Boubacar Bagnan Diallo & Alpha Camara Vendredi, 02 Novembre 2012 18:47
Le limogeage du proviseur du lycée général Lansana Conté de Labé la semaine dernière par un arrêté signé du ministre de l’Enseignement pré-universitaire, a provoqué des incidents dans cette cité foutanienne. Des élèves en colère ayant pris la rue lundi dernier pour dénoncer le départ de Mariama Tata Bah, se heurtant à des forces de l’ordre motivées pour réprimer les manifestants.
La ville de Labé a connu des incidents le lundi dernier entrainant la fermeture des écoles, suite à une manifestation d’élèves du lycée général Lansana Conté. Ceux-ci protestaient contre le renvoi de leur proviseur Mariama Tata Bah. Les protestataires estiment « qu’on ne doit pas changer une équipe qui gagne ». Faisant ainsi allusion au « succès » enregistré par cette école grâce selon eux au bon management de dame Bah. A la tête de ce lycée depuis douze ans, le proviseur a fini par devenir très célèbre auprès des élèves qui fréquentent cet établissement. D’où cette grande mobilisation contre la décision du ministre Ibrahima Kourouma. Les grognards demandent purement et simplement le rétablissement de Mariama Tata Bah dans ses fonctions de proviseur du lycée général Lansana Conté. Il a fallu que les autorités suspendent les cours après les incidents du lundi pour ramener le calme dans la cité. Des négociations ont été ouvertes entre le comité de coordination des élèves et les autorités de l’éducation, afin de parvenir à un consensus pour une sortie de crise. Et tout porte à croire que le ministre Kourouma va reculer. Car les « petits » de Labé n’entendent pas reculer. Ils déplorent surtout que l’acte du ministre soit basé sur des considérations purement politiques. Mme Bah serait en fait victime de son appartenance à l’UFDG de Cellou Dalein Diallo. Cela est un secret de polichinelle. Tout Labé sait que le proviseur est une militante active de ce parti de l’opposition. Mais si cela n’impacte pas de façon négative sur son travail, alors pourquoi ce harcèlement ? Car avant qu’elle ne soit démise de ses fonctions, les autorités de l’éducation de Labé avaient invité Mariama Tata Bah à rejoindre les rangs du parti au pouvoir. Son refus d’obtempérer lui a donc valu son départ de la tête de cet établissement. Dr Ibrahima Kourouma, militant convaincu et zélé du RPG-Arc-en-ciel pourrait toutefois regretter son acte. Car renoncer à cette décision pourrait être interprété comme une victoire du proviseur. Et le contraire aussi va s’avérer risqué. Les élèves pouvant de nouveau reprendre la rue. Il n’est certes pas interdit qu’un cadre de l’administration soit démis de ses fonctions par un acte administratif, mais quand cela comporte des relents politiques, ça peut faire jaser. Joint au téléphone par notre reporter, Sadou Keita, gouverneur de la ville de Labé, a déploré ce qu’il qualifie de « mauvaise interprétation » de la décision prise par le ministre de l’Enseignement pré-universitaire, Dr Ibrahima Kourouma. « Nous avons reçu une décision de monsieur le ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’éducation civique, mais que certains interprètent de décision politique. Nous, on n’a vu nulle part écrit nécessité politique. On a vu nécessité de service. On s’applique à expliquer que c’est une décision administrative et que le ministre a la latitude de mettre quelqu’un là où il veut. Mais l’une des personnes touchées par la décision semble être l’une des pièces maîtresse de leur parti, c’est pourquoi on interprète autrement. Mais ce n’est pas notre problème », selon le gouverneur. Pour le gouverneur, il s’agit de voir l’objectivité de l’acte. Tous ceux qui ont été remplacés sont des gens du même parti, selon lui. « L’acte n’a pas regardé la sensibilité, sinon un cadre du même parti ne peut pas être remplacé par un autre encore du même parti », a-t-il souligné. Il faut rappeler que les manifestations du lundi ont entrainé une paralysie totale des activités dans la ville. Des incidents qui se sont soldés par quelques blessés et trois arrestations. Les élèves arrêtés avaient été aussitôt libérés, selon nos sources.
Face à cette situation, le gouverneur de la région a promis de multiplier les consultations pour espérer un consensus. « Nous avons rencontré une délégation de l’UFDG, les autorités de l’éducation, les associations de parents d’élèves, nous avons débattu, ensuite nous avons décidé de suspendre les cours. Nous allons parler avec les gens jusqu’à ce qu’on s’entende. Le comité de coordination du lycée Général Lansana Conté est consulté régulièrement, il participe aux débats » a-t-il promis. Quant à l’UFDG, l’un des vice-présidents que nous avons joint au téléphone, a qualifié cette éviction de « politique » et a condamné énergiquement l’acte. « Petit à petit on est en train de fairede la Guinée un parti Etat. On est en train d’insérer le système communiste où tous les fonctionnaires guinéens doivent être acquis au RPG Arc-en-ciel. Aucun ministre, ni un préfet n’a le droit de réserve. Cette dame n’est pas la première, l’ex-préfet de Dalaba a été affecté à Siguiri. Des activistes du RPG sont dans toutes les régions pour surveiller comment les gens fonctionnent. La Guinée est devenue un véritable Etat policier », a-t-il regretté.
Contacté par notre rédaction, la femme évincée explique qu’elle n’exclut pas que son limogeage soit lié à son appartenance politique. « Ils m’ont accusée d’être sur la liste de l’UFDG, ils se sont déplacés pour venir jusque dans mon salon pour me dire que si je veux rester dans ce lycée, de respecter leur ligne. Moi aussi, je leur ai dit que je suis prête à endosser tout, mais que je ne suivrai jamais leur ligne. Le représentant du RPG était dans mon dos, mais je n’ai jamais cherché à savoir qui il est. Donc, quand j’ai refusé, ils m’ont trimballée jusque dans le bureau du gouverneur. Je suis allée m’expliquer dans le bureau et je suis sortie depuis lors. C’est des menaces, des mensonges sur ma tête de part et d’autre. Mais j’en ai vraiment ras-le-bol, je n’intégrerai jamais le RPG. Mais le président Alpha Condé c’est mon président, parce que je suis une Guinéenne », a martelé le proviseur. La passation de service était prévue pour le lundi 29 octobre entre Mariama Tata Bah et le nouvel entrant Mamadou Saliou Pellel Bah, en provenance du lycée de Koubia.
Mais la cérémonie n’a finalement pas eu lieu. Les cours ont repris le mercredi dans les différents lycées de la ville.
Affaire à suivre…
Boubacar Bagnan Diallo & Alpha Camara
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