Souadou Barry Dimanche, 29 Avril 2012 15:04
La réquisition par un décret du président Alpha Condé pris le 13 avril de la Cité Chemin de fer bâtie par Guido Santullo, un homme d’affaires italien, continue de faire des vagues. Cette affaire qui s’est transportée sur le terrain judiciaire illustre bien les failles du système Conté, dont le règne a été marqué par une indélicatesse notoire de certains commis de l’Etat.
Le contrat de bail offert à Guido Santullo pour la construction de la cité chemin de fer court sur une période 66 ans. Une aubaine pour cet homme d’affaires qui a profité de sa proximité avec le palais présidentiel d’alors pour s’offrir de juteux contrats dans le domaine des grands travaux. Pour ceux qui s’en souviennent encore, Guido Santullo est arrivé en Guinée pas en tant qu’investisseur. Mais sous le couvert de la société AFRICOF de Najib Zaher, ce Libano-syrien venu de la Côte d’Ivoire, qui a bâti au lendemain de la prise du pouvoir par l’armée des infrastructures scolaires en Guinée. L’homme a tout de même compris très tôt quel genre d’Etat était la Guinée, ayant réussi à intégrer le cercle restreint des proches du président Lansana Conté.
Et c’est à partir de là que Santullo a pu profiter des avantages que conférait une telle proximité avec le chef de l’Etat, en termes de contrats. Avec la complaisance de certains ministres zélés, comme Dr Alpha Ousmane Diallo, ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat au moment des faits, qui est le signataire de ce contrat de bail au nom de l’Etat guinéen. Parmi les hauts faits d’armes de cet ancien proche de Conté figure la destruction de Kaporo-rails, un quartier de la banlieue de Conakry qui abritait près de 200 mille âmes.
Il faut toutefois souligner que le fait d’avoir cédé cette cité à Santullo avait donné lieu à des réactions au niveau de certaines institutions comme à l’Assemblée nationale où le président de l’époque Elhadj Boubacar Biro Diallo avait jugé cet acte indécent. Tout en prédisant qu’un jour, l’Etat guinéen reprendrait tous les biens qui lui ont été confisqués par l’indélicatesse de certains gouvernants.
Ce bail à construction de 66 ans il faut le rappeler garantit ‘’la liberté de transfert à l’étranger en devises des revenus issus de l’exploitation de la cité, est exonéré de tous les impôts, de toutes les taxes, même de la taxe domaniale annuelle durant ces 66 années.’’ Chose qui a certainement amené les nouvelles autorités à reprendre les choses en main en essayant de remettre en cause ce contrat dans lequel l’Etat guinéen a été grugé.
Santullo a certes saisi la justice pour accuser le président Alpha Condé de ‘’détournement de biens’’ en déposant des plaintes en Suisse, à Bruxelles et à la Haye. Mais le gouvernement actuel doit savoir que vouloir reculer dans cette affaire pourrait lui valoir une sévère condamnation de la part des populations, ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Car ce sont ceux-là qui subissent les effets pervers de la mal-gouvernance. D’après nos sources, certains proches conseillers du président Alpha Condé ayant des accointances avec Santullo, qu’ils ont servi sous le règne de Conté, seraient en train de forcer la main au chef de l’Etat afin qu’il rende à Santullo les clés de la cité.
On le sait la Guinée a été gérée de manière parfois anarchique durant les 25 ans de magistère du général Lansana Conté. Il revient au président Alpha Condé de changer la donne.
Il faut rappeler qu’à l’avènement du CMRN au pouvoir, le 3 avril 1984, la junte qui s’était emparée du pouvoir était composée d’officiers dépourvus d’expérience en matière de gestion des affaires de l’Etat. C’est ainsi qu’ils se sont laissés abuser par bien des escrocs de tout acabit à travers la signature de juteux contrats. Cette situation a été surtout provoquée par le fait que les nouveaux maitres du pays ont été entourés d’opportunistes qui ont contribué à écarter certains cadres pétris de talent des affaires par la délation et autres considérations irrationnelles. Et les infrastructures et les mines étaient les secteurs qui suscitaient les convoitises chez les investisseurs. C’est ainsi que le régime d’alors décida en 1984 de raser les maisons qui se trouvaient sur le domaine de la Cité Chemin de fer, encouragés dans cette démarche par certains malins. Ce domaine est alors resté nu pendant plus de dix ans sans que l’Etat ne puisse le mettre en valeur. Et vint Guido Santulo qui s’engagea à y bâtir une cité administrative et des hôtels. Mais malheureusement le contrat de bail fut simplement à son avantage, selon la lecture des spécialistes en la matière. Et c’est ce qui fait scandale aujourd’hui avec la décision du gouvernement du professeur Alpha Condé de confier ‘’la gestion administrative de l’ensemble des immeubles de la Cité Chemin de fer de façon provisoire à la direction générale du Patrimoine Bâti-public.’’