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Processus de sortie de crise pour les législatives : Le vrai blocage

  Jeudi, 16 Août 2012 15:13

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DIALLO_Rabiatou_Serah_CONDE_Alpha_01L’autre semaine, le président de la République a dit aux nombreux visiteurs de Sékhoutouréya qu’il appelle en consultation, qu’il attend du Conseil national de la transition, une proposition de sortie de crise. Comme à ses habitudes en pareilles circonstances, Hadja Rabiatou Sérah Diallo avait auparavant initié des rencontres entre les principaux acteurs du pays pour que chacun dise ce qu’il a sur le cœur en vue d’une synthèse qui pourrait rapprocher les esprits et éventuellement débloquer la situation. Rééditant ainsi les initiatives du CNT qui avaient permis de résoudre en grande partie le blocage que le pays avait connu à l’issue du premier tour de la présidentielle de 2010. Avec quatre longs mois de délai.

La présidente du CNT a trouvé sur le terrain des oreilles attentives, dont certaines avaient même commencé à œuvrer dans ce sens. Les femmes et les confessions religieuses notamment. L’on a alors assisté à un ballet d’institutions républicaines et d’organisations nationales qui se sont succédé dans la salle des Actes du Palais du peuple. La volonté de sortir de la crise n’a pas manqué. Les propositions, non plus. Au sein du CNT même, l’on a procédé à un vrai travail de concertations entre les 9 commissions qui composent l’institution. L’on a fini par produire un document de synthèse sous la forme de “Rapport de l’inter-commission sur les propositions de sortie de crise”. Entre le 20 et le 27 juillet, l’inter-commission s’est réunie en plusieurs séances de travail pour aboutir à ce rapport. Il est précisé qu’au cours des débats “ l’inter-commission a analysé la situation sous deux aspects principaux : aspects technique et institutionnel ”.

L’aspect technique a porté sur l’examen du rapport de l’OIF et la révision de la liste électorale conformément à la loi. L’aspect institutionnel, sur l’amendement de l’article 162 du code électoral qui donne des pouvoirs exorbitants au président de la CENI, la recomposition de celle-ci et la publication du rapport d’audit du PNUD. L’analyse de l’inter-commission a également porté sur “ les propositions faites par les différents acteurs impliqués dans le processus de sortie de crise ”. En tenant compte des diverses tendances et propositions faites par les acteurs politiques, le mouvement social, les institutions nationales, la coalition des femmes, la CENI et les confessions religieuses, le rapport a cru bon de recommander :

1) Aspect technique :

• Examen judicieux du rapport de l’OIF ;

• Révision de la liste électorale conformément à la loi.

2) Aspect institutionnel :

• Amendement de l’article 162 du code électoral ;

• Recomposition de la CENI ;

• Publication du rapport d’audit du PNUD.

C’est peut-être ce dernier point qui a posé le vrai problème et constitué le vrai blocage du processus de recherche de sortie de crise initié par le CNT. Entre la convocation de la plénière en vue de l’adoption du rapport et la rencontre finale avec l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus de sortie de crise, les choses ont basculé. La belle unanimité s’est fissurée. L’horizon s’est assombri. La sortie de crise a dû prendre du plomb dans l’aile. Parce que désormais, il ne dépend plus que de la seule volonté du président Alpha Condé.

Le premier blocage est naturellement venu du président de la République lui-même. Il a rencontré à Sékhoutouréya, le directoire du CNT, Hadja Rabiatou Sérah et Mgr. David Albert Gomez, le second vice-président étant absent du pays. La première salve d’Alpha Condé aura été d’ordre psychologique. Il a appris au directoire du CNT qu’il a déjà dans ses tiroirs le rapport de l’inter-commission qui n’était même pas encore soumis à la plénière pour adoption. Non seulement la nouvelle était de nature à abattre le moral des hôtes, mais elle a également dû semer le trouble dans la gouvernance de Hadja Rabiatou et de Mgr. Gomez. Quand la deuxième institution du pays se mue en passoire, il y a de quoi entretenir le soupçon entre les proches collaborateurs de l’institution. Mais les dégâts ne se sont pas arrêtés-là. La deuxième salve du président Condé aura été dirigée sur la plénière qui devait adopter le document. Elle s’est traduite par des menaces de vote négatif de la part de plus d’un conseiller. La plénière s’est alors fissurée. A coups de manipulations. Un vrai travail de fourmi.

Les recommandations qui devaient être mises sur la table des acteurs politiques, sociaux et syndicaux pour adoption, contiennent trois points jugés “très gênants” pour la présidence de la République : “La recomposition de la CENI sur une base paritaire entre la mouvance et l’opposition”, et surtout “l’élaboration et l’adoption de la loi organique prévue par l’article 133 de la constitution”. Le problème n’est nouveau ni à Sékhoutouréya, ni au Palais du peuple. Il y a belle lurette que le CNT avait apprêté un texte de loi sur cette CENI pour combler le vide institutionnel. Le président Condé avait convoqué le directoire du CNT par deux fois pour lui exprimer son mécontentement. Par la suite, ce directoire n’a pas manqué d’arguments plus ou moins fallacieux, pour laisser le texte dormir dans les tiroirs et éviter au président de la République “le coup de poignard dans le dos”, comme il l’avait formulé lui-même à l’époque. Cette fois-ci, il a préféré prendre les devants pour tuer dans l’œuf “le danger” d’une nouvelle loi sur une CENI paritaire, claire, objective et saine. Le succès aura été total. La plénière du CNT a été annulée. L’institution est allée rejoindre dans la salle des Actes du Palais du peuple, les autres acteurs du processus de recherche de sortie de crise sans avoir obtenu la validation de son propre document. On n’aura eu le temps que d’écouter un résumé des propositions des autres pour former une commission de synthèse. Le samedi 11 août, les divers acteurs se sont retrouvés pour une dernière séance, en rangs clairsemés, pour adopter les recommandations de cette énième commission. Ces recommandations ont été portées sous bonne garde au président Alpha Condé qui conserve comme à l’origine, toutes les cartes pour agir dans l’unique sens qui lui plaira. Souhaitons que ce sens soit le bon !

Mais, il est illusoire de croire que la Guinée sortira de sa crise qui perdure avec des mauvaises élections législatives. Au-delà des urnes, c’est un problème de sécurité qui nous tient à la gorge. Sécurité physique pour les nationaux, sécurité des investissements pour les éventuels candidats au développement, sécurité des biens matériels et immatériels pour tous. Le chemin le plus sûr pour y arriver ne saurait aboutir à une espèce de lutte sans merci entre la primauté du consensus sur la loi. Et vice-versa. Cela au moins, est une certitude.


Source : La Lance


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