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Le premier ministre à Zogota : les raisons d’une visite inopportune !

Samory Keita  Dimanche, 21 Octobre 2012 17:31

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FOFANA_Mohamed_Said_2_01Le gouvernement guinéen aura attendu deux mois après les massacres de Zogota qui ont fait six morts pour y dépêcher une délégation conduite par le premier ministre Mohamed Saïd Fofana. Pour remonter le moral des habitants et plaider la cause de la société Vale. Une visite que d’aucuns qualifient d’inopportune.

C’est après beaucoup d’hésitation que le gouvernement s’est finalement résolu à se rendre à Zogota, localité située à une quarantaine de kilomètre de N’Zérékoré pour « compatir » à la douleur des populations suite à la mort de six de leurs fils, sauvagement assassinés dans la nuit du 3 au 4 août dernier par des forces de l’ordre et de sécurité. Cette expédition punitive s’est produite en présence d’une mission gouvernementale qui était à N’Zérékoré. La mission était composée de cinq ministres et conduite par l’ex-ministre des Affaires étrangères Dr Edouard Gnankoye Lamah. Et promu ministre de la Santé et de l’Hygiène publique.

Au cours de cette visite, le premier ministre était accompagné d’une forte délégation gouvernementale et d’une impressionnante force de sécurité. Certes, pour éviter les mauvaises surprises. Le ministre en charge de la Sécurité présidentielle, Claude Pivi, qui est de la région, était aussi de la partie.

Cette visite que certains qualifient « d’inopportune » était plutôt teintée de politique. Puisque, loin de rendre hommage aux victimes, cette délégation de Mohamed Saïd Fofana semblait plutôt être en quête de potentielles voix électorales. Les différents discours tenus au cours de cette visite étaient d’ailleurs très illustratifs. Cela pour leur connotation purement politique. Des gens apparemment préparés pour la circonstance ont parlé au nom des victimes. Pour exprimer l’adhésion des populations de la localité aux idéaux du parti au pouvoir, le RPG-Arc-en-ciel.

Quelques promesses tenues par la société minière Vale auraient suffi pour verser dans des discours dithyrambiques et démagogiques. Oubliant ainsi la barbarie qui a couté la vie à six fils du village. Leur tort ayant été de réclamer le droit de toute une localité.

Dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie des populations, Vale aurait construit une maison des jeunes, un établissement scolaire, etc., et promettrait de faire davantage pour donner une vie descente aux villageois. Du côté du gouvernement, on a promis que justice serait faite pour juger et punir les responsables de ses massacres. « Le droit sera dit et la vérité sera établie », s’est exprimée le ministre d’Etat de la Justice et Garde des sceaux, Christian Sow.

Sur la même lancée, le premier ministre dira que l’Etat fera tout pour venir en aide à la localité. Mohamed Saïd Fofana mettra la visite à profit pour plaider la cause de la société Vale.

Comme on le voit, cette visite du gouvernement à Zogota ressemble à un pacte politique signé entre le pouvoir et les habitants de la localité. Cela en prélude aux élections législatives. A décrypter les images passées en boucle sur le petit écran de la télévision nationale, les populations de Zogota promettent de voter pour le RPG-Arc-en-ciel, dans l’espoir que justice soit rendue aux victimes de Zogota.

Maints observateurs pensent que la justice guinéenne étant une « justice aux ordres », les coupables de ces massacres ne seront jamais inquiétés. Pour eux, la reconduction dans le nouveau gouvernement des cinq ministres qui étaient présents dans la région au moment des faits, montrerait l’indifférence du chef de l’Etat à l’égard des victimes. Surtout que le comportement cynique des ministres avait été souligné dans le rapport de certaines ONG et dans la lettre du Conseil des sages de la Forêt adressée au chef de l’Etat. Aussi, d’autres observateurs avertis estiment que le choix de N’Zérékoré pour les festivités du 55e anniversaire de l’indépendance de la Guinée ne serait pas fortuit. En fait, le pouvoir veut se racheter auprès des électeurs de la région, après ses nombreux dérapages dans la zone. Les problèmes sociaux à Galapkaye, à Guécké et à Beyla sont encore dans la mémoire des citoyens. Donc, il faut rectifier le tir avant d’aller aux élections.


Samory Keita
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu

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