Aliou Sow Mardi, 23 Octobre 2012 15:15
Avant de s’envoler samedi dernier pour la Mecque, où il accomplira le pèlerinage musulman, Alpha Condé s’est montré généreux à l’endroit du groupe de femmes venues lui réitérer leur soutien pour son programme de société, en leur offrant 500 millions de francs guinéens. Le geste aurait pu passer inaperçu n’eût été la polémique que cela a provoqué lors du partage de la manne.
Le président Alpha Condé n’a pas lésiné sur les moyens lorsqu’il s’est agi de remercier les femmes des 5 communes de Conakry venues massivement le remercier pour la prouesse réussie par son gouvernement, qui a pu atteindre le point d’achèvement après 18 mois passés aux affaires. Le professeur a cassé sa tirelire pour gratifier ses « braves » dames de 500 millions de francs guinéens de transport. Ce geste n’a été ébruité que lorsque certaines bénéficiaires se sont senties grugées par les femmes qui avaient conduit cette délégation au palais présidentiel. La nouvelle ministre des Affaires féminines Mimi Coumbassa et les femmes chefs des délégations communales sont accusées d’avoir soustrait une rondelette somme des 500 millions offerts par Alpha Condé. L’affaire fait polémique dans la cité et les femmes continuent de s’entredéchirer du côté des communes de Kaloum, Matam et Ratoma.
Du coup le geste du président défraie la chronique dans la cité. Et nombreux sont les observateurs qui trouvent que le professeur n’agit pas dans le respect de la rigueur budgétaire qu’il prêche au gré de ses discours. Alpha Condé et son entourage sont accusés de vivre dans la mondanité, alors qu’il appelle le peuple à se serrer la ceinture.
La lutte contre la corruption dont se fait l’écho le gouvernement ne serait que du trompe-l’œil, jurent ses détracteurs. Qui pensent que le président Condé est sur les traces de ses prédécesseurs, dont Lansana Conté et Moussa Dadis Camara. Deux ex-dirigeants qui se sont illustrés dans ce genre de pratique, en distribuant des espèces sonnantes et trébuchantes à certains citoyens, ainsi que du matériel roulant dont de grosses cylindrées.
Les chefs d’Etat ont certes un budget de souveraineté, estimé à une centaine de milliards de francs guinéens pour le cas guinéen, n’empêche que cet argent est bien le produit du contribuable. Il doit être dépensé judicieusement.
Vouloir distribuer des millions de francs guinéens à tour de bras ne peut s’apparenter qu’à « du gaspillage », commente un membre de la société civile qui a requis l’anonymat. Qui se demande où sont passés les 130 milliards de francs guinéens dégagés par le chef de l’Etat en faveur des microprojets des femmes et des jeunes.
Des fonds qui seront certainement affectés à des ONG proches de la mouvance présidentielle, quand on se réfère aux deux séminaires de formation pour la levée de fonds organisés récemment par Moussa Cissé, directeur du Bureau de presse de la présidence. Des ateliers où n’étaient quasiment présentes que des associations cooptées par la mouvance, avec la bénédiction du ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Alhassane Condé. Ces fonds pourraient simplement être utilisés pour appâter des potentiels électeurs sur fond de propagande.
C’est une vielle recette très chère aux gouvernements qui se sont succédé à la tête de l’Etat guinéen. Des gouvernements qui ont toujours confondu les biens publics à leurs propriétés personnelles. Malheureusement que le pays est loin de toute application des principes de l’orthodoxie financière prônée par les Etats sérieux.
Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu