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Le dixième roman de Monénembo sera là, sous peu !

Lamarana Petty Diallo  Jeudi, 02 Août 2012 21:14

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MONENEMBO_Tierno_6_01« Le terroriste noir Â» dixième roman de Tierno Monénembo est bientôt là. Il est déjà accueilli par les critiques et les chroniqueurs littéraires, non pas comme un simple roman, mais comme une grande Å“uvre qui fera date.

Cela se comprend aisément. Ce roman-là n’est pas comme les autres. Il est tout simplement le meilleur de tous. Autant dire que c’en est un. Pour qui a lu du Monénembo, et ils sont nombreux, c’est une nouvelle occasion de découvrir un autre auteur.

Celui-là même qui a produit « Les écailles du Ciel Â», « L’Ainé des orphelins Â», « Peulhs Â» et « Le roi du Kahel Â», Prix Renaudot 2008 entre autres, ne fait pas peau neuve. Il n’en a pas besoin. Néanmoins, c’est comme s’il enfantait un nouveau genre littéraire. En tout état de cause, on peut dire qu’une nouvelle veine romanesque est en train de naitre avec « Le terroriste noir Â».

Inscrit dans la lignée des trois derniers romans de Tierno Monénembo, « Le terroriste noir Â» est un roman qui oscille entre l’histoire et le récit. Ni roman historique ni roman au sens traditionnel du terme, il est en quelque sorte du récit écouté à la porte de l’histoire. Si l’on veut, de l’histoire romancée. Dans tous les cas, c’est d’une plume de maître que Monénembo nous donne à lire comme il ne l’a peut-être jamais fait auparavant.

En effet, à partir d’un personnage, « un nègre » pour dire les choses comme dans le discours d’antan, Tierno Monénembo revisite l’histoire de France, des colonies et de la seconde guerre mondiale.

Addi Bâ, de son vrai nom, Amadou Hady Bah, est le héros du roman. Ce « petit Peul Â» de Bomboli, circonscription de Pita, (en Moyenne-Guinée), colonie de la Guinée française, débarque en France. Il n’a que 13 ans. La guerre éclate en 1939 alors qu’il est dans sa vingt-troisième année. Il s’engage dans l’armée et rejoint d’autres combattants venus des colonies d’Afrique occidentale française (AOF) et d’Afrique équatoriale française (AEF).

Soldat du 12e régiment des tirailleurs sénégalais, nom donné aux appelés de ces deux régions d’Afrique, Addi se distingue au front par sa vaillance et sa témérité. Capturé durant la bataille de la Meuse (en mai 1940), il s’évade et entre 2 ans plus tard dans la résistance. Singulier personnage, insondable nègre, il crée le premier maquis des Vosges et livre un combat acharné contre les Allemands. Sa tactique et son habileté à déjouer les plans de l’ennemi lui valent le surnom de « terroriste noir Â».

Ce soldat qui était la hantise des Allemands a œuvré pour la mise en place du premier groupement des maquis de la région vosgienne. Lequel s’est formé dans la forêt de Lamarche, entre Martigny et Robécourt. Il est issu de l’unification de plusieurs réseaux de résistance. Addi Bâ assurait l’intendance auprès du responsable local de la résistance, un certain Arburger. Il était secondé par un Soudanais (actuelle République du Mali) du nom d’Adama.

Addi Bâ est capturé, puis torturé, avant de subir, en décembre 1943, le sort que les nazis réservaient aux résistants. Il mourut à l’âge de 27 ans en héros car il ne lâcha aucun nom. L’enfant de Bomboli, personnage hors du commun, n’est pas un simple héros romanesque. C’est bien plus ! Il est un héros de la résistance française qui resta longtemps, comme bien d’autres tirailleurs sénégalais, dans l’anonymat et l’oubli. Il commença d’en sortir quand une ville bretonne décida d’honorer sa mémoire en inaugurant le 11 septembre 1991 la « Rue Addi Bâ Â» à Langeais.

J’y étais avec l’auteur. Etaient présents également de nombreux officiers de l’armée française qui sont d’origine guinéenne. La couronne britannique avait envoyé une très forte délégation d’officiers supérieurs. Parmi lesquels, un pilote qui avait été sauvé par le groupe de résistance du jeune soldat lorsque son avion a été abattu le 8 novembre 1942. La médaille de la résistance sera décernée en 2003 à Addi Bâ. Soixante ans exactement après sa mort.

couverture_Terroriste_noir_04Espérons qu’avec ce roman, Addi Bâ sortira à jamais de l’anonymat afin d’entrer pour toujours dans la mémoire collective des autres héros de la guerre 39-45. Que ceux-là soient Français, Africains ou autres. En tout cas, il y aura, je l’espère, un avant et un après « Le terroriste noir Â». Ainsi, ce seront les combattants et résistants de toutes les guerres, de toutes races, blancs, noirs, arabes, etc., qui reposeront dans le même panthéon.

Ce roman devrait occuper une place de choix dans l’enseignement littéraire contemporain. Il devrait avoir toute sa place dans les manuels de français et d’histoire de France et d’Afrique. Cela, d’autant plus qu’il met en exergue les valeurs universelles défendues par la résistance et n’en montre pas moins les facettes de la collaboration tant au niveau local que national.

Le dialogue entre les personnages montre dès l’incipit que le sort réservé au soldat Addi gisant dans la forêt est symptomatique de celui de plusieurs autres. Le rôle du jeune Hubert, l’action d’Yvonne, la maîtresse d’école, l’attitude du père (Hubert Valdenaire) à travers ses hésitations et ses atermoiements annoncent les déchirements futurs. Cela est symbolique de l’opposition entre résistants et «collabos Â» dans la France profonde et celle de la ville. Quand d’autres personnages entrent en scène, on perçoit davantage le mal de la guerre et la corruption de certains esprits. Addi Bâ deviendra-t-il l’une des innombrables victimes d’un village déchiré ? Par-delà, d’une nation divisée à cause de la guerre ? En tout état de cause, son action, comme celle de tout résistant divise et oppose deux camps.

Avec « Le terroriste noir Â», Tierno Monénembo se montre comme le maître de la plume de la littérature francophone moderne tout comme le griot ouest-africain l’est pour la parole. Avec ce chef-Å“uvre annoncé, il figure plus qu’il ne l’a été auparavant, parmi les plus grands écrivains de la littérature mondiale.

Enfin, avec son neuvième et avant dernier roman, Tierno Monénembo avait frisé le Goncourt. Cette fois-ci, on voit mal comment il pourrait le rater. Tiré à 20000 exemplaires, « Le terroriste noir Â» figure déjà au premier plan de la 11e édition du Prix FNAC 2012.

A n’en pas douter, le best-seller de l’année, ce sera pour le 23 août, date de sortie aux éditions du Seuil et en librairie de « Le terroriste noir Â» !

Il n’est pas prématuré de prédire l’une des plus hautes distinctions littéraires à Tierno Monénembo. A savoir le Nobel de littérature.


Dallas (Etats-Unis), le 1er août 2012

Lamarana Petty Diallo 


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