Mandian Sidibé Vendredi, 08 Juin 2012 15:04
Dans la perspective de trouver un compromis à la crise politique que traverse la Guinée en prélude aux prochaines élections législatives, le président de l’Union des Forces du Changement, Aboubacar Sylla, a reçu, le jeudi 7 juin 2012, au siège de son parti à Ratoma, l’ambassadeur du Canada près la République de Guinée avec résidence à Dakar, son Excellence Perry John Calderwood.
D’entrée, le diplomate canadien a décliné le mobile de sa visite chez le porte-parole de l’ADP et du Collectif en ces termes : « Je vous remercie d’avoir accepté de me recevoir et, pour commencer, je me dois de préciser que la juridiction diplomatique canadienne que j’ai l’honneur de piloter avec résidence à Dakar au Sénégal, couvre cinq pays dont la République de Guinée. Ma présence en Guinée s’inscrit dans le cadre d’une série de prises de contacts avec les acteurs de la vie sociopolitique et administrative, en raison bien entendu de la crise politique qui secoue le pays depuis belle lurette. Dans cette dynamique et par rapport à un projet financé par le Canada en matière de respect des droits de l’homme, mon séjour a commencé par la visite que j’ai rendue à la Maison centrale de Conakry, le mercredi 6 juin 2012, à l’effet de m’enquérir des conditions de détention des personnes s’y trouvant et savoir si leur incarcération obéit aux dispositions de la Constitution et des lois de la Guinée. Après cette étape, je viens vous rencontrer, en votre qualité de porte-parole d’une frange très importante de l’opposition guinéenne, en vue d’échanger avec vous sur la situation qui prévaut en Guinée. Je me dois de préciser que Monsieur le président de la République, son excellence le Pr Alpha Condé, me recevra également le vendredi, pour les mêmes raisons. »
En réponse, le Président de l’UFC a dépeint les différentes crises sociopolitiques qu’a connues la Guinée depuis le crépuscule du règne du Général Lansana Conté à la gouvernance du premier Président démocratiquement élu de la Guinée, en passant par la période transitoire, non sans évoquer la question épineuse concernant le fichier électoral et dresser l’historique de la CENI dont la recomposition constitue actuellement l’une des revendications des alliances de partis politiques supra-mentionnées.
Aboubacar Sylla s’est également appesanti sur la fuite en avant incontrôlée de la CENI, le recrutement de l’opérateur Waymark dans l’opacité, l’audit effectué par le PNUD, les arrestations extrajudiciaires et arbitraires opérées dans les rangs de l’opposition, la multiplication des mouvements sociaux, la répression sanglante des manifestations pacifiques de l’ADP et du Collectif, les conditions de détention exécrables des militants de l’opposition dans les geôles de Conakry, la dégradation des conditions de vie des populations, l’aggravation de l’inflation, l’accentuation de la corruption, la violation récurrente des droits humains et des libertés fondamentales, le passage récent des experts de l’Organisation Internationale de la Francophonie et la nécessité de l’intervention urgente de la communauté internationale avant que, précisera-t-il, la situation ne dégénère.
« Nous exigeons des élections législatives libres et transparentes dont les résultats reflèteront la volonté exprimée par les Guinéens. Pour en arriver-là, il y a des préalables qui suscitent actuellement un bras de fer entre le pouvoir et nos deux alliances totalisant près de soixante-dix pour cent de l’électorat national. Nous n’accepterons jamais que la future Assemblée Nationale soit aux ordres du pouvoir exécutif », a averti le porte-parole de l’ADP et du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition.
Avant de quitter son hôte, l’ambassadeur du Canada a conclu : « Nous allons nous battre dans la trajectoire d’encourager des solutions de sortie de crise consensuelles. » Parole de diplomate !
Mandian Sidibé