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Tougué (1ère partie) : un enclavement épizootique sans précédent !

Thierno Fodé Sow  Samedi, 29 Septembre 2012 11:24

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Tougue_01Tougué-Labé ou le voyage vers l’inconnu. Cette phrase ne pourra certainement jamais décrire le supplice qui caractérise depuis de longues années ce tronçon long seulement de 84 km. Mais son parcours en dit long sur l’enclavement épizootique sans précédent de cette préfecture déjà en pleine décrépitude.

« Mieux vaut trouver les chaussures communément appelées Labé-Tamba (faites artisanalement avec du caoutchouc, NDLR), que de se hasarder à emprunter l’axe Labé-Tougué, quelle que soit la nature du véhicule. » C’est un natif désabusé qui parle. En crevaison au niveau du village de Hoorè Bady sur les hauteurs de Tangaly, à 40 Km de Labé, l’homme ne savait plus quoi faire. Si ce n’est « de vouloir porter sur mes épaules l’engin qui m’a emmené jusque-là ». Et d’accuser sans trop s’attarder : « Les ennemis du progrès vivent encore à Tougué et environs, comment pourra-t-on rêver ? », s’exclama-t-il. Point de réponse. Il se fait tard, la route est impraticable, à bord de notre véhicule affichant déjà des signes de fatigue, on abandonne l’homme et ses deux passagers.

Cette situation de Tougué est d’autant plus évidente que même les infrastructures routières (Tougué-Koubia, Tougué-Dinguiraye, Tougué-Mamou  ‒ en éternel projet ‒, Tougué-Labé) ne sont plus à l’ordre du jour dans cette partie de la Moyenne Guinée. Un jeune enseignant obnubilé par son départ de la ville qui l’a vu naître pour d’autres cieux du pays où il ferait bon vivre, explique pour sa part que « l’axe Labé-Tougué n’a jamais été autant dégradé, notamment côté Tougué que cette année. Il y a 20 km environ qu’il est pratiquement impossible de couvrir, même en voiture tout terrain, encore moins à moto ou en petite voiture. Chaque année on nous rebat les oreilles avec ce Labé-Tougué, long seulement de 84 Km. »

Tous les ans, nous apprend-t-on, un financement est dégagé pour ce tronçon, mais là où le bât blesse, les travaux de réhabilitation sont souvent interrompus à la porte de Tougué. Soit, rapporte-t-on, c’est le financement qui est insuffisant, soit on disparait avec les fonds alloués. « Toujours est-il que Tougué souffre de cet autre axe routier », renchérit un membre du syndicat des transporteurs routiers de Tougué. Les travaux du prochain projet de réhabilitation partiront de Tougué pour Labé. Ce n’est plus l’inverse, aurait déclaré une haute autorité du gouvernorat de Labé, alors en visite de prise de contact avec la population de Tougué.

Ce qui est évident, pour rallier la capitale régionale à la bourgade propice aux chauves-souris en langue dialonka, un véhicule tout terrain a besoin en effet de toute une journée. Il sera donc question de prendre un contournement d’environ 40km pour éviter le Tougué-Kegna (20 km) et passer par la sous-préfecture de Konah afin d’aboutir à Bady (Tangaly), supposé être plus praticable. Mais en réalité c’est faute de mieux.

A cette allure d’abandon, Tougué risque, si ses fils n’y prennent garde, de voir son sort complètement scellé quand le plus grand lot du projet de bauxite Dabola-Tougué va être orienté ailleurs. Bien entendu, et on en convient, il y a le prix à payer quand on est toujours resté hostile au confort, au mieux-être ou tout simplement au développement. Le jeu en vaudrait sans nul doute la chandelle !


Thierno Fodé Sow


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