Thierno Hassana Bah Jeudi, 23 Août 2012 22:12
Le mardi 21 août dernier, les leaders de l’Alliance pour la démocratie et le développement et du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition se sont retrouvés au siège du PEDN à Lambandji pour passer en revue l’évolution de la situation de crise qui affecte le processus de transition. Ils en ont profité pour dénoncer une connexion entre le pouvoir exécutif le législatif.
Les leaders de l’ADP et du Collectif étaient réunis à huis clos durant de longues heures le mardi dernier pour décider de quelque attitude adoptée suite aux propositions de sortie de crise conçues par les institutions républicaines, sous la houlette du Conseil national de transition (CNT). Un projet de loi qui a été soumis à l’appréciation du président Alpha Condé la semaine dernière. Au sortir de la réunion des opposants, Lansana Kouyaté, président du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN) a donné les raisons de cette rencontre aux journalistes présents sur les lieux.
« Nous avons souhaité avoir cette réunion parce qu’il nous est parvenu que des manœuvres sont en cours pour vider de leur contenu les propositions qui ont été adoptées par le CNT à propos de la recomposition de la CENI ».
Il faut tout d’abord rappeler que suite à la crise sociopolitique qui secoue le pays depuis plus d’un an, le Conseil national de transition (CNT) a initié une série de rencontres avec la classe politique de toutes les obédiences confondues. C’est ainsi qu’il a produit un document contenant trois propositions susceptibles de sortir le pays de la crise. Ce sont l’amendement de l’article 162 du code électoral dont la promulgation est déjà faite, la recomposition de la CENI suivant la même procédure de l’amendement de l’article 162. Le troisième point concerne la révision de la loi organique de cette même commission électorale nationale.
« Mais ce qui a marché pour le premier point ne marche pas pour le deuxième qui est pourtant une proposition claire, nette et précise qui est, au demeurant, la position du Collectif et de l’ADP », s’est indigné Lansana Kouyaté.
Avant de se lancer dans des critiques dans des mots assez durs à l’endroit du CNT et de l’exécutif : « Il s’est trouvé qu’après, parfois, assez de ping-pong et d’intimidation, le CNT a été totalement contourné parce qu’infiltré par des organes consultatifs que sont des ONG, le patronat, le CES, des religieux, etc., pour pouvoir discuter de ce projet concernant la recomposition de la CENI. C’est la première fois qu’on le voit dans un pays qui aspire à la démocratie. Le vote des lois appartient à l’organe législatif », a-t-il regretté. Selon le président du PEDN, c’est au moment où la plénière du CNT devait discuter de cet avant-projet que des gens venus d’autres institutions sont arrivés.
« Malheureusement, dit-il, sont arrivés les autres corps greffés qui sont venus s’ajouter à eux pour discuter de ce sujet. Et finalement la plénière n’a pas pu voter la loi. Il a été demandé à la présidente du CNT d’accepter ce monde externe à son institution pour faire des propositions qui sont déjà arrivées à notre connaissance. C’est-à-dire, par élégance, parce qu’il s’agit maintenant de propositions faites au chef de l’Etat. Quitte à lui de choisir parmi ces propositions. Le premier point, c’est la recomposition telle que proposée par l’Assemblée, parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. Les commissions ont approuvé cela. Le deuxième point, c’est la recomposition partielle de la CENI en tenant compte du paysage politique actuel, mais assortie de deux points où ce paysage disparaît totalement », a souligné Kouyaté.
« Cela veut dire en clair le maintien du statuquo. Mais ce document, malgré son caractère alambiqué, est assorti d’une condition qui dit que quel que soit le point qui sera choisi par le chef de l’Etat, il faut que ce point soit adopté finalement par négociation, par accord avec les partis politiques, soit par voie de loi. Alors c’est là où nous en sommes », a expliqué Kouyaté sur fond de dénonciation. Il s’agit selon lui d’une violation de la constitution guinéenne.
« D’abord nous dénonçons très sérieusement la violation de la constitution. On a dilué le corps législatif. On l’a dépouillé, perverti. Nous sommes meurtris de savoir qu’on est en train encore de détruire cette voie qui était la plus paisible pour nous sortir de cette crise ».
De son côté, Sidya Touré, président de l’Union des Forces Républicaines (UFR), très remonté, a dit que le CNC et le CES ne peuvent pas s’arroger le droit de faire des lois. « Il faut quand même que de temps en temps dans ce pays nous lisions notre constitution et nous respections la loi républicaine. Je ne parle pas des ONG ou des religieux qui sont déjà représentés au CNT. Donc, c’est cette façon de faire qui fait qu’à chaque fois nous rebondissons sur ces mêmes problèmes », rappelle l’opposant. Selon lui, à chaque fois qu’il y a une proposition susceptible de sortir le pays de la crise, si elle n’est pas à l’avantage du pouvoir elle ne passe pas.
« A chaque fois qu’il y a une proposition de sortie de crise, tant qu’elle n’est pas à leur désidérata, d’avoir un fichier (électoral) qui leur est propre et une CENI qui leur soit propre, vous reprenez tout à zéro. Dans ce cas précis, il semble que le président soit réjoui d’avoir ces propositions. Mais il n’avait pas eu connaissance de ce qu’il fallait un accord politique ou une loi ».
Quant à Aboubacar Sylla, président de l’Union des forces du changement (UFC), il parle d’interférence de l’exécutif dans le législatif : « Nous avons été informés d’une nouvelle incursion de l’exécutif dans le législatif. Ceci viole délibérément le sacro-saint principe de séparation et d’indépendance des pouvoirs qui constituent le fondement de tout régime démocratique. (…) Pour nous, une proposition de sortie de crise est une proposition qui doit recevoir l’aval de tous ceux qui sont concernés, par les acteurs politiques, mais aussi une proposition claire, nette et précise. Mais on propose au président de la République de faire un choix sur trois options contradictoires. Et mieux que ça, cela passe de la façon la plus discrète pour ne pas dire mystérieuse, puisque le document, au lieu d’être publié, garde un caractère hautement confidentiel. »
Pour Aboubacar Sylla, c’est en tenant compte du fait que le choix de l’une des propositions contenues dans le document élaboré par le CNT soit conditionné à un accord politique ou à la soumission de ce choix à un projet de loi qui doit être adopté par le CNT.
Le leader de l’UFC ajoute « qu’aujourd’hui il y a des manœuvres dilatoires qui sont mises en œuvre pour amener ce comité ad hoc composé du CES, du CNC et autres à revenir modifier ce rapport et extirper de cette proposition qui a été faite au président de la République la partie concernant cet accord politique global ou alors la loi pour faire en sorte que le chef de l’Etat ait la liberté totale de manœuvre, la liberté de choisir la proposition qu’il veut et de l’imposer par voie règlementaire ».
Pour sa part, Cellou Dalein Diallo dira que toutes ces manœuvres sont faites à dessein. C’est pour que le pouvoir contrôle l’Assemblée nationale qui sera installée à la suite des élections législatives : « Alpha Condé tient à tout prix à contrôler l’Assemblée nationale alors qu’il n’a aucun moyen pour le faire, si ce n’est par ces manœuvres. Aujourd’hui il sait mieux que nous tous que si c’est le peuple de Guinée qui va décider, il ne va pas y arriver. Donc il veut utiliser le fichier et la CENI pour atteindre cet objectif. »
Il a poursuivi son intervention en disant que le Collectif et l’ADP vont continuer à refuser cela. « La proposition faite par le CNT, ajoute-t-il, était celle qui aurait pu nous sortir de la crise. On aurait déjà fini de recomposer la CENI et on aurait peut-être fini de travailler. Chaque fois que des propositions touchent à certaines de ses positions, il faut qu’il engage des manœuvres. Le document qui contenait les trois propositions avait dit que quelle que soit l’option qu’il va choisir il faut que cela soit validé par un accord politique ou par une loi de la République. Il ne veut pas ça. Aujourd’hui il demande d’effacer cela dans le document pour lui permettre de choisir tout seul, naturellement la solution. »
Par rapport à la marche prévue le 27 août prochain, le chef de file de l’opposition dit que celle-ci sera grandiose. Il promet de drainer ce jour-là une foule immense, car, dit-il, tout le monde est déçu, tout le monde souffre. Donc, pour lui, les citoyens guinéens vont exprimer le 27 août, leur mécontentement d’une manière la plus pacifique.
Ce 27 août coïncide, il faut le rappeler, avec la fête des femmes qui est l’anniversaire de la manifestation contre la police économique de Sékou Touré. C’était en 1977.