Heinan Goba Vendredi, 13 Avril 2012 16:31
Suspendus la semaine dernière pour permettre la comparution d'un technicien des télécommunications à la diligence de l'ARPT, les débats dans le procès d’Orange Guinée se sont poursuivis mercredi 11 avril en dépit du fait que l’expert sollicité n’a pas daigné répondre à l’invitation du tribunal. Toutes les parties ont accepté de se passer pour le moment de cette comparution.
Bien qu’elle ait approuvé l’ordonnance de comparution d’un expert en télécommunication, nécessaire à la compréhension des faits, la partie civile, à travers ses avocats, s’est montrée favorable à la poursuite des débats. Un de ces avocats a même estimé que le tribunal peut se contenter de la lecture de la décision prise par l’ARPT au début de ce conflit.
Pour rappel, il y a deux ans, suite à un déport transfrontalier opéré à partir de sa maison mère sise au Sénégal, Orange Guinée s’est procuré de l’Internet haut débit. Dans le milieu des fournisseurs d’accès à Internet (FAI) de la place, des inquiétudes sont nées. Orange qui n’a aucune charge concernant l’Internet peut casser les prix au détriment des FAI qui paient des redevances en plus des salaires.
Saisie par les FAI, l’ARPT (Autorité de régulation des poste et télécommunications) a décidé, dans l’intérêt du désenclavement numérique de la Guinée, de fermer les yeux sur cette violation de la loi (entendu que le déport transfrontalier n’a pas été autorisé par l’autorité compétente). En revanche, l’ARPT a demandé à Orange de tenir compte de la vie des FAI.
Sur le terrain, un certain nombre de FAI rompent avec leurs fournisseurs satellitaires et se tournent vers Orange. Les raisons sont simples : le prix et la qualité du service. Devant ces FAI, Orange Guinée s’engage à fournir des capacités d’accès à Internet haut débit. Parallèlement à ce marché de grossiste, voilà, constatent les FAI, Orange sur le marché de détail. Compromettant ainsi le succès des FAI.
En effet, d’après les déclarations des représentants des FAI à la barre du tribunal, Orange Guinée a démarché auprès des clients pour leur demander d’aller avec elle. L’argument utilisé par elle est qu’elle est le grossiste du service qu’on leur vend cher. Qu’elle peut leur fournir la même qualité, voire plus que cela, à un bas prix.
Aux dires des mêmes personnes, pour avoir ces clients qui continuaient à faire confiance aux FAI, Orange Guinée, leur fournisseur à qui l’ARPT a demandé de sauvegarder leur vie, s’évertuait à couper leur connexion aux heures d’affluence. Mécontente de voir les FAI résister à sa puissance de frappe, Orange améliore la qualité de son service en détail au détriment de celui d’en gros en direction des FAI.
Aujourd’hui, d’après les explications des gérants des FAI, les conséquences de ce qu’ils qualifient de pratiques anti-concurrentielles sont énormes : baisse des chiffres d’affaires ; diminution du personnel ; dégradation de la qualité des services ; problèmes sociaux ; etc. ETI à elle seule perdu plus de six milliards en 2010, d’après son patron, Monsieur Latif.
Djenab Madi Koma, responsable des ressources humaines du groupe Mouna Technologie, qui a procédé récemment à un licenciement massif de ses travailleurs, a déploré cet état de fait. « C’est malheureux que l’on sacrifie des emplois guinéens au profit d’une multinationale » a dit le responsable des ressources humaines du groupe Mouna Technologie, propriétaire du plus grand cyber café de Conakry.
Il est grand temps d’arrêter Orange pour sauver le peu d’emplois qu’ont à offrir les FAI, estiment les gérants de ces structures. En fait, d’après les informations de Monsieur Latif, au Mali, au Sénégal et à Madagascar, comme elle est en train de faire en Guinée, elle a tué les dizaines de FAI que comptaient ces pays. Félicitant l’Etat français d’avoir agi vite pour protéger les FAI de l’ile de la Réunion (Département français d’outre-mer).
Orange par la voix de son avocat, continue à affirmer que les faits dont il s’agit ne sont pas constitutifs de l’infraction de pratiques anti-concurrentielles. S’il y a des choses à reprocher à Orange Guinée, c’est le déport transfrontalier, a reconnu Maître Barry. Avant de préciser que les FAI ne sauraient se substituer à l’Etat guinéen qui en a la qualité. Il a demandé la comparution du Directeur Technique et Financier d’Orange Guinée, à même de mieux expliquer la situation.
Maître Mohamed Traoré de la partie civile a rappelé à l’attention de son confrère que ce n’est pas le déport transfrontalier qui est l’infraction poursuivie. Car, précisera-t-il, il serait dangereux de confondre l’infraction avec le moyen de sa commission. « Ce que nous demandons c’est la réparation des préjudices causés par l’abus par Orange Guinée de sa position dominante » a fait savoir Maître Traoré.
C’est ainsi que le tribunal a ordonné la comparution du Directeur Technique et Financier d’Orange Guinée avant de renvoyer l’affaire au 18 avril.
Heinan Goba
de Conakry pour GuineeActu.com
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