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Soupçonné de «détournements de fonds», Alpha Condé en crise de confiance avec le FMI

Boubacar Caba Bah  Mercredi, 20 Juin 2012 22:47

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CONDE_Alpha_24_01Dans une série de documents dont Guinéenews© a reçu copie, la compagnie Palladino Capital enregistrée dans le paradis fiscal des Îles vierges britanniques et filiale de Palladino, une firme d'investissement contrôlée par le milliardaire sud-africain Olaf Walter Hennig, accuse indirectement le président guinéen Alpha Condé de «détournement de fonds » en relation avec le prêt controversé de 25 millions de dollars concédé à la Guinée en 2011 en échange de participations dans le secteur minier guinéen.

Palladino se défend d'avoir voulu exproprier la Guinée de ses mines. Selon la compagnie, c'est au début de 2011, soit quelques mois après son élection mouvementée, qu'Alpha Condé a approché les Sud-Africains qui furent invités à Conakry pour discuter comment le nouveau gouvernement pourrait tirer profit de son immense potentiel minier. Selon la compagnie, Alpha Condé voulait s'inspirer de l'exemple sud-africain et de l'Angola, deux pays matures du point de vue gestion participative minière. Palladino annonce donc avoir suggéré à Alpha Condé de moderniser son code minier, de revoir les contrats déjà signés et surtout de créer une société d'État de patrimoine minier. Après la création de la Société de Patrimoine du Secteur Minier (SPSM) par décret présidentiel No D/2011/099/PRGG/SGG du 18 mars 2011, Alpha demanda 25 millions de dollars pour financer cette nouvelle entité et la somme fut versée dans un compte bancaire dès la signature du contrat de prêt avec la clause controversable ‒ révélée en exclusivité par Guinéenews ‒ interprétée comme étant une option de remboursement en participation allant jusqu'à 30 pourcents des avoirs du patrimoine minier national.

Maintenant, Palladino accuse Alpha Condé de n'avoir pas respecté l'accord signé et les actifs miniers suggérés en échange par le gouvernement ne satisfaisaient pas les Sud-Africains. Selon des observateurs, ces actifs sont certainement Simandou Nord qu'il fallait retirer à BSGR et Dian Dian de Rusal, deux gros morceaux qui ont refusé net de se laisser exproprier. Finalement Palladino accuse Alpha Condé d'éviter carrément les rencontres avec ses représentants après avoir obtenu l'argent. Selon certaines sources, des cadres de Palladino se sont déplacés à au moins trois reprises à Conakry et Alpha a refusé de les recevoir. En janvier 2012, Palladino demanda formellement à Alpha Condé comment les 25 millions ont été utilisés. N'obtenant aucune réponse, la compagnie demanda il y a un mois (le 24 mai 2012 plus précisément) à être remboursée. Même s'il existe une clause d'arbitrage à Paris, ni la Guinée ni Palladino n'ont officiellement annoncé l'usage de cette option judiciaire car à ce point-ci personne ne réclame ‒ du moins publiquement ‒ des dommages à l'autre partie. Contrairement donc à l'annonce du ministère des Finances, ce n'est apparemment pas la Guinée, mais les Sud-Africains qui ont dénoncé l'accord en premier. Un autre gap de crédibilité pour le climat des investissements en Guinée : c'est un gouvernement qui est accusé de ne pas respecter ses engagements et qui annonce des contre-vérités publiquement. 

Conséquence grave pour la Guinée, ce prêt qui n'a jamais été déclaré officiellement et qui apparemment n'apparait nulle part dans le budget national a provoqué l'ire du Fonds Monétaire International qui cherche à annuler la dette massive de la Guinée dans le cadre du programme PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) et ‒ comme les Guinéens ‒ ne connaissaient apparemment pas l'existence de ce contrat secret signé en avril 2011 par les ministres guinéens des Finances et des Mines.

Convoqué à Washington pour explications, le ministre guinéen des Finances a fait une visite éclair chez les argentiers de Bretton Woods la semaine dernière, pour les informer que ce deal sera dénoncé et que les 25 millions seront remboursés aux Sud-Africains. Une information répétée cette semaine à Conakry par Yansané. Mais cette parade a créé un autre dilemme au niveau du FMI: Comment cet argent a-t-il été dépensé ; quelle est la source des 25 millions de remboursement ; pourquoi ni le FMI, ni les Guinéens n'ont-ils été informés de l'existence de ce deal ? Autant de questions embarrassantes au sujet desquelles les experts du FMI ont mis le ministre des Finances guinéen sur le grill, sans obtenir de réponses satisfaisantes aux dires de nos sources. Mais les questions qui tourmentent le FMI sont entre autres : Quels sont les autres deals secrets que le gouvernement guinéen a signés et que nous ne connaissons pas ; si on accorde le PPTE à la Guinée, qu'est-ce qui empêchera Alpha Condé de contracter d'autres prêts léonins en secret ? Pour une institution qui prône la transparence et la bonne gouvernance économique, les réponses à ces questions sont d'une importance cruciale pour la suite à donner à la demande guinéenne d'obtenir le PPTE.

Guinéenews© a appelé à plusieurs reprises Kerfalla Yansané, le ministre des Finances et cosignataire du fameux prêt pour avoir des précisions. Mais son téléphone a sonné et personne n'a répondu.

Interrogé par Guinéenews©, un expert familier avec le fonctionnement du FMI commente : « Si les Guinéens ‒ notamment l'opposition et la société civile qui se sont montrés timides sur ce sujet si important de bonne gouvernance ‒ restent amorphes dans ce qui ressemble à un prêt personnel contracté par le président guinéen et à rembourser par les générations futures, le FMI est maintenant forcé de revoir sa copie dans le dossier guinéen. La prochaine délégation du FMI ‒ attendue dans les prochaines semaines à Conakry ‒ aura une seule question à poser au gouvernement guinéen : Comment allez-vous financer ‒ sans vous endetter d'avantage ‒ votre programme ambitieux d'infrastructures minières de plusieurs milliards de dollars alors que vos comptes budgétaires sont présentement déficitaires ? » 

Pour des sources à l'intérieur du FMI, « si les dirigeants guinéens se croient malins en nous cachant des choses, eh bien, on va voir qui aura le dernier mot! ». Pour le FMI, il est important de « sauver les Guinéens contre eux-mêmes quitte à retarder ce fameux PPTE si cher politiquement à Alpha Condé », prédit cet expert.


Boubacar Caba Bah 

Source : Guineenews.com


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