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« Alpha Condé veut exclure les autres ethnies du fichier électoral » dixit un militant du RPG

Frédéric Haba  Dimanche, 10 Juillet 2011 13:28

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CONDE_Alpha_13_01Les déçus d’Alpha Condé deviennent de plus en plus nombreux et atteignent désormais ses inconditionnels de la première heure. C’est un militant de la fédération RPG de France, et non des moindres, qui a prononcé cette phrase au cours d’un échange que nous avons enregistré. Ce fervent militant a été membre du bureau de vote à l’ambassade de Guinée en France au premier et au second tour de la présidentielle au compte du RPG. Il faisait aussi partie du cercle très fermé des cadres de cette fédération du RPG qui avaient géré le voyage du nouveau président subsaharien Alpha Condé à Paris. C’est autant dire qu’il est du pur jus RPGiste. Mais nous préservons tout de même son anonymat pour sa sécurité et celle de sa famille en Guinée.

« J’avais soutenu et voté Alpha Condé, parce qu’il représentait un idéal et qu’il pouvait être l’homme de la situation pour notre pays, mais plus le temps passe, plus ma frustration, ma colère et ma déception grandissent » dixit ce militant, la tête baissée dans le métro parisien. Le militant poursuit son exposé : « Je suis déçu par le fait qu’Alpha Condé musèle, écarte, indexe la communauté peuhle car il prouve de par son comportement qu’il est rancunier et qu’il n’est pas un homme d’Etat ».

Ce fervent militant du RPG qui compte prendre ses distances d’avec son mentor, a fait aussi son mea culpa et donne raison aux adversaires politiques d’Alpha Condé.

« On me disait que le RPG n’a ni programme politique, ni projet de société et de développement mais je n’y croyais pas. Maintenant je donne raison à ses adversaires politiques tout en leur présentant mes excuses. J’ai été abusé et trompé comme beaucoup de nos compatriotes » renchérit ce militant en colère. « Pire encore, on a toujours présenté le RPG comme étant une grosse coquille vide sans cadres ni vision ; j’étais très amer quand je lisais cela dans la presse mais avec le temps je leur donne raison. Le président Alpha Condé est tellement en carence de cadres qu’il est obligé de faire appel aux anciens de Conté ou de débaucher les cadres des autres partis, mais qu’il présente sous forme d’ouverture politique » concède ce militant. Quand on lui pose la question pourquoi pas vous ou les autres ? « Je suis en fin d’études, je n’ai même pas encore soutenu mon stage de fin d’études, que voulez-vous que je fasse sachant que je n’ai aucune expérience ? ».

Abordant la question sensible du recensement, ce militant va droit au but et nous affirme,

« On nous a dit en interne que l’objectif ultime de la reprise intégrale du recensement est d’exclure les militants des autres partis et inscrire plusieurs fois nos militants (RPG, ndlr). Pour le bureau politique du RPG, les Peulhs sont des étrangers, il faut donc les exclure au maximum du futur fichier électoral, c’est le seul moyen d’empêcher leur leader (Cellou Dalein Diallo) de venir au pouvoir ».

Le raisonnement se poursuit et il révèle : « On nous a dit que nous (RPG) avons réussi à garder une haute main sur l’armée, la police et maintenant sur le trésor public, le dernier combat est celui du fichier électoral ».

Ce militant déballe aussi quelques mensonges entretenus par ses mentors dans l’entre deux tours de la présidentielle : « Les empoisonnements à base de yaourt ou eau de Coyah étaient un mensonge absolu, cela avait pour seul but de justifier les pillages, la chasse des Peuhls de la Haute Guinée par les Malinkés pour les empêcher de voter. L’incendie imaginaire du local des matériels de la CENI était orchestré et fabriqué par les plus hautes autorités y compris Sékouba Konaté et JM Doré. L’objectif était de justifier qu’il y avait du matériel électoral qui manquait. C’est ainsi qu’on a profité pour commander des PV de votes en plus. Ce sont ces PV en plus qui ont servi de doublons lors du dépouillement de la CENI qu’on a réussi à faire avaliser par le général Sangaré à chaque fois que les PV réels étaient différents de ceux que le RPG apportait » révèle ce militant.

Le militant revient sur la révision de la liste électorale : « On veut justifier la reprise du recensement en disant que le fichier n’est pas fiable car il y a des doublons ou des mineurs qui ont voté. C’est un mensonge farfelu, le seul but est de torpiller le fichier pour en faire à leur guise en écartant les militants de l’opposition » avoue-t-il.

Et il ne cacherait pas son inquiétude pour la Guinée : « Vous savez, c’est la même politique que Laurent Gbagbo a utilisée en Côte d’Ivoire, notamment la nomination de sa seule ethnie dans les postes stratégiques, le recrutement massif des membres de celle-ci dans l’armée, la police et la gendarmerie. En essayant de torpiller le fichier électoral pour gagner du temps et les élections, je suis inquiet pour la Guinée car on a vu où cela a amené la Côte d’Ivoire ».

Ce futur ancien militant du RPG fait un appel du pied à l’opposition guinéenne : « Je serais moi à leur (les leaders de l’opposition) place, je ferais de ce recensement qui viole non seulement la constitution mais aussi le code électoral, un combat personnel et une cause nationale comme Guillaume Soro l’a fait en Côte d’Ivoire car c’est l’ivoirité à la guinéenne qu’Alpha Condé veut importer en Guinée » concède ce militant.

Voilà ce qui est dit, la balle est désormais dans le camp des leaders de l’opposition. Cet épineux dossier de recensement doit être un combat national pour tous les Guinéens quelle que soit leur couleur politique, car Alpha Condé veut retirer la nationalité guinéenne aux Guinéens hostiles à sa politique de division, de la haine et de l’exclusion.

« Au temps de Sékou Touré, pour avoir les bourses d’études à l’étranger, il fallait être malinké donc porter les noms Kaba, Keïta, Condé, Touré, Fofana, Kandé, Koïta, Kourouma, Diaré, Diané, etc. Aujourd’hui pour être recruté dans l’armée ou dans la fonction publique, il faut aussi porter ces mêmes noms. C’est la même politique qu’ils veulent utiliser au niveau du recensement électoral » analyse Sambou Dembélé consultant politique de Guineeactu58.com.

« De la même manière que Nelson Mandela a mis fin à l’apartheid en Afrique du Sud, Abraham Lincoln a mis fin à la guerre de sécession aux USA entre les nordistes et les sudistes, le doyen Bah Mamadou, Siradiou Diallo et beaucoup d’autres leaders politiques de la première heure sont reconnus comme étant les combattants pour l’avènement du multipartisme, de la liberté de la presse, de l’émergence des droits de l’Homme et du citoyen, les leaders actuels de l’opposition guinéenne doivent en faire autant voir plus, pour permettre à tous nos compatriotes quels qu’ils soient, de pouvoir jouir naturellement de leur citoyenneté et donc de leur droit absolu au vote » , note Sambou Dembélé.


Frédéric Haba
pour Guinee58.com

Source : nrgui.com

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