Crise à Fria : ce qu’on n’aura pas prévu

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charge_telephones_Fia_01La crise de Fria
‒ qui entre bientôt dans son sixième mois ‒ partie d’une grève syndicale n’a pas encore livré toutes ses conséquences dans la cité d’alumine de Fria. Dans les hôpitaux, les malades n’ont d’yeux que pour pleurer.

Au-delà de la dégringolade sans précédent du niveau de vie de toute la ville composée pour l’essentiel de travailleurs de l’usine, l’accumulation du risque de maladies diarrhéiques, du paludisme, etc. notamment liée au manque d’assainissement de la ville, Fria, plongé dans le noir le plus noir, voit naître et se développer aujourd’hui un phénomène tout à fait nouveau : le branchement d’une myriade de téléphones portables jusque dans les salles des malades, notamment à l’hôpital Péchiney, propriété de Rusal Friguia.

Comme dans la cour du roi Peteau, l’hôpital censé soigner des patients s’est subitement mué en salle de chargement de téléphones portables, d’ordinateurs portables et d’autres outils. Les malades qui y sont admis sont perturbés à tout va par le désordre qui s’érige en devise. Des jeunes des quartiers environnants, voire de tous les quartiers de la cité, envahissent la moindre prise électrique. Dans les cabines mais surtout dans les grandes salles où sont alités des patients. Des patients déjà obnubilés par un possible départ de cet autre mouroir de la cité : le manque d’hygiène, de prise en charge des malades, l’indisponibilité des produits pharmaceutiques, la démotivation du corps médical, etc. n’étant plus ici une surprise pour nombre de Friakas.

A la Pédiatrie par exemple, alors que nous étions allés rendre visite à un gamin souffrant d’un palu, selon ce que dit un des infirmiers – souvent ici, il parait qu’on confond palu et fièvre typhoïde (très fréquente par ici), si le patient a la chance de voir son sang passer au laboratoire d’analyse ‒, une cohue indescriptible dans les allées. Quelques mots d’amabilité avec les surveillants, garçons de salle, infirmiers en poste ou techniciens de surface suffisent, pourrait-on dire, pour avoir accès aux salles des malades pour brancher, débrancher, … Â« On n’a même plus la tranquillité dans cet hôpital. Et apparemment personne ne pipe mot. Les gens rentrent et sortent avec des portables parfois accompagnés de musiques ou des sonneries à vous décrocher le tympan Â», se plaint, presque résigné une jeune dame à côté de son enfant sous perfusion depuis 72 heures. « Et c’est comme cela tous les jours Â», témoigne la mère d’un agent, alité à la Médecine.

Derrière la cour, à l’entrée principale, une centaine de jeunes s’affairent tous les jours. Qui pour charger son portable, qui pour aider, moyennant quelques billets de banque, qui pour se pavaner et profiter de cette source de lumière dont le Friaka a perdu les habitudes. Sur ce large périmètre qui s’est soudainement rétréci avec la grande affluence, des talibans lisent le Coran, pendant que des cinquantaines de jeunes « font fortune Â» avec leurs rallonges avec la complicité avouée des surveillants de l’hôpital.


Thierno Fodé Sow


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Commentaires  

 
+1 #1 Patriote 23-09-2012 17:34

À lire tout ce qui provient de cette ville, on est en droit d'insister sur l'urgence de trouver une solution définitive: ou on ferme l'usine si elle n'est pas et ne peut plus être rentable, ou on la redémarre en corrigeant les imperfections.
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