Aliou Sow Jeudi, 14 Juin 2012 14:02
Le 3 juin dernier le journal britannique le Sunday Times, réputé pour son sérieux, a fait des révélations croustillantes portant sur l’existence d’un "contrat secret" passé entre le président Alpha Condé et un businessman sud-africain du nom de Walter Hennig.
Cette information relative à cet accord portant sur un montant de 25 millions de dollars US versés à l’Etat guinéen, a suscité un tollé au sein de l’opinion. Le gouvernement n’a toujours pas daigné réagir à ces accusations de surcroit très graves. Entretemps, l’on apprend que les ministres Mohamed Lamine Fofana et Kerfalla Yansané, ceux qui ont paraphé cet accord pour le compte de la partie guinéenne, se trouvent dans la capitale britannique. Et c’est le lieu de se demander ce que ces deux membres du gouvernement qui sont respectivement ministre des Mines et Géologie et ministre des Finances pourraient faire dans la capitale mondiale de la finance. S’ils vont avoir le toupet d’adresser un droit de réponse au ST, alors que le journal dit détenir des documents relatifs à cet accord secret. Ce scandale est une preuve que les mauvaises habitudes ont la vie dure dans notre pays. Et ce n’est pas le gouvernement actuel qui viendra démentir cette assertion. Avec les scandales qui se multiplient impliquant ainsi de gros bonnets du régime. C’est le lieu de rappeler cette fameuse affaire de plus de 13 milliards de francs guinéens. Des lampistes ont été écroués, dont des plantons. Et le ministre des Finances joue les victimes innocentes arguant que sa signature a été falsifiée par de petits malins.
Pour revenir à l’affaire des 25 millions de dollars, il faut noter que d’après le Sunday Times, cet accord va plutôt profiter à Walter Hennig. Qui s’attend ainsi à un "transfert de milliards de dollars d’actifs miniers" appartenant à des sociétés telles que BHP Billiton et Rio Tinto. Walter Hennig est un riche homme d’affaires sud-africain blanc spécialisé dans l’exploitation des diamants en Angola et au Congo. Dans sa publication, le journal britannique se base sur des documents auxquels il aurait eu accès en révélant qu’en avril 2011, quelques mois avant que le code minier ne soit adopté par le Conseil national de la transition (CNT), le ministre guinéen des Mines, Mohamed Lamine Fofana aurait bénéficié d’un prêt de 25 millions de dollars US au nom de l’Etat guinéen, versés par Palladino Capital, une société contrôlée par Hennig et enregistrée dans les Iles Vierges britanniques, un paradis fiscal bien connu. Ce prêt de 25 millions de dollars n’a jamais été publiquement révélé aux Guinéens, ni ne figurerait dans le budget national, quoique le président Alpha Condé ait déclaré que "les contrats qui engagent la Guinée seront publiés sur Internet", mentionne le journal.
L’une des clauses qui porte à controverse est la provision qui stipule que si le gouvernement guinéen n’arrive pas à rembourser ce prêt, la compagnie convertira la créance en une participation de 30 pourcents dans les opérations de la compagnie minière nationale guinéenne la SOGUIPAMI, qui a été créée par décret présidentiel et adopté par le CNT en août 2011. Les experts et autres spécialistes des mines s’accordent à dire que cet accord serait une "violation flagrante" du code minier qui stipule à l’article 150 que "l’Etat se réserve le droit de vendre tout ou partie de sa participation en numéraire, sans droit de préemption des autres actionnaires de la société titulaire du titre minier, à travers un processus d’enchères ouvert et transparent".
En tout état de cause, l’opinion attend d’être éclairée sur cette affaire qui continue de défrayer la chronique dans la cité.
Aliou Sow
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