Mamady Kéita Samedi, 19 Mai 2012 11:41
Le président Alpha Condé n’aurait nullement l’intention de satisfaire les revendications de l’opposition, surtout pour ce qui concerne la refonte de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L’arrêt des opérations de révision des listes électorales demandé par le chef de l’Etat ne serait aux yeux de ses détracteurs que ‘’simple diversion’’.
Cet arrêt de la révision des listes électorales a été annoncé pour quelques jours et ‘’devra permettre de rassurer l’ensemble des acteurs du processus électoral, notamment les partis politiques et les partenaires techniques et financiers’’, selon un communiqué publié dimanche dernier par la présidence guinéenne. Cette décision serait motivée par le ‘’souci’’ qui animerait Alpha Condé pour la tenue d’une élection législative ‘’libre, crédible, transparente’’, à en croire ce même communiqué. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) devra mettre cette occasion à profit pour ‘’organiser une concertation dans les plus brefs délais, au cours de laquelle l’opérateur Waymark doit faire la démonstration de la fiabilité du matériel et des procédures techniques mises en œuvre.’’
L’opérateur sud-africain Waymark ayant été préféré par le gouvernement guinéen en lieu et place de la SAGEM qui avait géré les listes électorales lors de la présidentielle. Chose que réfute l’opposition qui qualifie Waymark d’opérateur ‘’incapable’’ de mener des opérations de révision des listes électorales ‘’fiables’’. La CENI a d’ailleurs invité les parties prenantes au scrutin à une rencontre les 16 et 17 mai au Palais du peuple, en vue d’assister à des démonstrations pratique et théorique de Waymark. Cette décision de suspension des opérations de révision des listes électorales a été prise à la veille d’une mobilisation de l’opposition qui avait appelé ses militants à observer pour le lundi dernier une journée ‘’ville morte’’. Déjà, le jeudi 10 mai, une marche de l’opposition avait été réprimée faisant près de 20 blessés, selon des sources médicales. Des actions destinées à amener le pouvoir à restructurer la CENI, dont le président Lousény Camara est accusé d’être un pion du président Alpha Condé. Les déclarations du secrétaire général du RPG-Arc-en-ciel, Dr Saloum Cissé au cours d’un meeting du parti au pouvoir tenu la semaine dernière, ont confirmé le soutien de la mouvance au président de la CENI. Saloum Cissé a rappelé ‘’l’indépendance’’ de cette institution chargée d’organiser les élections en Guinée, écartant de facto toute idée d’immixtion dans son fonctionnement.
Dans ce bras de fer entre pouvoir et opposition, chacun des camps campe dorénavant sur sa position. C’est ainsi que les leaders de l’opposition ont dressé un bilan de leurs actions de revendication sur fond de manifestations ‘’pacifiques’’ et de désobéissance civile contre le refus du pouvoir de procéder à une refonte de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le mardi dernier. Cellou Dalein Diallo et ses pairs se sont ainsi réjouis de la mobilisation de leurs militants en grand nombre jeudi dernier lors d’une manifestation ‘’pacifique’’, qui malheureusement avait dégénéré, faisant une vingtaine de blessés suite à une intervention musclée des agents des forces de l’ordre. L’opposition a aussi parlé de réussite pour ce qui est de l’opération ‘’ville morte’’ décrétée hier lundi dans la capitale. Une action de désobéissance civile qui avait été partiellement suivie. Les activités furent en partie paralysées dans la banlieue de la ville surtout, où l’opposition compte de nombreux partisans. Les deux blocs de l’opposition à savoir l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) et le Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition entendent maintenir la pression sur le pouvoir, à travers la mobilisation de leurs partisans. Ainsi le jeudi 17 mai a été décrété journée ‘’ville morte’’ par l’opposition. Cette opération sera suivie d’une marche ‘’pacifique’’ le jeudi 24 mai prochain. Les leaders des deux blocs ne semblent plus vouloir entendre quoi que ce soit si ce n’est la satisfaction de leurs revendications. Des revendications portant essentiellement sur la restructuration de la CENI, organe chargé d’organiser les élections, et le maintien de l’opérateur SAGEM pour la gestion du fichier électoral, alors que le gouvernement a fait appel à Waymark, un opérateur sud-africain dont les compétences en la matière sont mises en doute par l’opposition. Les opposants disent croire en la détermination de leurs militants et écartent toute crainte de la répression qui pourrait s’abattre sur eux, dans leurs différentes actions de mobilisation.
Mais c’est mal compter avec l’esprit va-t-en guerre qui anime les faucons du camp présidentiel, qui ont l’air d’avoir le vent en poupe du côté du palais.
Mamady Kéita
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