Lundi, 23 Juillet 2012 13:33
Le Conseil National de la Transition (CNT) qui fait office de parlement et qui laisse tout passer, a adopté le 10 août 2011 une loi portant constitution du patrimoine minier et de sa gestion. Cette loi a été promulguée le 11 août 2011 sous le n° L/2011/005/CNT. Le décret n° 217/PRG/SGG du 11 août a créé la société de patrimoine minier tandis que le décret n° 218/PRG/SGG du 11 août a créé la SOGUIPAMI.
L’article 3 de ce dernier décret prévoit que la SOGUIPAMI a pour objet de (entre autres) :
- lever, recevoir, emprunter, placer sur le marché financier ou boursier et gérer des fonds pour financer la recherche géologique et développement du patrimoine minier ;
- recevoir des fonds par subventions et transferts, détenir, gérer les actions, les participations, les intérêts financiers et commerciaux de l’Etat guinéen dans les sociétés minières, les sociétés de commercialisation, de marketing, de transport de minerais et de produits dérivés.
Ces missions, si elles étaient mises en œuvre, devraient permettre à la SOGUIPAMI de faire des emprunts auprès de toutes sortes de prêteurs et à des conditions non définies. Cette situation permet à la SOGUIPAMI de spéculer sur les marchés financiers et boursiers avec les actions de l’Etat au sein des sociétés minières. Cette spéculation peut donner des profits énormes ou des pertes gigantesques, étant donné que le placement des actions de l’Etat dans des produits financiers et dérivés spéculatifs peut entraîner des pertes colossales.
Supposons que notre brave SOGUIPAMI décide de placer les actions de l’Etat guinéen dans la CBG, soit environ 750 millions de dollars dans les fonds spéculatifs Madoff ! Aujourd’hui, la Guinée aurait tout simplement perdu toutes ses actions au sein de la CBG du fait de l’écroulement du fonds Madoff.
La loi précitée, adoptée par le CNT, et les décrets qui s’en sont suivis ont permis à la SOGUIPAMI dirigée par un certain Ahmed Kanté, son directeur général, de lever des emprunts à hauteur de :
- 25 millions de dollars des Etats-Unis auprès de Palladino, un prêteur privé immatriculé aux Iles Vierges.
- 150 millions de dollars auprès de la République d’Angola
- et probablement de 50 millions de dollars auprès de la République du Congo (Brazzaville).
On parle aussi d’un important emprunt qui aurait été effectué auprès des Australiens et qui se chiffrerait à 250 millions de dollars.
La question qui se pose est de savoir ce que fait la SOGUIPAMI de toutes ces ressources empruntées.
Il faut aussi chercher à s’interroger sur les conséquences des agissements de la SOGUIPAMI sur les revenus du gouvernement en cas de défaillance de cette société pour le remboursement desdits emprunts. La SOGUIPAMI est une société détenue à 100% par l’Etat, sa défaillance entraîne la prise en charge par l’Etat de ses engagements. L’Etat est donc légitimement la dernière victime des pérégrinations de la SOGUIPAMI.
Comment peut-on donner autant de pouvoirs aux conséquences énormes à une SOGUIPAMI dont les règles de gouvernance se limitent à la seule “compétence” et la seule “bonne foi” de son directeur général dont la simple signature peut exposer la Guinée à des hauteurs inimaginables ? A ce jour, la République de Guinée est exposée aux conséquences d’un emprunt de 150 millions USD + 25 millions USD + 50 millions USD = 225 millions USD, sans compter les probables 250 millions USD d’origine australienne.
A ce rythme, un seul homme, ci-devant directeur général de la SOGUIPAMI et éventuellement appuyé de Mohamed Lamine Fofana, ci-devant ministre des Mines et de la Géologie peuvent à eux seuls exposer la Guinée à des risques financiers énormes.
Que font le FMI et la Banque Mondiale ? Les Guinéens devront-ils n’avoir que leurs yeux pour pleurer ? Il faut, au moins, envoyer un holà aux prestidigitateurs !
Source : Le Lynx