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L'opposition maintient la fermeté face à un pouvoir de moins en moins conciliant

Boubacar Bagnan Diallo  Lundi, 26 Mars 2012 19:45

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leaders_Collectif_ADP_01Le meeting de l’opposition réunie au sein du collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) s’est déroulé samedi dernier au stade de Coléah. L’opposition a tenu à envoyer un signal fort au pouvoir à travers cette mobilisation, en affichant sa fermeté contre toute tentative d’organiser des élections truquées.

Le meeting de l’opposition réunie au sein du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP) s’est déroulé le samedi dernier au stade de Coléah. L’opposition a tenu à envoyer un signal fort au pouvoir à travers cette mobilisation, en affichant sa fermeté contre toute tentative d’organiser des élections truquées.

Dans la matinée du samedi 24 mars, un important dispositif sécuritaire composé d’agents de la gendarmerie et de la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS) a été déployé dans les environs du stade de Coléah, pour assurer le maintien d’ordre. A voir la foule de militants et sympathisants qui a fait le déplacement ce jour dans ce stade, bien des gens disent que l’appel lancé par le Collectif et l’ADP a été entendu. Et dès 10 heures, le stade de Coléah était déjà noir de monde venu écouter ‘’religieusement’’ les messages de leurs leaders. C’est aux environs de 12 heures que le cortège des leaders a quitté l’immeuble ‘’le golf’’ où ils s’étaient donné rendez-vous, pour se diriger vers le stade Coléah.

Accompagné d’une foule compacte et surexcitée, qui scandait des slogans parfois hostiles au régime, le cortège s’est engouffré dans le stade aux environs de 13 heures. Là aussi, ils ont été accueillis par des clameurs de la foule, qui criait haut et fort « vive le collectif et l’ADP, à bas la dictature, à bas l’exclusion ! vive la démocratie ». C’est dans cette ambiance surchauffée que celui qui a initié ce meeting, Biro Soumah, président du Parti pour le progrès et le changement (PPC) et membre du Collectif prendra la parole pour souhaiter la bienvenue à ses invités.

« La Guinée est en train de vivre des jours sombres. La restriction des libertés fondamentales, la misère, le manque de vision politique et économique sont autant de maux dont souffre notre pays depuis l’avènement d’Alpha Condé au pouvoir. Il est dans l’incapacité notoire de diriger ce pays pourtant doté de toutes les richesses. C’est dans ce contexte qu’il compte organiser avec la manipulation et la complicité de la CENI, les élections législatives pour se donner une majorité écrasante, comparable au système communiste de l’ex-Union Soviétique», a lâché Biro Soumah dans son introduction.

Dr Faya Millimouno, en harangueur de foules va prendre à son tour la parole. « Nous vous avions programmé à Bonfi, mais on nous a dit de venir à Coléah. Nous disons alors, même si c’est à Sékoutouréyah, les militants viendront répondre à l’appel pour dire à Alpha Condé que la dictature ne peut plus marcher en Guinée », a déclaré en substance le porte-parole du collectif.

Puis ce sera le tour du leader de l’Union des forces du changement (UFC) Aboubacar Sylla de passer à la tribune, pour s’adresser au public. Ainsi, après avoir remercié les militants d’avoir accepté de braver le soleil et l’intimidation pour répondre à leur appel, Aboubacar Sylla va aller droit au but : « Nous ne connaissons pas de race, ni d’ethnie ou de régions au sein du collectif et de l’ADP. Ce que nous connaissons, c’est la Guinée. Il n’y a pas d’exclusion chez nous, (…) nous allons vous parler des enjeux de la démocratie, de la liberté, des élections législatives à venir, des problèmes que nous connaissons au niveau de la CENI, au niveau de l’administration territoriale et des conseillers communaux. Tous ces problèmes qui sont en train de créer aujourd’hui en Guinée une situation qui va nous conduire inévitablement vers une fraude électorale massive, mais, nous ne voulons pas de ça. Nous voulons que les voix que vous allez accorder à vos leaders ne soient pas détournées au profit d’un autre (...), nous sommes aujourd’hui dans un pays où l’administration, les tribunaux sont aux ordres. Les institutions républicaines ne prennent pas leur responsabilité. On est en train d’organiser une prise en main du parlement. Est-ce qu’on sera dans une république si le législatif, le judiciaire, l’exécutif sont à la disposition d’un même camp ? », s’est interrogé le président l’UFC. Avant de clore son propos par cette phrase : « Donc nous nous battons pour ces valeurs, ce meeting n’est qu’un début. » 

Lansana Kouyaté a pour sa part signalé dans son intervention que les sacrifices consentis par le peuple ne resteront jamais vains dans ce pays. Pour lui, « la liberté sera libérée, le droit sera respecté, la volonté du peuple sera effective », lancera-t-il avant de poursuivre son intervention en disant que cela dépasse les considérations ethniques, religieuses et de genre. « C’est un peuple qui se lève, qui a lutté et qui a eu des acquis qu’on veut aujourd’hui noyer. Nous disons non. (…) en quittant ici, certains d’entre vous iront chez eux sans trouver de quoi manger. Aujourd’hui, à Conakry et ailleurs, on vole les marmites sur le feu. Qu’on le dise ou pas, il y a une famine rampante dans ce pays », regrette Lansana Kouyaté. S’exprimant sur les élections, il rassure cependant : « (...) soyez sûrs que nous n’accepterons pas l’inacceptable, nous sommes allés au dialogue pour qu’il y ait une CENI et un fichier électoral propre non tronqué. On a demandé nos droits, et ces droits doivent être respectés », précisera l’ex-Premier ministre.

Aux yeux de Mouctar Diallo, président des NFD, cette mobilisation montre qu’en Guinée, c’est l’opposition qui est ‘’majoritaire’’. Il a rappelé que beaucoup de Guinéens sont morts pour qu’on ait une Guinée démocratique. Ce combat, ‘’nous le continuerons’’. Poursuivant dans cette logique, Mouctar Diallo affirme que la Guinée est une ‘’famille, elle est une et indivisible’’. L’union existant entre les leaders du Collectif et de l’ADP en est une preuve à en croire le leader des NFD. Il a sauté ensuite sur l’occasion pour flétrir le pouvoir en place, qu’il accuse de ‘’communisme’’. C’est pourquoi dit-il, « il faut qu’on se mobilise pour arrêter ce pouvoir communiste d’Alpha Condé. »

Sidya Touré de l’UFR, quant à lui, a précisé dans son allocution que c’est pour demander le respect de leur droit de vote qu’ils organisent ces meetings. « Nous voulons nous battre contre la confusion et contre le cafouillage », a indiqué le leader de l’Union des forces républicaines, qui se dit surpris du personnage d’Alpha, au point qu’il ne comprend plus rien. Il s’en explique : « Pendant dix ans, j’ai été dans l’opposition avec Alpha Condé, et nous avons parlé de ces questions là, ici à Conakry et ailleurs. Quelqu’un qui dit (ndlr, Alpha Condé) ‘’moi j’ai consacré ma vie à la démocratie, moi je veux des élections transparentes, Conté ne veut pas des élections transparentes’’, dès qu’il arrive au pouvoir, il dit que ‘’moi je ne veux pas d’élections parce que moi, je suis là.’’ Mais comment je vais reconnaitre un tel frère, alors quand je le vois, je lui dis Alpha, ‘’c’est toi ça ?’’ (…) je ne comprends pas ce gouvernement, Alpha dit qu’il a combattu pendant 25 ans le régime de Lansana Conté, en disant que sa gouvernance n’était pas bonne. Quand il s’assoit, il appelle tous les voleurs qui étaient autour de Conté, il les met à côté de lui. Alors, c’est la raison pour laquelle, il n’y aura jamais de résultat pour ce gouvernement. Cette administration est devenue une administration du RPG. On dit que si le président de la République n’a pas la majorité, il ne peut pas travailler. Mais aujourd’hui, il a l’unanimité du CNT, qu’est-ce qui l’empêche de travailler ? Qu’est-ce qu’il attend ? »

Sidya Touré a aussi tenu à éclairer l’opinion sur les rumeurs qui courent soi-disant que son parti aurait envoyé des délégués à la CENI. Le leader de l’UFR a déclaré n’avoir envoyé personne à la CENI. Appelant la foule à la vigilance. Pour sa part, Cellou Dalein Diallo leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée a dressé un réquisitoire sévère contre le régime. « Nous avions pensé que le combat pour l’instauration de la démocratie et le respect du droit et des libertés des citoyens était terminé avec l’élection d’Alpha Condé leader historique et qui revendique 40 ans de lutte pour la démocratie et des libertés. Vous êtes une jeunesse déçue, nous sommes des leaders déçus. Parce que nous pensions que M. Alpha Condé était le porteur de votre message. Nous avions pensé que le combat serait celui de la véritable réconciliation, que le non-respect des droits humains, du développement et des règles démocratiques ne seraient plus qu’un souvenir. Malheureusement, nous avons tous constaté avec une grande déception que les acquis du combat que nous avons mené sont en train d’être confisqués aujourd’hui par notre fameux professeur, qui n’a aucun souci du respect de l’Etat de droit, de la démocratie et de ses valeurs, de la dignité des Guinéens et de l’amélioration de votre bien être. Nous avons constaté qu’il n’y a aucune chance pour nous, de voir s’instaurer la démocratie chez nous, si on ne se lève pas pour obliger M. Alpha Condé et sa CENI à organiser des élections libres et transparentes », a souligné Cellou. Qui n’a pas manqué de fustiger la destitution des conseillers communaux au profit des délégations spéciales. Pour lui : « tous les chefs de quartiers ont été changés pour mettre des militants du RPG à leur place. Tous les conseillers communaux ont été destitués pour mettre en place des délégations spéciales dont les membres sont exclusivement du RPG et de l’Arc-en-ciel. Ceux-ci n’ont qu’un seul mandat, c’est celui d’organiser une mascarade d’élection pour voler vos suffrages et les donner à M. Alpha Condé et son parti », a-t-il averti.

Il est à rappeler qu’en interlude de cette manifestation, les mêmes messages ont été véhiculés dans les différentes langues nationales par d’autres leaders présents à cette rencontre. Après ces différentes interventions, le meeting a pris fin. Aucun incident n’a été signalé. L’opposition a tenu à démontrer à travers ce meeting sa capacité de mobilisation. Mais aussi sa fermeté à se battre pour arracher des concessions allant dans le sens de la tenue d’élections libres et régulières. Même si du côté du pouvoir, on trouve que ce meeting n’a pas fait grand effet sur les militants, dont la présence n’était pas aussi grande que le ferait croire le Collectif et l’ADP, selon leurs détracteurs.


Boubacar Bagnan Diallo
Le Démocrate


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