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Forum économique de Guinée : Alpha dresse son bilan à mi-parcours et fixe ses nouvelles priorités

Boubacar Bagnan Diallo  Mercredi, 19 Septembre 2012 16:14

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CONDE_Alpha_23_01Tout en dressant son bilan à mi-parcours, le président de la République a fixé ses nouvelles priorités pour le temps qui reste de son mandat et appelle à l’organisation rapide des élections législatives.

Voici in extenso les points forts de son discours

« La Guinée accueille pour la première fois de son histoire un forum économique international de cette envergure au service d’un seul objectif : l’émergence. C’est un enjeu décisif pour notre jeune démocratie et son redressement économique. Je vais tenir devant vous tous réunis ici, acteurs et partenaires de l’émergence de la Guinée, un langage de vérité et d’engagement. Il y a un constat qui s’impose à tous, la Guinée avance, le changement est en marche. Oui il est en marche. Les obstacles sont nombreux, mais nous les franchissons un à un. En 2010 la Guinée a fait un choix historique signe de la démocratie. En m’élisant, les Guinéens m’ont donné le mandat de placer la Guinée sur les traces de l’émergence et sortir définitivement de l’ornière économique et social. […] Le défi à relever est immense. D’abord parce que j’ai hérité d’un pays, mais pas d’un Etat, ensuite parce que la Guinée n’avait plus sa place dans le concert des nations et qu’il a fallu rassurer les partenaires pour leur donner crédit et confiance. Enfin, la Guinée constatait avec impuissance son propre drame économique et le gâchis inacceptable de ses très fortes potentialités.

Il y a deux ans à peine le déficit public dépassait 13% du PIB, l’inflation plafonnait à 23%, les réserves d’échanges équivalaient à moins d’un mois d’importation. La monnaie nationale se dépréciait de jour en jour. L’endettement auprès de la banque centrale avait atteint des dramatiques chiffres record de 6 mille milliards de francs guinéens, les infrastructures étaient déliquescentes ou dans un état d’extrême dégradation. Le chômage frappait durement la population surtout les jeunes. Par-dessus tout, le manque d’eau, et d’électricité, aggravé de conditions sanitaires extrêmement difficiles des Guinéens et leur niveau de vie. Avec plus de la moitié de la population vivant en deçà du seuil de pauvreté. En deux ans nous n’avons pas réalisé de miracles, non. Il n’en était pas question, nous avons pris un travail sans relâche et grâce à la patience responsable de mon peuple que je salue vivement et l’esprit patriotique des syndicats et la disponibilité du CNT, nous avons pu réaliser des avancées majeures. J’en vois six. D’abord, la stabilité macro-économique avec la maîtrise de l’inflation, la stabilité du taux de change, la maîtrise des dépenses publiques et la discipline budgétaire. Ensuite la réforme du secteur minier avec notamment l’adoption d’un nouveau code minier parmi les plus progressistes d’Afrique. Troisièmement, la relance de la production agricole par l’appui au monde rural. Quatrièmement le développement des infrastructures énergétiques avec le démarrage de la construction du barrage de Kaléta avec une puissance de 240 mégawatts, la réhabilitation des centrales thermiques, des réseaux de distribution d’électricité et l’électrification régionale. Cinquièmement la modernisation du port autonome de Conakry, et l’amélioration des infrastructures routières pour désenclaver nos régions. Enfin, sixièmement grâce aux lourds efforts consentis par le peuple guinéen et au soutien de nos partenaires, la Guinée va atteindre prochainement le point d’achèvement de l’initiative de pays pauvres très endettés. J’en avais fait une de mes priorités principales au début de mon mandat. C’est une avancée historique attendue plus de douze ans par la Guinée. Elle est la clé du décollage économique de la Guinée et permettra à mon peuple d’envisager vraiment une vie meilleure. Le PPTE n’est pas une finalité c’est un point de départ pour l’économie guinéenne. Ces six résultats sont majeurs. Grâce à eux, la Guinée se redresse. Laissez-moi vous donner un exemple sur la façon dont nous avons réussi à changer complètement la vie des Guinéens. Il y a dix-huit mois nous nous trouvions dans une situation perverse où les citoyens quittaient la province vers la ville pour pouvoir gagner suffisamment d’argent pour acheter du riz importé de Chine ou d’autres pays asiatiques, à envoyer en province pour nourrir leur famille. Aujourd’hui grâce à des initiatives ciblées dans l’agriculture et à l’engagement du gouvernement, il y a un surplus de riz dans les zones rurales et nous vendons maintenant du riz guinéen à Conakry. Ce changement important concret a été réalisé en moins de dix-huit mois. Autre exemple, le cas de l’énergie, l’augmentation de l’eau et de l’électricité, il est important de ne pas perdre de vue sur ce que cela vaut dans le quotidien du citoyen. Nous avons augmenté de façon significative l’eau et l’électricité à Conakry et dans les grandes villes du pays […]. Mais cela n’est pas suffisant, ma responsabilité et vos attentes vont au-delà la Guinée […].

Mesdames, messieurs,

Je fais de l’émergence de la Guinée un devoir qui passe par l’action que nous menons quotidiennement au service de la diversification de l’économie de notre pays, de la bonne gouvernance et du partenariat gagnant-gagnant avec les grands opérateurs. Pour permettre l’émergence, j’ai inscrit l’emploi surtout l’emploi des jeunes, le renforcement du secteur privé en particulier le secteur minier moteur de notre développement. La relance agricole et industrielle, le développement des infrastructures essentielles y compris l’énergie, la poursuite de l’assainissement macroéconomique et la réforme de l’Etat comme les six grandes priorités de mon mandat restant. Ce sont-là les clés pour faire de la Guinée une économie saine, compétitive et attractive ouverte sur le monde. L’emploi des jeunes, notamment, est la base de tout. Sans lui pas de stabilité, pas d’avenir pour les générations futures. Il repose sur le développement d’un système éducatif adapté et le renforcement du secteur privé. En particulier cela nous conduira à tirer par les actifs miniers de façon stratégique pour diversifier et développer notre économie et créer des emplois dans tous les secteurs industriels. C’est ensuite la promotion économique de la femme guinéenne à travers une politique économique de crédit et d’appui, c’est ensuite la transformation de notre secteur informel productif en petite et moyen entreprise dans le renforcement de leur capacité de production.

Pour ce qui est du secteur minier, nous savons que la Guinée dispose d’un potentiel hors normes, elle occupe le cinquième rang mondial des pays les plus riches en termes de ressources minières et le deuxième rang en Afrique avec un potentiel estimé à 222 milliards de dollars. Il est maintenant temps de rendre ces potentialités une réalité. Nous voulons créer entre nous et les opérateurs du secteur minier, une collaboration franche, transparente avec un double objectif. Un, leur permettre d’être concurrentiels sur le plan international, deux permettre de meilleurs profits au niveau de nos ressources minières. Bref un partenariat gagnant-gagnant. Je vais donc rassurer les miniers sur notre disponibilité.

Sur le plan agricole, la Guinée dotée de quatre régions naturelles, peut se positionner comme le grenier ouest-africain. Nous avons pris des mesures pour atteindre ce potentiel, mais il y a beaucoup à faire. Pour atteindre l’émergence, la Guinée doit relever tous ces défis. Ils sont nombreux, mais réalisables. Les précédents économiques créés par les géants émergents comme la Malaisie, l’Afrique du Sud, etc., leurs apports stratégiques sont essentiels pour consolider la nôtre, disposer d’un plan stratégique et d’une vision ne suffit pas. Des hommes et des femmes doivent les adapter pour les mettre en œuvre. C’est pourquoi j’en appelle au changement de mentalité et notamment pour le secteur public, un changement de paradigme concrétisé par la fluctuation d’un Etat coercitif vers un Etat incitatif. J’attache une attention toute particulière au thème de la bonne gouvernance. Ce n’est pas seulement pour la gestion économique et financière, mais aussi dans le domaine de la gouvernance politique. Le potentiel économique de notre pays ne pourrait se développer et profiter pleinement à tous les Guinéens sans la gouvernance démocratique. C’est pourquoi je profite de la tribune qui m’est offerte aujourd’hui, la veille de la journée internationale de la démocratie, pour lancer un nouvel appel à l’organisation rapide des élections législatives. Je vais être clair. La tenue rapide d’un scrutin juste et transparent est indispensable pour notre transition démocratique, le renforcement des institutions de la République, la consolidation de nos capacités de réforme. Ces élections sont un test majeur pour notre jeune démocratie, elles constituent aussi une clé pour prolonger et accélérer les réformes pour faire une économie forte qui profite à tous les Guinéens. Je le répète haut et fort, la Guinée doit aller aux élections, c’est la condition de notre émergence. Car j’en ai la conviction, la Guinée peut faire la démonstration aux yeux du monde que le printemps africain n’est pas une vue de l’esprit, c’est une réalité politique et économique, c’est tout le sens de mon engagement.

Mesdames, messieurs, vous avez compris que cette conférence économique est stratégique. Par leur qualité, les débats et les témoignages pourront nous apporter beaucoup en termes de recommandations et de mécanisme de mise en application. J’ai le plaisir de déclarer ouvert cette première édition dédiée à la diversification de l’économie et la bonne gouvernance d’une Guinée émergente. Je souhaite plein succès à vos travaux je vous remercie. »


Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu.com


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