Processus de sortie de crise pour les législatives : Le vrai blocage

Facebook Imprimer    

 

DIALLO_Rabiatou_Serah_CONDE_Alpha_01L’autre semaine, le président de la République a dit aux nombreux visiteurs de Sékhoutouréya qu’il appelle en consultation, qu’il attend du Conseil national de la transition, une proposition de sortie de crise. Comme à ses habitudes en pareilles circonstances, Hadja Rabiatou Sérah Diallo avait auparavant initié des rencontres entre les principaux acteurs du pays pour que chacun dise ce qu’il a sur le cœur en vue d’une synthèse qui pourrait rapprocher les esprits et éventuellement débloquer la situation. Rééditant ainsi les initiatives du CNT qui avaient permis de résoudre en grande partie le blocage que le pays avait connu à l’issue du premier tour de la présidentielle de 2010. Avec quatre longs mois de délai.

La présidente du CNT a trouvé sur le terrain des oreilles attentives, dont certaines avaient même commencé à œuvrer dans ce sens. Les femmes et les confessions religieuses notamment. L’on a alors assisté à un ballet d’institutions républicaines et d’organisations nationales qui se sont succédé dans la salle des Actes du Palais du peuple. La volonté de sortir de la crise n’a pas manqué. Les propositions, non plus. Au sein du CNT même, l’on a procédé à un vrai travail de concertations entre les 9 commissions qui composent l’institution. L’on a fini par produire un document de synthèse sous la forme de “Rapport de l’inter-commission sur les propositions de sortie de crise”. Entre le 20 et le 27 juillet, l’inter-commission s’est réunie en plusieurs séances de travail pour aboutir à ce rapport. Il est précisé qu’au cours des débats “ l’inter-commission a analysé la situation sous deux aspects principaux : aspects technique et institutionnel ”.

L’aspect technique a porté sur l’examen du rapport de l’OIF et la révision de la liste électorale conformément à la loi. L’aspect institutionnel, sur l’amendement de l’article 162 du code électoral qui donne des pouvoirs exorbitants au président de la CENI, la recomposition de celle-ci et la publication du rapport d’audit du PNUD. L’analyse de l’inter-commission a également porté sur “ les propositions faites par les différents acteurs impliqués dans le processus de sortie de crise ”. En tenant compte des diverses tendances et propositions faites par les acteurs politiques, le mouvement social, les institutions nationales, la coalition des femmes, la CENI et les confessions religieuses, le rapport a cru bon de recommander :

1) Aspect technique :

• Examen judicieux du rapport de l’OIF ;

• Révision de la liste électorale conformément à la loi.

2) Aspect institutionnel :

• Amendement de l’article 162 du code électoral ;

• Recomposition de la CENI ;

• Publication du rapport d’audit du PNUD.

C’est peut-être ce dernier point qui a posé le vrai problème et constitué le vrai blocage du processus de recherche de sortie de crise initié par le CNT. Entre la convocation de la plénière en vue de l’adoption du rapport et la rencontre finale avec l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus de sortie de crise, les choses ont basculé. La belle unanimité s’est fissurée. L’horizon s’est assombri. La sortie de crise a dû prendre du plomb dans l’aile. Parce que désormais, il ne dépend plus que de la seule volonté du président Alpha Condé.

Le premier blocage est naturellement venu du président de la République lui-même. Il a rencontré à Sékhoutouréya, le directoire du CNT, Hadja Rabiatou Sérah et Mgr. David Albert Gomez, le second vice-président étant absent du pays. La première salve d’Alpha Condé aura été d’ordre psychologique. Il a appris au directoire du CNT qu’il a déjà dans ses tiroirs le rapport de l’inter-commission qui n’était même pas encore soumis à la plénière pour adoption. Non seulement la nouvelle était de nature à abattre le moral des hôtes, mais elle a également dû semer le trouble dans la gouvernance de Hadja Rabiatou et de Mgr. Gomez. Quand la deuxième institution du pays se mue en passoire, il y a de quoi entretenir le soupçon entre les proches collaborateurs de l’institution. Mais les dégâts ne se sont pas arrêtés-là. La deuxième salve du président Condé aura été dirigée sur la plénière qui devait adopter le document. Elle s’est traduite par des menaces de vote négatif de la part de plus d’un conseiller. La plénière s’est alors fissurée. A coups de manipulations. Un vrai travail de fourmi.

Les recommandations qui devaient être mises sur la table des acteurs politiques, sociaux et syndicaux pour adoption, contiennent trois points jugés “très gênants” pour la présidence de la République : “La recomposition de la CENI sur une base paritaire entre la mouvance et l’opposition”, et surtout “l’élaboration et l’adoption de la loi organique prévue par l’article 133 de la constitution”. Le problème n’est nouveau ni à Sékhoutouréya, ni au Palais du peuple. Il y a belle lurette que le CNT avait apprêté un texte de loi sur cette CENI pour combler le vide institutionnel. Le président Condé avait convoqué le directoire du CNT par deux fois pour lui exprimer son mécontentement. Par la suite, ce directoire n’a pas manqué d’arguments plus ou moins fallacieux, pour laisser le texte dormir dans les tiroirs et éviter au président de la République “le coup de poignard dans le dos”, comme il l’avait formulé lui-même à l’époque. Cette fois-ci, il a préféré prendre les devants pour tuer dans l’œuf “le danger” d’une nouvelle loi sur une CENI paritaire, claire, objective et saine. Le succès aura été total. La plénière du CNT a été annulée. L’institution est allée rejoindre dans la salle des Actes du Palais du peuple, les autres acteurs du processus de recherche de sortie de crise sans avoir obtenu la validation de son propre document. On n’aura eu le temps que d’écouter un résumé des propositions des autres pour former une commission de synthèse. Le samedi 11 août, les divers acteurs se sont retrouvés pour une dernière séance, en rangs clairsemés, pour adopter les recommandations de cette énième commission. Ces recommandations ont été portées sous bonne garde au président Alpha Condé qui conserve comme à l’origine, toutes les cartes pour agir dans l’unique sens qui lui plaira. Souhaitons que ce sens soit le bon !

Mais, il est illusoire de croire que la Guinée sortira de sa crise qui perdure avec des mauvaises élections législatives. Au-delà des urnes, c’est un problème de sécurité qui nous tient à la gorge. Sécurité physique pour les nationaux, sécurité des investissements pour les éventuels candidats au développement, sécurité des biens matériels et immatériels pour tous. Le chemin le plus sûr pour y arriver ne saurait aboutir à une espèce de lutte sans merci entre la primauté du consensus sur la loi. Et vice-versa. Cela au moins, est une certitude.


Source : La Lance


AArticle_logo1_0
Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
+2 #10 Gandhi 19-08-2012 17:08

Citation en provenance du commentaire précédent de Patriote:
Sinon à quoi sert une loi qu'on ne peut appliquer ?

On est bien d'accord, sauf qu'il fallait y penser avant. Il parait qu'ils n'ont que ça à faire...
Citer
 
 
+2 #9 Patriote 19-08-2012 14:24

Gandhi,
Je persiste à dire qu'il n'est pas possible au jour d'aujourd'hui de présenter un budget équilibré en Guinée. Il faut qu'on envoie un message clair au CNT pour qu'il modifie l'article 75 de la Constitution. Sinon à quoi sert une loi qu'on ne peut appliquer ?
Citer
 
 
+2 #8 Gandhi 19-08-2012 00:40

L'Allemagne possède sa règle d'or, même si elle y a dérogé plusieurs fois. Je suis bien d'accord qu'il est difficile - mais pas impossible - de le faire, mais à quoi bon imposer une règle dans un texte pour le violer 6 mois plus tard. Personne n'a mis le pistolet sur la tempe du CNT pour imposer cette règle. Comment le CNT veut-il imposer la loi aux citoyens, alors qu'il ne respecte même pas celle qu'il édicte.
Citer
 
 
+3 #7 Patriote 17-08-2012 23:02

Gandhi,
Je pense que c'est la loi elle-même qu'il faudrait modifier puisqu'elle n'est pas applicable dans la réalité. En d'autre terme, il est impossible de présenter un budget équilibré au jour d'aujourd'hui. Même à l'étranger, c'est maintenant que certains pays veulent en faire une règle d'or. Sinon, les pays fonctionnent de déficits en déficits. Dès lors, on en déduit que ce n'est pas un problème d'appartenance politique, mais une réalité qui s'impose à tous, du moins pour le moment. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'on ne fournisse plus d'effort pour aller vers l'équilibre et qu'on n'examine pas à fond le projet de budget avant qu'elle ne devienne loi de finance.
Citer
 
 
+1 #6 Gandhi 17-08-2012 21:25

Citation en provenance du commentaire précédent de Patriote:
Gandhi,
Pour mon information personnelle, pourriez-vous me démontrer pourquoi ces gens seraient-ils en complète violation de la constitution ?

Article 75 de la Constitution : L’Assemblée Nationale vote le budget en équilibre.
Ce n'était pas une obligation de l'écrire (peut-être l'influence de la règle d'or). Malgré cela, les 2 budgets votés par le CNT étaient déficitaires.
Citer
 
 
+3 #5 Patriote 17-08-2012 20:44

Gandhi,
Lorsque vous dites, je cite : "On constate même que des gens qui officiellement faisaient partie de l'opposition au départ, votent de manière unanime le budget par exemple, en complète violation de la constitution qu'ils ont pourtant élaborée." Pour mon information personnelle, pourriez-vous me démontrer pourquoi ces gens seraient-ils en complète violation de la constitution ?
Citer
 
 
+2 #4 Morlaye Sylla 17-08-2012 04:44

Le contraire m'aurait etonne de voir une solution de sortie de crise responsable, pertinentes, realiste et acceptable soit prise par le CNT sans interferance du President Alpha Conde.
Ne dit-on pas que la plus belle femme ne peut donner que c'est qu'elle peut? Des lors nous pouvons comprendre que le CNT ne saura jamais meriter la confiance et les prerogatives placees en lui. La composition du CNT n'a jamais ete pas oporee sur la base des competences liees a la vraie mission devolue au parlement. C'est un groupe de personnes mus par leurs interets personnels qui visent a empocher des miettes et de s'enorgueillir du titre de mandant du peuple.
La solution est reside au niveau du peuple qui est en dernier ressort le seul souverain. Car, il peut dicter aux dirigeants la ligne a adopter. Par tout ou le peuple a pris ses responsabilites historiques, des progres remarquables ont ete enregistres. C'est le lieu de soutenir massivemnet les initiatives du Collectif et de l'ADP afin que le pouvoir soit oblige de se plier a la volonte du peuple. Le pouvoir aurait a gagner en se mettant a l'ecoute du peuple pour poser des actes dans le sens du respect de loi et non de poser des actes pour imposer ses voeux a la population. Seule la lutte pacifique conforment a la loi pourrait nous aider a faire plier Alpha Conde. Par consequent, soutenons tous les initiatives du Collectif et de l'ADP.
Vive la Guinee
Vive la Deomocratie
Citer
 
 
+3 #3 Barros Diallo 17-08-2012 00:10

L' année dernière lorsque l'opposition s' est rendue Chez dame Raby pour lui remettre leur mémorandum ( vers Mai 2011,je crois).
La dernière phrase de Madame a tét la suivante: « je rendrai compte au président de la république».
conclusio: le CNT est le sécrétariat de la présidence.
Il ne faut donc pas s'arracher les cheveux à vouloir comprendre le lien entre Sékoutouréya et le Plais du peuple!
Citer
 
 
+4 #2 Gandhi 16-08-2012 18:56

D'un certain point de vue, je suis scandalisé de voir un CNT aux petits soins du PRG, alors que le CNT, représentant du peuple (sur la papier ,car ce CNT là !!!), est en pouvoir d'imposer au PRG des textes qui vont dans le sens de l'intérêt général.
D'un autre côté, je me réjouis que le CNT ne fasse rien, car il est complètement à la solde du pouvoir. On constate même que des gens qui officiellement faisaient partie de l'opposition au départ, votent de manière unanime le budget par exemple, en complète violation de la constitution qu'ils ont pourtant élaborée.
Concrètement si le CNT n'est pas capable de faire appliquer la loi qu'il est censé voter (je ne parle même pas de contrôler le gouvernement), je préfère qu'il reste couché et laisse faire les choses. La nature ayant horreur du vide, et le mandat de la CENI expirant dans deux mois, une solution émergera obligatoirement.
Citer
 
 
+4 #1 AMAR 16-08-2012 18:33

Le monde aura compris que c'est Alpha Condé qui bloque le processus devant aboutir à la sortie de crise. La situation institutionnelle du pays est une aubaine pour le PRG car sans un parlement élu il peut continuer ses opérations financières mafieuses sans inquiétude. Il dit travailler pour le peuple de guinée, en même temps il s'oppose aux propositions de sortie de crise.
Citer