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Quand Alhassane Condé rate encore une occasion de se taire
Samory Keïta Mercredi, 16 Mai 2012 14:01
Le soir de la marche de l’opposition, le 10 mai dernier, après une journée fortement émaillée par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, faisant beaucoup de victimes, le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation (MATD), est apparu pour prôner la violence. Alhassane Condé pourfend l’opposition et demande aux forces de l’ordre d’être « prêtes » pour mâter.
Au lieu d’agir pour aplanir les tensions, trouver un consensus conduisant notre pays vers les élections législatives que l’Etat peine à organiser, le ministre de l’Administration du Territoire contribue à agrandir le fossé déjà existant entre le pouvoir et l’opposition à travers ses sorties fracassantes. Le soir du jeudi 10 mai, il était encore sur le plateau de la télévision nationale pour prôner la violence. En lieu et place du dialogue, du consensus, de la paix pour que vive l’unité nationale.
Sortie d’une longue épreuve d’élections présidentielles, dont l’aboutissement fut l’avènement d’un régime démocratique, la Guinée devrait renouer aujourd’hui avec l’unité d’action et le dialogue permanent. Le dialogue reste la clé de voûte pour sortir le pays de sa léthargie. Donc le dialogue est nécessaire pour parachever la transition qu’on traîne depuis 15 mois maintenant. Le président de la République qui a la destinée de la Guinée doit œuvrer dans ce sens. Son gouvernement aussi doit faire autant.
Le manque de dialogue politique a souvent des conséquences néfastes. Et ce n’est ni le pouvoir ni l’opposition qui dira le contraire. Depuis l’investiture du Pr Alpha Condé, en décembre 2010, à nos jours, c’est-à -dire en mois de 2 ans, le régime ne parvient pas à rapprocher les divergences. Tout le monde s’accorde sur l’état fragile dans lequel se trouve le pays. A cause des désaccords entre le pouvoir et l’opposition. Aucun ne voulant lâcher du lest. L’opposition qui se replie sur ses militants use de ses droits (légaux) pour se faire entendre. Et son rapport de force avec le pouvoir en place s’est à chaque révélé fatal. La répression de la marche du 27 septembre 2011, du meeting de Bonfi, du sit-in des femmes et la marche du 10 mai en fait foi.
Pour justifier cet acte d’un autre âge, le ministre de l’Administration du Territoire indique que la marche de l’opposition n’était pas « pacifique ». Cette marche, selon lui, est une façon pour l’opposition de « provoquer » l’Etat. « Nous constatons que les partis politiques qui demandent à manifester ce n’est pas pour manifester pacifiquement. C’est pour d’abord provoquer l’Etat, provoquer les citoyens et détruire leurs biens… », argue Alhassane Condé. Avant de fulminer en ces termes : « Ils (ndlr, les opposants) prétendent marcher demain, nous demandons à toutes les forces de sécurité de l’Etat d’être prêtes demain à faire face à quiconque sans autorisation se permettra de marcher, il trouvera la loi et l’Etat en face de lui »s. Ces genres de déclarations auxquelles le ministre tient couramment ne sont pas de nature à apaiser les tensions. Ils constituent plutôt un appel à la violence et à la haine. Des pratiques qu’un Etat comme la Guinée qui se veut démocratique doit bannir.
Le ministre de l’Administration du Territoire étant un habitué des faits, sa sortie n’a guère surpris. Déjà quelques mois plus tôt, il avait aussi lors d’une conférence de presse, animée le 30 juin dernier, intimé aux forces de l’ordre de « mâter » tout militant de l’UFDG qui sortirait pour accueillir le leader Cellou Dalein Diallo qui devrait regagner Conakry après un séjour à l’extérieur. Il ira jusqu’à prêter à l’opposant des intentions inavouées. Des propos, au-delà de leur caractère politique, contribuent à compliquer une situation déjà complexe. Donc, en récidivant, bon nombre d’observateurs pensent qu’Alhassane Condé n’a aucun égard pour le citoyen guinéen qui constitue la principale victime. Il aura donc raté encore une occasion de se taire.
Samory Keïta
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu.com
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