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Barrage de Kaleta : Mauvais départ des travaux ?
Emmanuel Toumany Samedi, 02 Juin 2012 13:36
A la faveur de la visite de terrain du secrétaire général du ministère d’Etat guinéen chargé de l’Energie et de l’Environnement le samedi 26 mai dernier sur le site, l’on découvre que le chantier du projet d’aménagement hydroélectrique de Kaleta souffre d’un début des travaux tumultueux. Le reportage de notre envoyé spécial.
Le projet d’aménagement hydroélectrique de Kaleta ne date pas d’aujourd’hui. Dans la phase actuelle, Kaleta comprend la route d’accès, le barrage, la centrale et les équipements de transport. Kaleta est un projet du gouvernement guinéen à travers le ministère d’Etat chargé de l’Energie et de l’Environnement qui en est le maître d’ouvrage. L’administration et contrôle des Grands Projets, près de la Présidence de la République est le maître d’œuvre public qui se fait assister par Tractebel, son ingénieur conseil dans le rôle de maître d’œuvre délégué auprès de la China international Water and Electric-CWE-, l’entreprise adjudicatrice du marché de réalisation du projet.
Il est prévu dans ce projet un ouvrage d’une puissance de 240 MW qui produira annuellement 946 GWH d’énergie. Le délai d’exécution est de 4 ans à compter de la date du lancement des travaux le 4 avril 2012. Avec une enveloppe financière de 446,200 millions de dollars américains dont 25% de participation du gouvernement guinéen et des 75% par la banque chinoise Eximbank.
D’après lui, El hadj Sékouna Diakité, Secrétaire général du ministère d’Etat guinéen chargé de l’Energie et de l’Environnement a effectué la visite de terrain pour constater l’évolution des travaux du chantier, notamment le respect du chronogramme établi par l’entreprise CWE. A cette occasion, l’envoyé du gouvernement guinéen était accompagné par Cheik Taliby Sylla et El hadj Lansana Fofana, respectivement directeur général et directeur général adjoint du Projet d’aménagement hydro-électrique de Kaleta sur le Konkouré, et aussi par le chef d’aménagement et également du directeur général adjoint de la CWE et ses collègues. Une mission à laquelle notre reporter a été associé. Après la réalisation de la route d’accès de quelque 74Km de long et de 13m de large entre Koubia et le site de Kaleta comprenant entre autres plusieurs ouvrages de franchissement dont un pont métallique de 40 tonnes sur le Bady, localité rurale du même nom, la première tâche des plus importantes pour la CWE est de réaliser le batardeau. Pour l’heure, c’est le pré-batardeau qui a été achevé, dit-on le 25 mai dernier donc à la veille de notre arrivée.
Là il y a un hic ! Le représentant de l’ingénieur conseil qui a pour mission d’assurer le planning des travaux et la qualité de ceux-ci en conformité avec les normes internationales a eu son constat amer. En effet, Marc Sigu, le chef d’aménagement a dit à la délégation d’El hadj Sékouna Diakité que le pré-batardeau comporte des infiltrations parce que des matériaux non compacts ont été utilisés directement dans l’eau. En monnaie de recharge, il préconisera l’utilisation de l’asile pour garantir la partie car le batardeau qui sera réalisé courant le mois de juin prochain doit servir de fermeture du passage de l’eau en attendant l’implantation de la Centrale hydroélectrique.
En réponse à l’inquiétude de Marc, le missionnaire de l’Etat demande à ce dernier, de ne sortir sa langue sur des questions techniques qu’en réunion technique du staff concerné. Qu’à cela ne tienne, El Sékouna Diakité s’est dit heureux de constater que la CWE, l’ACGP, la direction du Projet Kaleta et l’Ingénieur Conseil ont tous bien œuvré avant de conclure qu’il est satisfait du respect du calendrier des travaux. D’après Marc Sigu, une fois le batardeau réalisé avec à la clé la fermeture du Konkouré, l’entreprise pourra enfin se consacrer aux ouvrages du barrage de Kaleta. De son côté, Cheick Sylla directeur général du Projet d’aménagement hydro-électrique de Kaleta a déclaré que c’est par le batardeau que les travaux du chantier ont proprement été lancés. Pour l’ensemble « nous sommes dans le respect des programmes et nous espérons que nous allons réussir ce projet », a-t-il souligné pour terminer sa courte intervention.
Tan Jiangong directeur général adjoint de la CWE a indiqué pour sa part, que son entreprise est actuellement sur la cote 103 sur une cote finale de 106.5 du batardeau dont la fin des travaux est prévue pour le 10 juin prochain. A cette occasion le numéro 2 de l’entreprise chinoise ne passera pas sous silence les mérites de son entreprise. Pour lui « la CWE est une société de grandes capacités » avant de permettre en ces termes « rassurez-vous, nous allons bien travailler ».
Les différentes études du projet d’aménagement hydro-électrique du Konkouré datent de l’ère coloniale, dit-on de sources concordantes. En dépit de sa volonté affichée, feu Ahmed Sékou Touré n’avait pas pu réaliser le projet en son temps. Pendant le régime de feu Général Lansana Conté, l’on retiendra surtout le projet sous-régional de l’Organisation de la mise en valeur du fleuve Gambie-OMVG, comprenant le barrage de Kaleta en Guinée et de Samba Gallo en Gambie qui devaient coûter, les deux barrages, plus l’interconnexion, la somme de 994 millions d’euros à l’époque.
En 2008, après la mobilisation, le Sénégal qui semblait moins préoccupé par la réalisation avait, d’après El hadj Lansana Fofana, directeur général adjoint du projet d’aménagement hydro-électrique de Kaleta, alors coordinateur national de l’OMVG/Guinée, retardé la mise en œuvre des projets de Kaleta et de Samba Gallo.
De l’avis de notre interlocuteur, le gouvernement de la troisième République se serait décidé à faire cavalier seul après donc le désistement du Sénégal en s’engageant de réaliser sur fonds propres son Kaleta national. D’après lui, « Kaleta reste toujours dans le cadre du programme sous-régional ». Selon El hadj Lansana Fofana, la Guinée a déjà versé 111 millions de dollars américains, représentant l’intégralité de sa participation de 25% dans le budget de 446,200 millions de dollars américains prévus pour l’ensemble des travaux.
Des difficultés d’ordre technique et financier existent. En cette phase d’exécution des travaux du chantier de Kaleta, ce sont quelque trois cent (300) ouvriers qualifiés et non qualifiés qui sont utilisés comme personnel d’exécution. Dans le lot, l’on retrouve des chauffeurs, des maçons, des charpentiers et autres manœuvres entre autres et moins de cadres nationaux. D’après nos sources, aucun des travailleurs concernés ne serait recruté sur une base légale. Les uns et les autres seraient tous ensemble des journaliers payés à la tâche entre quinze et vingt et cinq mille francs guinéens. C’est en tout cas ce qu’avait déclaré Yala Soumah, élu local de la communauté rurale. Les propos de ce conseiller municipal de Kassia ont été confirmés par de nombreux ouvriers que nous avons interrogés à ce propos et qui se sont exprimés sous le sceau de l’anonymat pour des raisons de sécurité. De même, les services de défense en poste nous ont accueillis dans la désolation, dans leur abri de fortune, indigne des officiers de notre gendarmerie nationale.
Dans les toilettes installées dans l’enceinte de la base-vie des travailleurs de Kaleta, Chinois et Guinéens se bousculeraient dans des conditions que nous avons jugé insupportables mais dont les autres arrivent à s’accommoder. A Bady par exemple, le pont métallique réalisé aurait rendu ‘’orphelin’’ l’unique bac qui servait de moyen de transport entre les localités de Bady, de Tondon et leurs environs.
A Koubia, le marché de la localité s’est transporté dans la concession d’Issiaga Bady Sylla, président de la commune rurale de ladite localité. D’où son appel, au nom des populations de sa juridiction, au projet pour la réalisation d’un autre marché sur un site choisi à cet effet. De même, avec la présidente des femmes de Koubia, demande a été faite pour la réalisation d’un canal d’évacuation des eaux de pluie par exemple. Bref, parmi les difficultés techniques et financières, les travailleurs de Kaleta réclament sérieusement l’amélioration des conditions de vie et de travail.
Pour ce qui est de l’impact socio-économique et environnemental, le seul impact qui réjouit à la fois les responsables et les populations des localités traversés et concernées, c’est bien le désenclavement à travers la route d’accès du site qui, au terme de la réalisation du projet d’aménagement hydro-électrique de Kaleta, devra être bitumée en couche, nous a indiqué Elhadj Lansana Fofana. Par la suite, le projet va créer beaucoup d’emplois, dit-on, environ 1000 selon Fofana. Une fois réalisés, les ouvrages fourniront de l’énergie électrique, favoriseront l’expansion des télécommunications, faciliteront enfin la pêche artisanale et la pisciculture. Pour la protection de l’environnement, le directeur général adjoint du projet Kaleta a dit que le gouvernement guinéen a pris toutes les dispositions en matière de politique environnementale.
Les autorités guinéennes et les partenaires espèrent réussir dans les conditions idéales la réalisation du projet d’aménagement hydro-électrique de Kaleta sur le Koukouré dans les délais impartis. Toutefois, de nombreux compatriotes sur place redoutent des soulèvements populaires faute d’emplois bien rémunérés et décents. En définitive, il est à craindre de voir Kaleta à l’image de Garafiri, deux ouvrages situés tous deux sur le Konkouré.
Emmanuel Toumany
Envoyé spécial
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu.com
Commentaires
Pour ce qui est de la présence de travailleurs ou d'ingénieurs guinéens sur ce chantier, cela relève d'une politique de formation. Est-il vraiment nécessaire de se demander si nous avons besoin de bons ingénieurs ou autres spécialistes de haut niveau pour notre pays ? Même Toto pourrait y répondre.
Si vous parlez de 4 ans pour former des techniciens de bon niveau, moi je vais plus loin pour dire que dans 10 ou 15 ans nous devrions être complètement autonomes en terme de main d'oeuvre. Des guinéens ont déjà formé des gabonais.
Par ailleurs je ne déplace rien du tout. La Guinée manque d'éducation et de formation, la première richesse d'un pays. Je n'imagine pas la Guinée dépenser ses maigres ressources pour payer des étrangers, en vue de nous construire des bâtiments. L'Allemagne et le Japon se sont vite redressés, certes avec des moyens, parce qu'ils avaient le niveau scientifique et intellectuel nécessaire. L'Afrique qui a perçu beaucoup plus de moyens financiers, n'en a rien fait (syndrome hollandais). Je ne rêve pas de réalisations partout en Guinée, nécessitant de payer un séjour et des billets d'avion à des techniciens étrangers, pour assurer la maintenance, sans compter l'immobilisation corrélative pendant ladite période.
Quant à la question de présence d'ingénieurs guinéens sur ce chantier cela soulève un autre débat. Il aurait fallu former ces ingénieurs bien avant. Ce qui n'a jamais été véritablement le cas. C'est maintenant qu'il faut rectifier le tire, ne serait-ce que pour la maintenance de ces installations et pour les projets futurs. Il n'est encore pas tard.
Une fois construit (ce que tout le monde espère), les Guinéens seront-ils capables d'en faire autant seuls, ou devront-ils toujours passer par l'assistance étrangère ?
Le but d'une nation est d'élever le niveau éducatif de ses ressortissants, pas de payer les étrangers pour qu'ils nous construisent des bâtiments (comme au Koweit, au Qatar, et autres pays du Moyen Orient).
Merci
À qui profiterait, l'échec de Kaléta ?








