grognards demandent purement et simplement le rétablissement de Mariama Tata Bah dans ses fonctions de proviseur du lycée général Lansana Conté. Il a fallu que les autorités suspendent les cours après les incidents du lundi pour ramener le calme dans la cité. Des négociations ont été ouvertes entre le comité de coordination des élèves et les autorités de l’éducation, afin de parvenir à un consensus pour une sortie de crise. Et tout porte à croire que le ministre Kourouma va reculer. Car les « petits Â» de Labé n’entendent pas reculer. Ils déplorent surtout que l’acte du ministre soit basé sur des considérations purement politiques. Mme Bah serait en fait victime de son appartenance à l’UFDG de Cellou Dalein Diallo. Cela est un secret de polichinelle. Tout Labé sait que le proviseur est une militante active de ce parti de l’opposition. Mais si cela n’impacte pas de façon négative sur son travail, alors pourquoi ce harcèlement ? Car avant qu’elle ne soit démise de ses fonctions, les autorités de l’éducation de Labé avaient invité Mariama Tata Bah à rejoindre les rangs du parti au pouvoir. Son refus d’obtempérer lui a donc valu son départ de la tête de cet établissement. Dr Ibrahima Kourouma, militant convaincu et zélé du RPG-Arc-en-ciel pourrait toutefois regretter son acte. Car renoncer à cette décision pourrait être interprété comme une victoire du proviseur. Et le contraire aussi va s’avérer risqué. Les élèves pouvant de nouveau reprendre la rue. Il n’est certes pas interdit qu’un cadre de l’administration soit démis de ses fonctions par un acte administratif, mais quand cela comporte des relents politiques, ça peut faire jaser. Joint au téléphone par notre reporter, Sadou Keita, gouverneur de la ville de Labé, a déploré ce qu’il qualifie de « mauvaise interprétation » de la décision prise par le ministre de l’Enseignement pré-universitaire, Dr Ibrahima Kourouma. « Nous avons reçu une décision de monsieur le ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’éducation civique, mais que certains interprètent de décision politique. Nous, on n’a vu nulle part écrit nécessité politique. On a vu nécessité de service. On s’applique à expliquer que c’est une décision administrative et que le ministre a la latitude de mettre quelqu’un là où il veut. Mais l’une des personnes touchées par la décision semble être l’une des pièces maîtresse de leur parti, c’est pourquoi on interprète autrement. Mais ce n’est pas notre problème Â», selon le gouverneur. Pour le gouverneur, il s’agit de voir l’objectivité de l’acte. Tous ceux qui ont été remplacés sont des gens du même parti, selon lui. « L’acte n’a pas regardé la sensibilité, sinon un cadre du même parti ne peut pas être remplacé par un autre encore du même parti Â», a-t-il souligné. Il faut rappeler que les manifestations du lundi ont entrainé une paralysie totale des activités dans la ville. Des incidents qui se sont soldés par quelques blessés et trois arrestations. Les élèves arrêtés avaient été aussitôt libérés, selon nos sources.

Face à cette situation, le gouverneur de la région a promis de multiplier les consultations pour espérer un consensus. « Nous avons rencontré une délégation de l’UFDG, les autorités de l’éducation, les associations de parents d’élèves, nous avons débattu, ensuite nous avons décidé de suspendre les cours. Nous allons parler avec les gens jusqu’à ce qu’on s’entende. Le comité de coordination du lycée Général Lansana Conté est consulté régulièrement, il participe aux débats Â» a-t-il promis. Quant à l’UFDG, l’un des vice-présidents que nous avons joint au téléphone, a qualifié cette éviction de « politique Â» et a condamné énergiquement l’acte. « Petit à petit on est en train de fairede la Guinée un parti Etat. On est en train d’insérer le système communiste où tous les fonctionnaires guinéens doivent être acquis au RPG Arc-en-ciel. Aucun ministre, ni un préfet n’a le droit de réserve. Cette dame n’est pas la première, l’ex-préfet de Dalaba a été affecté à Siguiri. Des activistes du RPG sont dans toutes les régions pour surveiller comment les gens fonctionnent. La Guinée est devenue un véritable Etat policier Â», a-t-il regretté.

Contacté par notre rédaction, la femme évincée explique qu’elle n’exclut pas que son limogeage soit lié à son appartenance politique. « Ils m’ont accusée d’être sur la liste de l’UFDG, ils se sont déplacés pour venir jusque dans mon salon pour me dire que si je veux rester dans ce lycée, de respecter leur ligne. Moi aussi, je leur ai dit que je suis prête à endosser tout, mais que je ne suivrai jamais leur ligne. Le représentant du RPG était dans mon dos, mais je n’ai jamais cherché à savoir qui il est. Donc, quand j’ai refusé, ils m’ont trimballée jusque dans le bureau du gouverneur. Je suis allée m’expliquer dans le bureau et je suis sortie depuis lors. C’est des menaces, des mensonges sur ma tête de part et d’autre. Mais j’en ai vraiment ras-le-bol, je n’intégrerai jamais le RPG. Mais le président Alpha Condé c’est mon président, parce que je suis une Guinéenne », a martelé le proviseur. La passation de service était prévue pour le lundi 29 octobre entre Mariama Tata Bah et le nouvel entrant Mamadou Saliou Pellel Bah, en provenance du lycée de Koubia.

Mais la cérémonie n’a finalement pas eu lieu. Les cours ont repris le mercredi dans les différents lycées de la ville.

Affaire à suivre…


Boubacar Bagnan Diallo & Alpha Camara
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu

AArticle_logo1_0 

Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
+4 #9 Barros Diallo 03-11-2012 17:29

M. Bangoura Y., vous avez raison de dire que nous le savons (vous au moins savez que nous ne devons pas d'une autre planète) pour préciser mon commentaire plus bas :
On n'améliore une institution qu'en la mettant à l'épreuve et la première chose à faire lorsqu' on victime d'une injustice c'est de porter plainte. Les citoyens doivent apprendre à porter plainte au tribunal et démontrer l'incompétence en faisant le suivi de leur demande. C'est ce qui s'est passé même en occident à une certaine époque, Il a fallu que de citoyens (groupes) exposent les carences des juges et tribunaux pour que la loi se fasse entendre et que le citoyen puisse enfin dire : j'ai confiance en la justice de mon pays. Il y'a un code du travail et une constitution guinéens qui interdisent toute forme de discrimination, il est temps que les Guinéens s'en servent et que les syndicats, qui reçoivent les cotisations des fonctionnaires, soient mis à l'épreuve et les leaders sortis des palais et gourmets auxquels ils s'invitent pour faire comme tout le reste du leadership Guinéen. La lutte c'est aussi faire respecter les textes déjà existant. Il serait préférable qu'elle présente plus tard un document engageant la personne qui a refusé sa plainte au lieu de regretter de ne l'avoir pas fait. Son geste sera, au moins, documenté tel que l'a expliqué M. Ghandi plus bas. C'est par ces "petits gestes" courageux qu'on arrivera à changer ce pays.Mais le véritable problème de la justice guinéenne est que pour diverses considérations, les citoyens eux-mêmes ne sont jamais solidaires. Ailleurs cette dame aurait eu le soutien de sa famille, ses voisins et d'inconnus (collègues tous au moins) de partout dans le pays. Chez nous, les plus nombreux sont toujours ceux qui commentent pour expliquer pourquoi ça ne marche pas ; Il faut se mobiliser pour que ça marche, là on aura fait la différence. L'opposition à réussi à imposer ses manifestations en vertu de la constitution qui leur donne ce droit, mais aussi parce que ses militants se sont mobilisés. Cette force devrait être celle de la société civile. Il ne sert à rien de se plaindre chez un leader politique (feu Zakatiou Diallo et suivants en témoignent) elle fra partie parti que des statistiques pour revendiquer des postes à distribuer à la famille du leader (comme la vice-présidence de la CENI).
Par contre, si ce fatalisme continue, l'appareil judiciaire guinéen aura encore de beaux jours devant lui pour se livrer à son sport favori : se courber devant le chef. Et les politiciens feront beaucoup de moutons de panurge. Partisannerie aveugle et manipulation politique : n'est –ce pas pourtant ce que vous dénoncez régulièrement sur ce forum, M. Bangoura ? J'y reviendrai bientôt !
Citer
 
 
+3 #8 Youssouf Bangoura 03-11-2012 13:26

Il y a aucun moyen pour arrêter l' arbitraire en Guinée, car, tous ceux qui doivent légalement intervenir sont acquis au pouvoir en place . Barros et Touré, ne doivent pas ne pas savoir, qu'aucune voie légale en Guinée ne peut permettre à la dame de reprendre sa fonction du proviseur .
Citer
 
 
0 #7 Hassan Barry 03-11-2012 11:07

Je N'ai jamais vue des gens aussi arriéré que Ce Partie Franchement... C'est gens la agisse comme des Singe pire, meme les singe vive en Harmonie.... Pourquoi suspendre les fonctions d'une aussi grande dame qui contribue a L'évolution de cette préfecture...Franchement C'est Regrétable quand on est dirigé par des singes voila ce qui arrive.A tout les jours on nous fait que Reculer au lieu de nous faire Avancerr.....Bande D'imcompétant laissez la place au vraix Perssone,Bande De Bandit Saletéé!!
Citer
 
 
0 #6 Gandhi 03-11-2012 09:09

Non, il faut faire constater ces refus d'instruction, pour charger le dossier. En temps utile, ça fermera la bouche de certains.
IM Sow a parfaitement raison.
Citer
 
 
+3 #5 Ibrahima MBemba SOW 03-11-2012 00:38

Ce limogeage abusif de cette respectable proviseur de lycée n'est rien d'autre qu'un ballon d'essai que ce ministre activiste lance au nom du RPG pour tester la réactivité de l'UFDG à Labé, au coeur-même du fief politique de CDD. Pas besoin de faire un dessin de ce qu'il adviendra dans les 2 ou 3 prochains mois, si les gens continuent ainsi à laisser lâchement seuls les jeunes aller braver les bouchers du pouvoir ethnofasciste d'AC. Was-Salam!
Citer
 
 
+3 #4 moustapha 03-11-2012 00:03

effectivement Aminifil, le recours à la voie legale n'est qu'une perte de temps en Guinée. J'ai l'impression que Touré et Baros vient sur d'autres planètes.
Citer
 
 
+4 #3 Amenofils 02-11-2012 22:30

Pour des crimes plus graves, les victimes n'ont pas pu déposer plainte. Que cette dame prenne son mal en patience et se reconvertisse dans le privé. Personne ne recevra sa plainte ni dans un commissariat ni dans le tribunal de travail. Le cas de l'Ex directrice d'ignace Deen est encore frais dans nos mémoires. Mêmes les plaintes des leaders de l'opposition ne sont reçues nulle part. Arrêtons d'ignorer ces faits et donnons les vrais conseils. Il n'ya que la révolution / insurrection pour changer cela en Guinée car les victimes de cette pratiques connues d'avance et ciblées sont nombreuses. Révolution ou printemps guinéen !
Citer
 
 
+2 #2 TOURE 02-11-2012 20:48

M Barras,
Je suis parfaitement de votre avis car il faut maintenant qu'on arrete de tout politiser,cette dame peut se faire reconnaitre dans ses droits en usant des moyens legaux à travers des institutions que vous avez citées plus haut.
Merci
Citer
 
 
+2 #1 Barros Diallo 02-11-2012 19:11

SI Mme Bah est victime qu'elle se batte en tant que citoyenne, saisisse son syndicat à qui elle verse des cotisations (??) porte plainte en vertu du code du travail et que les citoyens la soutiennent, Mais si elle veut confier son sort à un leader politique de l' opposition, quelconque...elle n'aura que ses yeux pour pleurer. Wa salam !
Citer