Abdoul Malick Diallo Mardi, 23 Octobre 2012 14:53
Le jeudi 18 octobre 2012, s’est tenue l’assemblée générale des 8 centrales syndicales à la Bourse du travail. Cette assemblée a réuni les secrétaires généraux des syndicats des secteurs public, privé et mixte pour faire le compte-rendu de la commission de négociation qui a rencontré le président de la République.
Au cours de cette assemblée, la commission a fait savoir que suite aux négociations entreprises avec les autorités guinéennes, la commission a déclaré que le gouvernement a proposé une augmentation de 25 % des salaires des fonctionnaires.
D’entrée de jeu, le 2e secrétaire général adjoint du CNTG a souhaité que les contrats miniers faits dans de très mauvaises conditions soient révisés bien que les institutions de Bretton Woods aient adopté une attitude contraire. Plus loin, il dira au Fonds monétaire international (FMI) et aux autres institutions financières que « nous préférons le désordre économique au désordre social ». Avant d’ajouter que la Guinée et les Guinéens n’ont pas encore oublié les conseils que ces institutions ont prodigués à la Guinée en 1984.
Des conseils qui ont conduit à la déstabilisation d’une cinquantaine d’usines. Suite à quoi, plus de cinquante mille Guinéens se sont retrouvés sans travail. Il dira que la révision des contrats miniers est un passage obligé « bien que les multinationales soient en train de battre campagne pour que les contrats ne soient pas refaits. On a dit au Fonds monétaire en votre nom que nous ne pouvons pas accepter le diktat du FMI. On leur a dit, en face, que les travailleurs guinéens ont une expérience amère de la présence du Fonds monétaire en Guinée à travers le fameux ajustement structurel dont la Guinée a été victime. On leur a dit que la Guinée n’est pas un pays où ils peuvent mettre du bordel qui va conduire à un chaos total. » « Nous avons dit que ce qui s’est passé à Fria est une insulte à la nation guinéenne. La première usine d’alumine d’Afrique a été vendue à 20 millions de dollars US alors que des cabinets internationaux ont déclaré que cette usine moins les chemins de fer pouvait coûter 220 millions de dollars US. Et si tu ajoutes les chemins de fer et la Cité c’est près de 450 millions de dollar US. Les Russes à qui on a vendu cette usine ont pris la population de Fria en otage. Aujourd’hui, il n’y a plus de "vie" à Fria, pas d’eau et d’électricité. Les travailleurs ont tout vendu. L’avenir de huit mille enfants est hypothéqué parce que leurs parents ne peuvent payer leurs frais de scolarité. On a dit au gouvernement qu’il faut qu’il soit responsable. Ou on défend la République ou on est contre la République. Comment pouvez-vous comprendre que dans une transaction sur le dos de la Guinée, 5 milliards de dollars soient donnés à un Australien en cadeau alors il n’a rien payé pour avoir le plus beau gisement de fer au monde qu’est le Simandou. Il faut que les contrats miniers soient révisés. », a martelé Mamadou Mansaré.
Plus loin, il dira : « Nous voulons vivre décemment, dignement sans mendier. C’est 3.500.000 qu’un fonctionnaire guinéen dépense par mois ». Mais, dira-t-il, avec les conditions actuelles, aucun travailleur n’a ces moyens. Il a remercié les travailleurs qui sont restés solidaires durant toute la lutte qu’ils ont menée.
En dépit de nombreuses tentatives de déstabilisation dont ont fait l’objet les différentes centrales syndicales. Abordant la question de l’initiative PPTE, il dira : « Nous avons considéré l’initiative PPTE comme étant synonyme de notre bonheur. Mais nous avons compris qu’avec ça, les institutions de Bretton Woods auront la mainmise sur la Guinée jusqu’en 2015 ». Jusque-là, tout était fait dans une atmosphère de cordialité. Ce qui a failli mettre le feu aux poudres, c’est l’attitude du secrétaire général de la CNTG.
Dès sa prise de parole, devant ses camarades fortement mobilisés dans la salle, Amadou Diallo leur a demandé d’accepter la proposition d’augmentation de salaire de 25% faite par le gouvernement. « Je vous demande d’accepter la proposition du gouvernement de l’augmentation de 25% ». La salle a tout d’un coup retenti de bruits de désapprobation. Les travailleurs ont demandé la parole. Ce qui a été fait dans un tohu-bohu total. Certains travailleurs ont qualifié la commission de négociation de vouloir jouer un double jeu. « Vous êtes corrompus », pouvait-on entendre. Certains syndicats ont pris les propos d’Amadou Diallo comme une trahison. Un enseignant qui était en larmes a dit ceci : « Je me confie à Allah. C’est lui seul qui peut m’enlever de cette souffrance où je me trouve à l’heure actuelle. Je ne peux pas comprendre qu’Amadou même nous demande d’accepter les 25% du gouvernement. C’est inadmissible », a-t-il déploré. Il y en a qui ont menacé de désigner une autre commission de négociation au cas où celle qui existe se montrerait incapable de défendre corps et âme l’intérêt des travailleurs. La séance a été levée dans une grande confusion.
Abdoul Malick Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu