DS Lundi, 23 Janvier 2012 17:50
Au fil des jours, s’annoncent des signes pour lesquels on peut valablement fonder une conviction selon laquelle les Guinéens se rendront bientôt aux urnes sans avoir résolu la crise qui mine actuellement la classe politique. Commençons par les moins nombreux, les signes extérieurs, au nombre de deux.
Le plus évident, le plus déterminant, aura été le cas ivoirien. “Puisque l’opposition ne veut rien céder, nous ferons ce qu’ont fait les Ivoiriens : aller aux urnes sans elle. Alassane Dramane Ouattara est allé aux urnes sans le FPI de Laurent Gbagbo”. Voilà la comparaison que l’on fait dans les cercles du pouvoir en Guinée. On a l’air de s’arrêter là. Sans essayer de voir si la Côte d’Ivoire et la Guinée ont les mêmes problèmes de forme. Mais puisque “ça a marché” chez nos voisins, on y va. Malheureusement, nos voisins sortent de guerre. Il faut prier que nous n’y entrions pas, ni sous la forme de guerre civile, disons classique, ni sous celle de pogroms.
Le second signe extérieur relève des pressions. La présidentielle de 2010 en a suffisamment connues pour qu’il soit nécessaire d’y insister à l’occasion des législatives. Le Groupe de contact sur la Guinée s’est éteint. Les Amis de la Guinée qui a failli le remplacer a fait long feu. Les pressions directives qui avaient pesé sur le pouvoir militaire et la classe politique de 2010 ne peuvent plus avoir les mêmes effets. Apparemment, “la communauté internationale” ne nous attend plus que dans le domaine économique. En conditionnant son aide financière au progrès de la démocratie dans le pays. La porte reste donc entrebâillée pour des négociations et des explications après coup. On peut donc aller aux urnes et… réparer.
La situation la plus délicate reste plutôt celle de l’intérieur. Mais à ce jour, le pouvoir semble avoir réglé l’essentiel pour envoyer les Guinéens aux urnes, et peut-être à la violence. C’est à la technique de 2010 que l’on a dû faire appel. On s’est donné du temps pour organiser le dialogue à la surface et la victoire en profondeur. On a dialogué pour gagner du temps. Les manœuvres dilatoires sautent aux yeux. La forme même du dialogue est devenue un problème de fond. Dialoguer entre qui et qui ? Le pouvoir et l’opposition ? Non. Le « Centre » est né de cette question. Avant de décider si par centre, on entend le centre du pouvoir ou la force qui s’interpose entre le pouvoir et l’opposition, la polémique fait rage. La cacophonie est telle que l’opposition qui accepte de se faire appeler “radicale” a préféré suspendre sa participation. Et, logiquement c’est elle que l’on a indexée. La manipulation et la stratégie du pouvoir auront donné tous leurs fruits. Pour aller au dialogue, le pouvoir n’avait-elle pas accepté les conditions de cette même opposition ? “Si elle claque la porte aujourd’hui, c’est qu’elle ne veut pas qu’on s’entende dans ce pays.” Cela permet de pointer sur elle un doigt accusateur.
En réalité, le pouvoir n’a cédé que sur des points ”mineurs”, qui sont en réalité des pièges au travers de la route de l’opposition. Au nombre de ceux-ci, la libération des détenus incarcérés à la suite des marches pacifiques que toutes les lois du pays autorisent. Pour les condamner, il a fallu quelque part violer la loi. Le rétablissement de la justice s’est fait en quelque sorte sur le dos de l’opposition. Le pouvoir n’a pas bougé d’un iota sur la CENI, ses CARLE et le vrai personnel de gestion du scrutin éparpillé dans tout le pays par décret du président de la République. Préfets et maires “douteux” ont été remplacés par des femmes et des hommes sûrs de mener “la politique du changement”, à son terme.
Pour doter ce pays d’un système démocratique capable de conduire à “des élections libres, transparentes, justes et crédibles, il faut tout simplement appliquer la loi, au lieu de négocier à sa place. Mais, tout cela constitue des “signes” précurseurs de l’imminence des élections législatives.
Pendant qu’au Palais du peuple, on négocie pour déterminer avec qui ne pas négocier, le pouvoir sort ses armes qui ont fait leur preuve à la présidentielle de 2010. Au nombre desquelles, le riz et le noyautage des institutions chargées de gérer les élections. Le 12 janvier, le jour même où l’ADP et le collectif publiait un communiqué conjoint pour énumérer les conditions de leur participation au “dialogue inclusif”, le pouvoir inondait Conakry de riz. A chaque concession on a donné un sac et 50 000 francs guinéens. La distribution s’est poursuivie les jours suivants. Une partie de la comédie électorale est arrivée à la RTG sous forme de communiqué. “La Basse Guinée ne soutient personne”. Pour couronner le tout, le président de la République aurait demandé, au cours d’une rencontre non médiatisée, à tous les membres de la CENI de soutenir M. Louncény Camara, le président de la structure. Avec ça, on peut toujours dialoguer pour décanter le centre en “centre droit et centre gauche”. C’est très utile.
On aurait inondé Forécariah de francs guinéens pour écarter Kassory et diaboliser Sidya. Ainsi, on pourrait aisément recourir à l’arithmétique électorale pour « sécuriser » trois régions du pays sur quatre. On pourra alors aller aux élections. Vaille que vaille ?
DS
Source : La Lance