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Sommet des mines en Afrique du Sud : la Guinée inquiète les investisseurs miniers

Boubacar Caba Bah  Mardi, 14 Février 2012 11:09

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mines_bauxite_Guine_01C’est en Afrique du Sud que la messe continentale annuelle sur les mines dénommée «Indaba - Investing in Africa» a eu lieu du 6 au 9 février 2012. La Guinée, un des « scandales géologiques » africains a été invitée à présenter aux investisseurs les derniers développements miniers d’un pays qui avait acquis une réputation d’instabilité chronique en législation minière.

De l'avis de certains participants, les résultats de la prestation guinéenne sont loin des espérances que les Guinéens sont en droit d'attendre de leur gouvernement, nous révèle-t-on.

D'abord, la délégation guinéenne dirigée par le ministre Fofana a raté les rencontres les plus importantes car elle a préféré venir en Afrique du Sud à travers un détour par Paris (où elle fut coincée) alors que South African Airlines, le sponsor officiel de la conférence offrait des vols directs à partir de Dakar et Accra.

Ensuite, pendant que les ministres des autres pays ôtaient leur manteau de politiciens pour devenir de vrais agents de promotion du secteur minier de leurs pays (avec stand de promotion, brochures, vidéos) et passaient des messages en anglais à travers des présentations PowerPoint aguichantes, le représentant guinéen s'est contenté aux dires d’un dirigeant d'une importante entité minière impliquée en Afrique de l’Ouest « de délivrer un discours politique à la gloire du professeur visionnaire ; oubliant que son audience était constituée d'investisseurs plutôt que de thuriféraires au pouvoir en place », ironise ce vétéran minier qui s’est confié à Guinéenews©.

Avec un discours où l’expression « Monsieur le président de la République, le Professeur Alpha Condé » revenait plusieurs fois, le ministre a utilisé l'occasion pour surprendre son auditoire composé essentiellement d’anglo-saxons. En ces moments d’incertitudes économiques quand tous les investisseurs sont de plus en plus nerveux face à la crise en Europe et la stagnation en Amérique du Nord, les principaux moteurs de la consommation mondiale, le représentant d’Alpha Condé a lu un discours en français sans aide du PowerPoint et sans traduction simultanée pour la majorité des participants qui sont essentiellement anglophones, ce qui révèle la méconnaissance profonde des dirigeants guinéens des réalités économiques du moment.

Mais - aux dire des participants - c’est le contenu du message qui était plus que maladroit et se résumait à ceci : "Le Professeur Alpha Condé a entamé des réformes pour renforcer la gouvernance du secteur (good !). Le Professeur Alpha Condé va revoir tous les contrats et sur la base d'un rapport le Professeur Alpha Condé va décider avec un comité de 4 de ses ministres de la révocation du contrat, mais le Professeur Alpha Condé reste le dernier arbitre pour décider si un contrat sera valide ou pas (what ? no recourse ?) ; le Professeur Alpha Condé va auditer les sociétés minières pour voir si elles ne devraient pas payer plus à la Guinée (really ?) ; le Professeur Alpha Condé va faire le nettoyage du cadastre, mais le Professeur Alpha Condé ne va pas indemniser ceux qui verront leurs titres miniers révoqués, même s’ils ont investis légitimement des fonds dans les opérations (interesting !) ; le professeur Alpha Condé va créer un société étatique minière qui va rentrer en concurrence avec les sociétés minières privées et s'impliquer dans la production minière (very interesting !) ; le professeur Alpha Condé va revoir la fiscalité minière car les investisseurs gagnent trop (nice to know that !)..."

Pour cet investisseur, ce Forum devait être l'occasion pour la Guinée d'aborder «positivement» les inquiétudes des sociétés minières plutôt que faire ce qui risque d'apparaitre comme des menaces inutiles, car la Guinée - malgré ses richesses - est en concurrence avec plusieurs autres pays pour attirer les investissements miniers.

Le ministre enfoncera le clou en mettant à l'index plus tard l'agence de presse financière Bloomberg, et la société BSRG qui - selon lui - n’a pas respecté la loi et risque de perdre sa licence sur Simandou Sud après y avoir investi des centaines de millions de dollars. Comme il fallait s’y attendre, BSRG démentira les affirmations du ministre, ce qui sous-entend, que le contentieux sur les blocs 1 et 2 de Simandou entre la Guinée et BSRG risque de n'être réglé que devant un tribunal international et que la société brésilienne Vale - elle à qui le président Condé a fait faux bond dans l’entente d’évacuation du minerai vers le Libéria en échange de la réhabilitation du chemin de fer Conakry-Kankan - est loin de prendre possession de la zone en contentieux ; surtout que Rio Tinto, qui a stratégiquement gelé le projet Simandou, n’a toujours pas formellement renoncé à l’autre moitié.

Fait plus inquiétant, Benny Steimetz le patron de BSRG est soupçonné de liens avec des éléments rebelles dans certains pays et aurait affirmé, selon Alpha Condé, que le président guinéen ne resterait pas longtemps au pouvoir. Steinmetz, nous dit-on, a encore des alliés solides dans le gouvernement actuel d'Alpha Condé.

Pour terminer, ce qui n’a fait que lever le sourcil, nous décrit-on c’est l’affirmation du ministre qui a peint un tableau rose - qualifié d’irréaliste - des investissements miniers attendus très prochainement par la Guinée. « Les gens tombaient des nues, tellement les chiffres sortaient de l'ordinaire : 45 milliards de dollars prévus pour trois grands gisements de fer ; plus de 20 milliards de dollars pour la bauxite ; plus deux raffineries d'or (une à Kankan et une à Siguiri), soit plus de 65 milliards de dollars d'Investissement Directs Etrangers (IDE) attendus très prochainement au pays d’Alpha Condé. Dans un petit monde minier où tout le monde se connaît, les participants savaient que le ministre guinéen disait une contre-vérité. Bien évidemment, l'audience a préféré quitter la salle poliment plutôt que de s'impliquer dans le débat. Seul le directeur des mines de la RDC (République Démocratique du Congo) s'est aventuré à des questions pour apprendre comment l'expérience d'un pays frère qualifié de "scandale géologique" en Afrique de l'Ouest pourrait être appliquée en RDC qui est aussi considéré comme un "scandale géologique" dans la région des grands lacs », enfonce cet observateur.

Interrogé par Guinéenews©, ce spécialiste explique la nervosité des miniers: il y a un risque dans les investissements qu’on appelle en anglais «big man risk» (risque du gros gars) à savoir que quand ton projet dépend de l'homme fort du moment, il n'y a qu'à voir tous ceux qui ont eu des «contrats en béton» avec les Kadhafi, Ben Ali ou autres récents dictateurs détrônés.

En Guinée - explique-t-il - toutes les décisions minières commencent et finissent par Alpha Condé, il n’y a pas de contrepouvoir, ni par l’Assemblée Nationale, ni par la société civile, encore moins avec le ministère des Mines ou le gouvernement. Alpha Condé ne fait apparemment pas confiance aux ministres et cadres qu’il a lui-même nommés et qui sont mis devant des faits accomplis dans des transactions opaques comme la «transaction» avec Rio Tinto à laquelle aucun cadre guinéen n’aurait été associé, ou le contrat avec African Iron Ore Group Ltd. pour la construction du transguinéen dont peu de gens connaissent les détails. Donc, selon ce spécialiste, il n’y a aucune assise populaire dans les décisions d'Alpha Condé sur les contrats miniers qui puisse rassurer les investisseurs. En signant un contrat exclusif avec Alpha Condé, que se passera-t-il, lorsqu'il ne sera plus là et que les nouveaux dirigeants, peut-être à court d’argent, voudront aussi «revoir les contrats» comme l’ont fait les militaires du CNDD et maintenant Alpha Condé lui-même ? Les investisseurs ne savent plus à quel saint se vouer en Guinée et donc préfèrent attendre de voir. Eux, ils ne sont pas pressés. Même le nouveau Code minier - ratifié à la hâte sans une Assemblée légitime - a eu l'effet pervers de décourager les investisseurs miniers à cause de clauses jugées peu encourageantes.

Dans ces conditions, nous dit-on, aucune banque ne cautionnera des milliards en Guinée dans la situation actuelle de la Guinée. Toutes les annonces y compris celles de Rio (minerai de fer en 2015) Vale (exportation cette année), Global Alumina (production d'alumine qui devait commencer il y a 2 ans !), etc.... ne sont que des annonces. Par contre, poursuit-on, il y aura beaucoup de financements d'études, de sponsoring, de séminaires, de promotion bonne gouvernance, d'aides communautaires, etc. mais pour les vrais investissements en infrastructures, il faudra attendre encore pronostique-t-on.

Pour un cadre du ministère qui a vu toutes sortes de projets sans issue, « Alpha doit laisser les cadres guinéens s’occuper des négociations des projets miniers et cesser de politiser les nominations aux postes techniques au ministère des Mines. Alpha ne connait rien aux mines et « les blancs » à qui il fait aveuglément confiance ont tous des agendas cachés. Idem pour ses multiples conseillers à la présidence hérités des pires du temps de Conté. Et surtout il devrait s'abstenir de tout contrat à long terme avant l'établissement d'une Assemblée Nationale représentative qui va discuter des engagements qu'il prend au nom de la Guinée. Mais le professeur président n’écoute apparemment personne....», soupire ce cadre.

Guinéenews© a cherché à plusieurs reprises à interviewer le ministre des Mines pour éclairer les Guinéens sur la politique minière du gouvernement actuel. A deux reprises il a accepté le principe d'interview, mais s'est désisté à la dernière minute.


Boubacar Caba Bah
Orangeville Canada

Sources guineenews.org


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