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CENI : Un rapport qui donne le tournis

Boubacar Bagnan Diallo  Mardi, 05 Juin 2012 16:05

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CENI_01Le rapport d’audit datant du 4 mars 2011 sur la subvention et l’acheminement des documents électoraux, fait par l’Union Européenne (UE) sur la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), révèle du gâchis. C’est du moins le constat fait par nos confrères de Guineenews, dont nous vous proposons ici les points essentiels.


Ce rapport n’a fait que confirmer que cette institution est un gouffre financier. Elle était devenue comme une sorte de vache laitière pour les responsables de cette institution qui n’entendent pas lâcher du lest. Malgré les contestations qui fusent de partout, quant à sa neutralité et sa crédibilité. En effet la lecture de ce rapport donne le vertige, tellement le gâchis se passe de commentaire. La synthèse des dépenses de traitement annuel dressée dans ce rapport se chiffre à deux milliards 141 millions 460 mille francs guinéens pour un personnel estimé à 93 cadres. « Ce traitement concerne les émoluments, indemnités, primes et autres prix de carburant. » Les 25 commissaires de la CENI touchent à eux seuls le pactole d’un milliard 528 millions 800 mille francs. Concernant l’acquisition des actifs de la CENI, le rapport note que la plupart des fournisseurs choisis par la CENI ne disposent pas des numéros d’indentification auprès des autorités guinéennes. Quant à l’acquisition du matériel de la CENI, l’audit dévoile que 281 millions de francs guinéens ont été dégagés pour l’achat des moquettes et rideaux. Et 78 millions pour l’achat de 12 ordinateurs, 30 millions pour l’achat de quatre ordinateurs. 109 millions ont été déboursés pour l’acquisition de 28 climatiseurs, 16 millions et 24 millions pour la décoration du bureau du président. 4,3 milliards pour l’achat de 14 pickups double cabine et 2,5 milliards pour l’achat de 7 pickups (sans bons de commande), chose qui avait été révélée par le vice-président de l’UFDG Fodé Oussou Fofana lors d’une conférence de presse. En ce qui concerne la justification parcellaire des appuis aux différentes institutions républicaines, l’audit démontre que 33 milliards 24 millions 470 mille francs guinéens ont été décaissés et attribués de manière irrégulière, non pas à un organisme mais à des individus. Pour la sécurisation du siège de la CENI, le rapport indique qu’un budget de 500 millions de francs guinéens est prévu pour le bâtiment de la CENI centrale. Or le rapport note deux factures du 25 février et du 22 juin 2010 relatives à la sécurisation des locaux pour un montant de 811 millions 93 mille 243 francs. Malheureusement, ces coûts de sécurisation n’ont pas permis d’éviter les nombreux vols et de préserver les actifs de la CENI. « Des ordinateurs, du mobilier de bureau et un groupe électrogène ont été volés au quatrième étage de la CENI. Aucun PV n’est disponible à la CENI », indique le rapport. Toutefois, il a été constaté un dépassement budgétaire au niveau global et cela pour les principales lignes budgétaires. C’est le cas d’acquisitions des véhicules pickups. A titre d’exemple, il a été prévu initialement d’acquérir un véhicule par préfecture (suivant par démembrement) et un véhicule par coordination régionale (véhicule de liaison). En effet, il s’agissait d’acheter 45 véhicules mais devant se limiter au niveau du budget à 15. Le bureau a décidé ensuite d’attribuer les véhicules aux commissaires de la CENI. Ils disposent toujours à ce jour des véhicules, note-t-on dans ce rapport d’audit. Pis, à la place de 15 véhicules au budget, 21 véhicules ont été achetés non pas au prix unitaire budgétisé de 202 millions francs mais au prix unitaire de 308 millions de francs (14) et 364 millions de francs (7). Aussi, il a été relevé que la CENI n’a pas réalisé toutes ses activités. « La CENI doit se réunir deux fois par semaine ou sur convocation de son président. Or, seules quelques réunions ont eu lieu. Aucun PV des séances n’a été établi attestant des décisions des réunions officielles ou informelles. Des séances ont eu lieu par rapport à certains dossiers spécifiques tels que l’acquisition des véhicules », lit-on dans ce rapport. Autre scandale, c’est l’absence d’un système de classement des pièces comptables pour la subvention de l’UE. « Les documents des dépenses étaient disposés de façon éparse dans les bureaux des responsables en charge des finances. Une partie des pièces n’a pas été retrouvée aisément, voire non retrouvée. Certaines pièces se trouvent entre les mains des commissaires au lieu d’être classées dans les dossiers comptables ». Plus grave, ce sont les insuffisances relevées dans la gestion de la trésorerie. « En principe, une caisse unique doit être tenue par le comptable de la CENI. Nous avons constaté une multitude de caisses qui sont gérées parallèlement et par le comptable et le trésorier », apprend-on. L’une des graves faiblesses de management relevées au cours de cet audit est la non- justification et/ou la mauvaise justification des dépenses engagées par la CENI. Ce sont entre autres : « Absence chronique de bon de commande, absence de preuve de livraison, facture proforma faisant office de facture, absence de rapport de mission, absence de carte d’embarquement à l’appui des achats de billets d’avion ».

A travers ce rapport, l’on comprend aisément pourquoi les commissaires de la CENI s’obstinent à rester à leur poste. En tout cas, de l’avis de bon nombre d’observateurs avertis, leur forfaiture est découverte au grand jour, reste à savoir si le pouvoir prendra désormais la question de sa restructuration au sérieux avant d’aller aux élections législatives. That is the question, comme le disent les Anglais.


Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu.com


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