Amara Camara Dimanche, 19 Août 2012 18:18
Le président de l’Observatoire national de la démocratie en Guinée (ONDG) a conféré le samedi 11 août dernier avec la presse nationale autour du thème, ‘’Situation sociopolitique de la Guinée, enjeux et dangers’’. L’universitaire toulousain Diaby Gassama Kalifa, a mis à profit sortie médiatique pour tirer à boulets rouges sur les acteurs politiques et plus singulièrement sur le président Alpha Condé qu’il appelle vivement à faire un sursaut de soi-même pour enfin parachever la transition politique en Guinée.
Depuis l’élection du président Alpha Condé à la tête de la magistrature suprême du pays, le processus démocratique en Guinée traverse, en raison de la mésentente des acteurs politiques, une situation de totale impasse.
Face à ce blocage, devenu à la fois sidérant et inquiétant, certaines organisations, défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie, ne manquent plus d’afficher publiquement leur colère et leur anxiété.
Pour sa part, l’ONG ONDG (Observatoire national de la démocratie en Guinée) est sortie de sa réserve pour dénoncer cet état d’enlisement de la transition pour lequel elle accuse nommément et vertement le pouvoir en place d’être le premier responsable et au premier chef, le président de la République.
Fidèle à sa vocation d’observateur et de sentinelle de la démocratie en Guinée, l’ONDG a dressé ce samedi un réquisitoire implacable contre les acteurs politiques et les dirigeants qu’elle met à l’index pour n’avoir pas encore mesuré l’importance vitale pour notre pays de ne pas rater cette transition politique et démocratique ainsi que la nécessité absolue qu’il y a pour tous d'éviter les pièges et tentations ‘’égoïstes, opportunistes et narcissiques’’.
Dans cette diatribe contre la classe politique, le juriste Kalifa Diaby constate non sans amertume la persistance de ce qu’il qualifie de vieux pièges, de vieilles tentations et pratiques éculées dans le jeu politique en Guinée.
Le président de l’ONDG, s’insurge contre les différents acteurs politiques pour n’avoir pas fait face à une situation qui exige à la fois de leur part ‘’souplesse, subtilité, considération et ouverture’’.
A défaut d’arguments et de vision, les uns, affirme-t-il, s’auto-octroient des brevets de patriotisme, les niant ainsi aux autres. Chacun s’enferme dans sa logique au point, a-t-il déploré, de ne plus se remettre en cause. S’éloignant ainsi à chaque instant et chaque jour des principes démocratiques.
Devant la logique de diabolisation à outrance de l’opposition dans laquelle s’inscrivent de plus en plus d’apparatchiks et fanatiques du régime, Kalifa Diaby rappelle que dans une démocratie saine, ouverte, civilisée et tolérante, l’opposition ne peut et doit être ni stigmatisée ni diabolisée au point de considérer tous ceux qui critiquent d’être des apatrides ou des ennemis du peuple. Ce genre de discours, dénonce-t-il, est scabreux, détestable voire préjudiciable à la cohésion dans un pays déjà socialement très éprouvé.
C’est pourquoi, devant ce désaccord notoire des politiques, l’ONDG par la voix de son président, en appelle au sens du devoir et de la responsabilité dont le gouvernement et le président de la République doivent faire montre pour faire aboutir, de la façon la plus sereine et la plus positive, cette Transition politique et démocratique.
Si l’ONDG engage directement et au premier rang la responsabilité du pouvoir en place dans cet imbroglio politique que connaît la Guinée en ce moment précis de son histoire, elle reste tout aussi consciente et convaincue que l’opposition assume également une part de responsabilité dans la situation qui prévaut.
‘’Nul ne peut tenir un seul camp comme étant exclusivement responsable de la situation. Nul n’ignore les manœuvres politiques et politiciennes que jouent les uns et les autres… Nul n’ignore les difficultés culturellement, socialement et historiquement inhérentes à notre société dans ce processus de démocratisation et de civilisation de l’espace et du jeu politique’’, a fait remarquer Diaby Kalifa avant de laisser éclater sa lassitude et son ras-le-bol consécutifs à ces sempiternelles dissensions et enfantillages orchestrés par les acteurs politiques au détriment de la démocratie et de l’intérêt suprême de la nation.
‘’Les Guinéens sont totalement fatigués de ce jeu interminable et de cette crise qui chaque jour devient de plus en plus paralysante. Elle empoisonne notre dynamique démocratique et notre envie de justice et de liberté. De ces crises conjoncturelle, nous aggravons nos difficultés structurelles qui nous éloignent immanquablement des solutions intelligentes, efficaces et durables’’, proteste avec véhémence l’ONDG qui aspire à une Guinée démocratique, prospère et paisible et dont la providence a doté de toutes les richesses naturelles.
Il faut, par ailleurs, rappeler qu’au cours de cette sortie devant la presse, le président de l’ONDG est également largement revenu sur les récentes violences et tueries enregistrées à Zogota et Siguiri, ainsi que sur l’arrêt prolongé de l’usine d’alumine Fria. Une situation qui plonge depuis le mois d’avril dernier les ouvriers de cette usine dans un état de dénuement extrême plombant du coup toutes les activités économiques à Fria.
Tueries de Zogota et de Siguiri
Quand le président de l’ONDG assimile ces violences à une décadence sociale et culturelle en Guinée.
Suite au déchaînement de violences enregistrées récemment à Zogota, une localité située près de N’Zérékoré, et à Siguiri, le président de l’ONDG est monté au créneau au cours de sa conférence de presse pour fustiger ces brutalités violentes qui ont tendance à s’installer irrémédiablement dans la culture des Guinéens. Diaby Kalifa Gassama, tout en imputant la responsabilité de cette déchéance sociale et culturelle à tous les Guinéens, au premier rang desquels les gouvernants actuels, estime que ces dramatiques événements de Zogota et de Siguiri sont la preuve de notre incapacité à tirer les leçons de l’histoire, à veiller sur les fragilités structurelles de notre société et à nous inscrire durablement dans une dynamique de rupture politique, culturelle et institutionnelle.
Face à cette explosion inquiétante de la violence et la brutalité ayant entraîné des morts d’homme, le président de l’ONDG a exprimé sa vive condamnation et exigé que toute la lumière soit faite autour de ces événements tragiques et que les auteurs et commanditaires soient retrouvés et châtiés conformément aux prescriptions de la loi. Nous continuons étrangement à rajouter des drames insolubles aux drames insolubles, affirme Kalifa Gassama en faisant allusion à la répétition funeste de violences durant ces dernières décennies en Guinée.
‘’Il faut que dans notre pays, on en finisse avec cette détestable culture de violence et de brutalité. Une culture encore plus insupportable lorsqu’elle est l’expression de ceux-là mêmes qui sont censés protéger les citoyens et leur garantir un environnement de sécurité et de quiétude’’, regrette le président de l’ONDG qui n’hésite pas à parler d’une décadence sociale et culturelle par rapport à cette situation de violence qui ne saurait jamais, prévient-il, garantir une démocratie et une paix durable.
Par ailleurs, évoquant le préoccupant malaise social qui prévaut actuellement à Fria, Diaby Gassama martèle qu’il relève de la responsabilité du gouvernement de veiller non seulement sur les intérêts des travailleurs mais aussi et surtout sur ceux des habitants de Fria. Avant d’inviter les gouvernants à s’inspirer de cette situation de Fria pour qu’à l’avenir, ce genre de malaise social ne soit plus possible.
L’appel de détresse au président Alpha Condé et aux acteurs politiques
Dix mois après l’élection du président de la République, la Guinée ne parvient toujours pas à organiser les élections législatives devant mettre fin à la transition démocratique amorcée depuis la mort du général Lansana Conté, le 22 décembre 2008.
Dix-huit mois passés, pouvoir et opposition n’ont jusque-là pas réussi à transcender leurs divergences autour de la recomposition ou non de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), institution chargée d’organiser les élections en Guinée.
Pour le moment, toutes les initiatives ou tentatives de médiation, qu’elles émanent du gouvernement, du président de la République, d’institutions nationales ou internationales, sont restées infructueuses. Mouvance et opposition continuent, chacune, à camper sur sa position.
Face à l’impasse que suscite cet extrémisme politique cultivé et entretenu par la classe politique guinéenne, l’ONDG a, à travers son président, lancé un appel pressant au chef de l’Etat et à ses opposants afin de surmonter le plus rapidement possible le défi de l’organisation des législatives qui mettront un terme à cette Transition.
Du président Alpha Condé, l’ONDG appelle instamment une plus grande implication pour trouver rapidement une solution satisfaisante et équitable afin de permettre la tenue des élections législatives dans le pays.
Pour ce faire, l’ONG ONDG exhorte le président de la République à se placer à la hauteur des enjeux, à se soustraire des pièges des ‘’arrivistes, opportunistes et des zélés courtisans’’ qui sont prêts, dénonce-t-elle, à tout pour protéger leurs intérêts privés, fût-ce au détriment de celui de la nation.
Conscient du rôle et de la volonté de certaines personnes ou personnalités qui arpentent à longueur de journée les couloirs et bureaux de la présidence de la République et qui sont plus animées par le désir ardent de se servir que de servir le chef de l’Etat et le pays, l’ONDG conseille au président Alpha Condé de se soustraire des réseaux clientélistes, ethnico-stratégique qui, insiste-t-elle, n’ont rien à lui apporter sinon l’illusion d’une réussite et d’une grandeur qui est à construire…
‘’Monsieur le Président de la République, pour l’histoire, pour votre grandeur historique, pour la réussite de vos œuvres et de vos projets socioéconomiques pour la Guinée et les Guinéens qui sont fatigués d’être pauvres dans un pays riche, qui sont lassés de vivre dans la méfiance des uns vis-à-vis des autres, qui souhaitent une nation au lieu des communautés ethniques ou claniques.
Résistez à la tentation de la force et de la victoire à tout prix. Résistez aux sirènes démagogiques des thuriféraires. Résistez aux réseaux opportunistes et malveillants. Résistez aux griots de salon. Soyez grand et courageux et surtout résistez, comme cela est recommandé à chaque être humain, encore plus lorsque celui-ci doit accomplir de grandes œuvres, à vos propres démons encore plus fortement qu’aux démons des autres... Résistez à vos propres tentations encore plus fortement qu’à celles qui vous seront immanquablement et continuellement suggérées par ceux qui feront mine de vous aider et de vous aimer mais, qui ne cherchent que la satisfaction de leurs intérêts propres…. Résistez, monsieur le président de la République à la tentation de la force, elle affaiblit, à la tentation de la puissance, elle vous affaiblira… Votre énergie, votre détermination, les Guinéens en ont besoin pour construire une société de paix, de justice, de prospérité et de liberté. Tendez la main, soyez à l’écoute de ceux qui vous diront en toute fraternité la vérité, leur vérité. Tendez la main, même et surtout à vos adversaires, votre grandeur sera encore plus éclatante, la démocratie sera-là et le développement sera promoteur’’, a-t-il ainsi exprimé ce cri du cœur pour appeler le chef de l’Etat à faire une résistance farouche à toutes les tentations démoniaques qu’orchestreront son entourage immédiat.
A l’opposition ou toutes celles ou tous ceux qui seraient tentés de souhaiter l’échec de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, pour le simple plaisir d’avoir raison, Diaby Gassama Kalifa met en garde contre l’échec de cette équipe qui, précise-t-il, sera celui de tous les Guinéens… Et surtout cet échec compromettra des réussites futures. Car, au lieu d’amoindrir nos obstacles structurels, il les renforcerait’’, a-t-il prévenu.
Camara Moro Amara
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu.com