Thierno Fodé Sow Vendredi, 26 Octobre 2012 14:06
Que Tougué, fondé en 1901 fasse encore aujourd’hui partie des Préfectures de la Guinée les plus ubuesques, fantomatiques et sans visage, voilà somme toute une aberration. Cette allure de ville terne que Tougué offre si généreusement à la face du pays n’est pour autant pas un fait du hasard. Plongée dans une Préfecture déjà en mal d’infrastructures viables, où l’autodestruction obséquieuse et la forte capacité de nuisance des faiseurs du mal freinent impitoyablement aussi toute initiative de développement et, irrémédiablement plombent le moral des rares acteurs les plus dynamiques.
Dans cette partie (qui s’est fait) oubliée de la Guinée, les faiseurs du mal prospèrent et se réjouissent de la situation implacable de leur Préfecture ou de ce qu’il en reste. Certains s’indignent de fait, mais sans trop oser hausser le ton ou la voix, au risque de se voir avalés ou engloutis. D’autres, presque résignés, restent surpris, tout en prenant leur mal en patience. S’ils ne tournent pas tout simplement le dos à l’autodestruction nocive à laquelle l’on se donne à cœur joie, là-bas à Tougué, au bout du pays.
De toute évidence, des personnalités religieuses, politiques, en fonction ou pas, ou autres supposés citoyens ingénus du coin, souvent tapis dans leurs paillottes, sont actuellement catalogués, indexés à tort ou à raison comme étant les réels fossoyeurs du développement de la Préfecture de Tougué. Ils sont de la même farine. Sous la même férule. Ils se fertilisent sous ce honteux terreau funeste et nauséeux. La jeunesse, elle, même en période de vacances, est sclérosée. En mal d’initiatives et de sérieux repères ; de modèles dignes. Signe des temps et décadence morale aidant, la délinquance des plus petits et des plus grands se révèle être le vice le mieux partagé, après le jeu d’invectives occultes qui a pignon sur rue. L’adversité redoutable entre fils du même terroir, laquelle s’est d’ailleurs vite muée en baril de poudre, enchante quant à elle plus qu’elle n’effraie « les initiés » du mal. C’est le tableau favori pourrait-on dire ici. Et tout semble se jouer en symphonie. Dans la plus grande hypocrisie, de défiance et de méfiance.
Cette Préfecture qui ne ressemble à rien aujourd’hui dispose pour autant d’un potentiel humain et économique étourdissant. Il reste que de ces atouts, Tougué ne fait rien ou presque, malmené qu’il est comme on le constate, par un conglomérat de faiseurs du mal dont eux seuls ont le secret. Une réelle autodestruction pour dire tout net. Ce constat fort accablant maintient de fait cette bourgade dans une léthargie maladive : à force d’avancer ou tout au moins stagner, Tougué – la grande oubliée de tous les grands projets et programmes – recule sans discontinuer avec la nuisible aide de certains de ses fils. La situation est d’autant plus évidente que certains natifs ont à tort ou à raison honte de se réclamer de cette ville martyr. Le caractère irréversible de l’option a subséquemment provoqué et entretenu une séquence bien regrettable. Conséquence, Tougué est quasiment la dernière Préfecture du pays. Il risque de garder encore et pour longtemps ce rang de bon dernier car, en lieu et place d’une concurrence civilisée pour bâtir une ville viable où « tout est gai » comme pour ressembler au vocable Tougué, l’on s’acharne sur son semblable pour étouffer tout élan de développement.
Ceux qui sont étrangers à cette scandaleuse foire d’empoigne, s’interrogent sans cesse sur ce que sont devenus la grande intelligentsia de Tougué, ses anciens ministres, députés, cadres, étudiants, diplômés, l’association des jeunes et amis de Tougué (AJRAT), bref ses fils résidents et ressortissants, mais surtout ses opérateurs économiques de grande renommée. A ceux qui s’interrogent donc sur les traces laissées (école, centre de santé, piste, forage, etc.) par ce chapelet fort riche de ressortissants, comprendront à leurs dépens aujourd’hui que la réponse est bien ailleurs : le manque d’amour pour son terroir et l’absence de fraternité entre fils ont tué le moral des rares acteurs du développement. Ceci explique cela.
La diaspora de Tougué ne dira pas le contraire, à moins qu’elle n’ait un sursaut d’orgueil pour y apporter un démenti. « Même s’il y a des structures, j’avoue que les ressortissants de Tougué éparpillés dans le monde ne sont pas si bien organisés », avait témoigné un ancien étudiant d’une université française, rencontré par hasard à Dionfo (Labé), alors qu’il était en partance pour son village, à Tougué. Tougué est bien une vieille endormie. Une ville fantôme sans précédent. Une ville sans vision. Une ville sans solidarité. Sans jeunesse épanouie, malgré une maison des jeunes réhabilitée, un terrain préfectoral clôturée et doté d’une tribune mais dont la gestion s’avère des plus difficiles, selon des voix autorisées de la DPJ. Mais c’est cela aussi Tougué : un duel permanent entre bâtisseurs et destructeurs.
Thierno Fodé Sow