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Lansana Kouyaté, PEDN : « Si le soutien à Alpha Condé était à refaire, je le referais »

Samory Keïta  Mardi, 22 Mai 2012 15:10

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KOUYATE_Lansana_7_01La semaine dernière, le président du Parti de l’Espoir pour le Développement National (PEDN), membre de l’ADP (Alliance pour la démocratie et le progrès) qui forme avec le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition l’aile dure de l’opposition, Lansana Kouyaté, a accordé une interview à la chaîne de télévision "Africa 24" pour parler de la situation sociopolitique de la Guinée. Dans cet entretien, l’ancien allié du RPG au second tour des présidentielles de 2010, fustige la mal-gouvernance, les élucubrations du pouvoir dans le processus électoral et comme ses pairs de l’opposition, réclame la recomposition de la CENI.


Selon le leader du PEDN, le changement promis par le nouveau régime tarde à se réaliser. Mettant les citoyens dans d’énormes difficultés. Pour Lansana Kouyaté, les Guinéens ont toujours « faim ». La campagne agricole initiée par le gouvernement est répercutée en grande pompe dans le tout le pays. Alors qu’en réalité c’est un événement maquillé, puisqu’en dépit de tout, le train de vie des paysans reste déplorable. Selon lui, après un an et demi de gestion, les nouvelles autorités devraient montrer des signes encourageants de changement. Mais aujourd’hui, il n’en n’est rien.

En réagissant à la question relative au dialogue politique, l’ancien Premier ministre sous l’ère Conté estime qu’il y a un manque de volonté de la part du pouvoir en place d’instaurer un dialogue réel, franc et sincère. Il explique que les rencontres que le président a eues avec les acteurs politiques à Sékhoutouréya n’ont abouti à rien. « S’agiter et agir font deux. Tous ces leaders que vous avez vu venir, ça aboutit à quoi ? Ce n’est pas pour prendre des photos de famille qu’ils vont là. C’est pour parvenir à des résultats concrets qui se reflètent sur la politique, la vie économique et la vie sociale du pays. Or, au plan politique comme vous l’avez vous-même constaté, il y a toujours les divisions qui existent », regrettera-t-il.

Par ailleurs, l’ancien allié d’Alpha Condé refuse de cautionner le bilan de son mentor qu’il avait soutenu au second tour et dont il a contribué à l’élection. Pour répondre à la question de notre confrère de la chaîne de télévision internationale, qui estime que le peuple peut s’en prendre à Kouyaté pour l’avoir induit en erreur (parce qu’il critique le bilan de celui dont il a lui-même contribué l’élection), le patron du PEDN est catégorique : « Si je l’avais induit en erreur, j’allais être là à défendre son bilan », argue-t-il. Et de préciser : « C’est parce que je ne me sens pas du tout responsable de tout ça. J’ai participé à un groupe, l’Arc-en-ciel, qui l’a porté au pouvoir, et ce groupe a disparu avant même l’investiture. »

Et à ceux qui lient ça à de « l’aigreur », parce qu’il n’a pas été associé à la gestion du pouvoir, Kouyaté dira qu’ils se trompent. Car il n’aurait jamais voulu être associé à une quelconque gestion ou gérer un poste ministériel. « Le Pr Alpha Condé savait que je ne suis pas intéressé. J’ai dit qu’aux élections législatives, j’allais être candidat, et il le savait avant, mais m’associer ou me mettre à un poste ministériel, ça ne m’intéressait pas, il le savait. Je crois qu’il faut être objectif sur le sujet. Ceux qui prennent ça pour de l’aigreur, se trompent totalement sur mon compte. Le seul état d’âme que j’ai, c’est qu’on s’est entendu sur une orientation, sur une élection qui n’a pas été respectée », se défend le leader.

Sur la question de savoir si Alpha avait réellement gagné les présidentielles de 2010, l’ancien allié du RPG dira que la question importe peu. Puisque « le PEDN après le premier tour, a fait recours à la Cour Suprême et sur le point de vue recevabilité, dans la forme comme dans le fond, c’était l’un des rares dossiers qui a été accepté par la Cour Suprême ». Lansana Kouyaté rappelle que les mauvaises « pratiques » dénoncées au premier tour se sont résumées en 24 points de dysfonctionnement, que la CENI, elle-même, a reconnus. Donc pour lui, c’est la correction de ces dysfonctionnements qui a permis à Alpha de gagner les élections. Sauf que le résultat du vote des militaires n’a jamais été publié, a-t-il déploré. « D’ailleurs, les militaires ont été les premiers à voter. Qui a entendu parler de leur résultat ? Pourquoi le résultat n’a-t-il pas été donné ? », s’est interrogé l’opposant. Avant de répondre aussi en ces termes : « On a écrit tout ça dans les requêtes que nous avons formulées auprès de la Cour Suprême. Il y a eu des rapports qui sont partis dans les bureaux de vote. Ce qu’on a entendu après comme justification par la Cour Suprême elle-même, on ne sait pas si ça a été fait de bonne foi ou de mauvaise foi ».

« Les élections législatives devraient se tenir six mois après la présidentielle, nous sommes à un an et après, on n’a toujours pas les élections et les voix s’élèvent, on estime que c’est l’opposition dont vous faites partie royalement d’ailleurs, qui ne favoriserait pas les choses en posant tant de conditions ». 

M. Kouyaté n’ira pas du dos de la cuillère pour répondre à cette question. Pour lui, le retard accusé pour organiser les élections a une explication très simple. « Je vais vous dire la vérité, si aujourd’hui ces élections étaient organisées dans les conditions actuelles, le pouvoir sait bien qu’il ne les gagnerait pas, s’il n’y a pas de fraudes. Ces fraudes proviendront de quoi ? D’une CENI qui a montré ses limites déjà depuis le premier tour, on a été obligé de la faire présider par un étranger, le général Sangaré. Cette CENI est aujourd’hui totalement déséquilibrée. Sur 23 personnes, il n’y en a peut-être que 3 qui se réclament de l’opposition », dit-il. A cet effet, il pense que la CENI ne reflète plus le paysage politique guinéen. Donc pour M. Kouyaté, l’ultime solution est de procéder à la recomposition de la CENI.

En tout cas, selon lui, s’il y a blocage aujourd’hui du processus électoral, c’est parce que le gouvernement s’est détaché du premier opérateur, la SAGEM. Pour prendre d’autres opérateurs. Notamment Waymark et Sabari. Les raisons ? Kouyaté fait une rétrospective sur les élections en Côte d’Ivoire. Pour les élections dans ce pays, explique-t-il, « la référence a été le recensement de 1998. En 2000, il y a eu des élections, après, on n’a pas changé le fichier. Le fichier, on ne le change pas facilement ». Il dira qu’il faut faire le distinguo entre le recensement qui est question d’état-civil, et ceux qui vont aux élections. « Si un fichier existe déjà, il faut le toiletter pour que, véritablement, ceux qui sont morts soient barrés de la liste, ceux qui ont atteint l’âge de vote soient inscrits. Les doublons qu’il y avait eus l’année passée, que tout cela soit audité », indique l’ancien Premier ministre.

Avant de marteler : « l’audit a été réalisé mais personne ne connaît le résultat. Pourquoi le résultat n’est-il pas publié ? Et au lieu de ça, on laisse de côté, on va prendre Waymark et Sabari technologie, un autre opérateur. Vous savez que le premier opérateur pour faire enregistrer mettait les quatre empreintes digitales. Mais le second-là, il faut les dix. Et on veut une migration par magie d’un opérateur à un autre ».

Revenant sur le divorce entre son parti et le RPG, il dit que cela est dû au fait que l’alliance Arc-en-ciel a disparu pour céder la place au RPG-Arc-en-ciel. Or, précise-t-il, « il n’y avait pas RPG-Arc-en-ciel. C’est un concept qui ne nous était pas familier. Parce que le RPG comme le PEDN comme le RDR… tous les partis-là faisaient partie d’un groupe qui s’appelait l’Arc-en-ciel. Et après l’élection, subitement il y a RPG-Arc-en-ciel. La vérité est toute simple, on a demandé aux autres partis de se saborder pour venir au RPG ».

En dépit de cela, Kouyaté dit n’avoir pas regretté son soutien au Pr Alpha Condé au second tour des présidentielles de 2010. Il dit avoir assumé ce choix et que si c’était à reprendre, qu’il allait le faire. « Je l’assume entièrement, si c’était à refaire, j’allais le faire ». Mais pourvu que cela soit « dans les mêmes contextes » que les présidentielles de 2010. « Les militants m’ont dit d’aller là, je suis allé là », a conclu Kouyaté.


Samory Keita
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu.com


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