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Tougué (4e partie) : un centre-ville étouffant et… nauséeux

Thierno Fodé Sow  Dimanche, 14 Octobre 2012 14:14

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Tougue_justice_de_paix_01Sous les replis des contreforts du Fouta Djallon, une étrange et inaltérable bourgade aride, nichée à quelque 84 Km de Labé, la capitale de la région de la Moyenne Guinée. Bienvenue dans un terreau d’indigence mais surtout d’autodestruction rampante de ses fils : Tougué – à ne fondamentalement pas confondre avec « Tout gai » – et ses mille et un problèmes fort enivrants.

Vieux bobo. Nom très connu ici à Tougué. Il était chauffeur entre Tougué et Labé jusqu’à récemment. Dans un accoutrement fait d’un long T-shirt rouge, encrassé, et d’un jean à la moitié des fesses, le jeune homme se fait passer comme le boss des pompistes. Nous sommes à l’unique essencerie de la ville qui date d’ONAH. Cette essencerie ne se rappelle certainement pas de sa dernière cure de jouvence. Mais faute de mieux, on lui tord le cou pour cracher du carburant entre crises provoquées et crises conjoncturelles. En contemplant ce vestige, l’on se fait toute de suite une idée de ce qui fait Tougué.

De l’autre côté de ce centre-ville, les bâtiments administratifs, mairie et préfecture notamment, sont dans un piteux état. La mairie qui s’est depuis longtemps révélée très exiguë ressemble, elle, étrangement à des prisons de sinistre réputation. Sa devanture est transformée, tous les vendredis, en marché à la sauvette. Sa véranda, ou ce en tient lieu, sert parfois de parking de deux roues en cette période hivernale. Les jours ordinaires, le coin se transforme en banc de lamentation souvent occupé par le même sérè de personnes.

A un jet de pierre, le grand rond-point (?) de la préfecture. Un rond-point qui voit quelquefois les rares usagers de la route respecter le code de la route. Entre deux bretelles – l’une est complètement hors d’usage faites de nids de poule, est juché le bureau qui accueille la première autorité de la ville. Cette bâtisse dont les alentours sont bien vaillamment garnis de hautes herbes sauvages n’indique en rien la présence d’une tierce personne. A part quelques couches de peinture passées sur des murs lézardes qui masquent pour autant à peine le réel besoin de reconstruction de la bâtisse.

De part et d’autre de cette vieille maison, que des logements administratifs ou des locaux administratifs en lambeaux et perdus dans une broussaille sans nom. On a eu de la peine à retrouver par exemple la place des Martyrs ou ce qui en reste (peut-être que la fête du 2 octobre va apporter un semblant d’embellie). Ainsi que la Justice de paix et bien d’autres logements administratifs. Si tout n’est pas rendu à la nature, c’est manifestement tout comme. Ne cherchez surtout pas la villa des hôtes car, partout, les mêmes causes produisent les mêmes effets : manque d’entretiens sérieux. Tougué, c’est aussi ces symboles de l’Etat les plus élémentaires qui brillent depuis des lustres de par leur absence : police, gendarmerie, juge de paix, etc. Si la police est actuellement en reconstruction et extension, la gendarmerie, elle, n’a que les murs aux allures de vestiges. La justice de paix est orpheline depuis toujours de son premier magistrat et le bâtiment qui doit l’abriter est à la merci des bêtes de la bassecour, s’il n’est pas, au premier regard du visiteur le moins attentionné, rendu à dame nature.

Le centre-ville, ou ce qui y ressemble, lui, offre, avions-nous dit, une image désespérante, nauséeuse et étouffante. Les principales artères, ou ce qui en tient lieu, servent à la fois de marché et de gare routière. La devanture de la défunte Sotelgui paie de fait le plus lourd tribut de cet envahissement d’engins roulants et de minibus déglingués. En cette saison hivernale, ces artères-là, disions-nous, sont bordées d’immondices. Les rares fossés ne donnent à rien. Et pour ajouter le scandaleux au désagréable, nouvelle trouvaille ici  – des dizaines de conteneurs préfabriqués longent les ruelles déjà rétrécies. On y rencontre çà et là des bureaux de charge de téléphones portables.

Comble du scandale, les tables des étalagistes jetées par-ci et par-là, loin du hangar étroit, donnent une autre image plus exténuante à la rue commerçante (?) où tout est dégradé, crevassé, rétréci et insalubre. Le tout meublé de part et d’autre par une alignée de maisons coloniales visiblement de même forme, de mêmes dimensions. A quelques exceptions près. De quoi donner davantage à la ville, une allure fantomatique. C’est comme si la vie s’y était impitoyablement arrêtée depuis le siècle dernier(1901), date de création de la ville de Tougué. Pour tout dire, une soi-disant préfecture devenue hélas par le fait de ses fils, aujourd’hui, une honteuse et ubuesque vieille endormie, laquelle ne semble désormais point se réveiller de sa longue torpeur symptomatique.


Thierno Fodé Sow

Sur l'image: le bâtiment de l'ex-justice de paix.

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