Mamadou Maladho Diallo Dimanche, 22 Juillet 2012 21:57
Une bonne partie de la communauté guinéenne des États-Unis est très remontée contre l’ambassadeur de Guinée à Washington, son Excellence Blaise le Shérif. Et pour cause : Il s’avère que ce dernier est à la base de l’opération de rapatriement de quelque 36 chefs de famille indexés ça et là à travers les États Unis et agglutinés à York County Prison en Pennsylvanie.
Ces détenus ont été auditionnés par quatre agents commandités par le gouvernement Alpha Condé, assistés du personnel de l’ambassade de Guinée à Washington. Suite de quoi, il a été conclu que 26 de ces chefs de famille sont “Guinéens”, que les 10 autres ont des papiers frauduleux. Seulement voilà, ces 26 personnes (il y a des femmes) en majorité des Peulhs, ne sont pas représentatives de la population carcérale guinéenne aux États-Unis. Aussi, la communauté du Fouta crie-t-elle à une conspiration visant à rapatrier ses membres. Cette suspicion se conforte du fait du rapatriement (phénomène nouveau aux États-Unis) observé en Angola et en Europe ces derniers mois. Ce qui irrite est que nombre des détenus n’ont commis aucun délit pour une vingtaine d’années aux USA, voient l’épanouissement de leurs enfants compromis par ce rapatriement.
MD, par exemple, dont le mari incarcéré vit aux États-Unis depuis 17 ans et sans commettre un quelconque délit, cette ménagère, mère de quatre gosses s’inquiète : “Comment vais-je faire si on rapatrie mon mari ?”. Soucieuse, SD du Michigan, deux enfants. La liste en est longue.
L’ambassadeur Blaise, au téléphone, invoque certaine convention internationale qui oblige tout pays à “rapatrier leurs compatriotes indésirables ” des États-Unis. De déclarer que depuis 2010, les États-Unis n’ont de cesse de demander via leur ambassade à Conakry de les débarrasser de ces immigrés guinéens.
L’ambassadeur guinéen ajoute que comme la Guinée n’a rien fait, les Américains ont dû se décider à agir en “refusant” notamment des visas aux Guinéens. Selon Blaise, finalement la Guinée a décidé de coopérer, tout en précisant aux Américains que ceux qui ont des documents guinéens ne sont pas tous des Guinéens et qu’ils ne peuvent en aucun cas être rapatriés en Guinée. D’où, selon lui, il a été décidé de dépêcher “des spécialistes” de Conakry pour vérifier l’authenticité des documents des détenus. Et, explique l’ambassadeur Blaise, les Américains ne ciblent que “les personnes qui ont commis des crimes.” On nage en pleine contradiction lorsqu’on considère le cas de maints détenus de York County Jail, alors que certains Guinéens répondant à cette définition et qui sont dans les centres de détention n’ont pas été inquiétés. Mais notre ambassadeur nuance : “Le crime est bien relatif, varie d’un pays à l’autre”. Voilà qui fait dire à nos compatriotes que ce sont les patronymes qui motivent ce ciblage bien “biaisé”. D’ailleurs, M. Blaise, lui, parlant des Américains, mentionne dans notre conversation que “Nous leur avons dit que beaucoup de Condé, de Keita et de Diallo sont d’autres nationalités”. Mais à la question directe de savoir si l’ambassade a donné des consignes sur les personnes à mobiliser, M. Blaise donne une réponse moins surprenante: “Absolument non !”. Tout compte fait, aujourd’hui le sort de ces 26 familles dépend de l’ambassadeur Blaise le Sheriff quoiqu’il affirme que “la situation sera étudiée au cas par cas”, qu’il tiendra compte “des mérites de chaque cas”, de “l’aspect social et humain des cas”. Toutefois, beaucoup des détenus étaient sur le point d’être libérés quand il a été décidé d’amener les inspecteurs de Conakry. L’on parle aujourd’hui que le gouvernement guinéen cherche à se venger des Guinéens de l’étranger qui ont massivement voté contre M. Alpha Condé lors de l’élection présidentielle. Dans ce cas, une violation de la loi de l’immigration sera commise, pour des rapatriés dans un pays où leur vie est menacée. Surtout qu’on évoque ces rapatriés de l’Europe qui auraient été maltraités et dépouillés de leurs biens une fois à Conakry. A craindre que le fossé entre l’ambassadeur Blaise et la communauté guinéenne des États-Unis s’élargisse à l’avenir.
Aux dernières nouvelles, les agents envoyés de Guinée sont repartis, certains détenus ont rejoint les centres de détention et la procédure de rapatriement suit son cours entre l’ambassade de Guinée à Washington et Conakry. Une délégation de Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallon est allée rencontrer l’ambassadeur Blaise lui-même, Madame Kassé, l’attachée politique, et M. Camara, le consul. Elle a, entre autres, rappelé la situation particulière de ces détenus qui n’ont commis aucun crime ; elle a demandé à notre ambassadeur de prendre les mesures qui s’imposent. Pottal préconise davantage de communication entre l’ambassadeur et la communauté guinéenne. La communauté guinéenne très remontée est résolue à interpeller, harceler l’ambassade de Washington jusqu’à ce que celui-ci cesse ses machinations.
Mamadou Maladho Diallo
Correspondant à New York du Lynx
Source : Le Lynx