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Union des Forces Démocratiques de Guinée – Canada : Alpha Condé en visite à Québec (Canada) : Quel désastre!

Abdoulaye Baldé  Mardi, 25 Octobre 2011 22:23

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logo_UFDG_2_01Alpha Condé et sa suite (en tout 9 personnes semble-t-il) sont arrivés hier à Québec, capitale politique de la province canadienne du Québec. L’annonce officielle de ce voyage présidentiel n’ayant été faite (volontairement) que le vendredi 21 octobre, la communauté guinéenne résidant au Canada a été prise de court, d’où l’absence de toute manifestation de contestation de la part de l’immense majorité de ses membres.

Curieusement cependant, dès la fin de la matinée du dimanche 23 octobre 2011, au moins deux autobus bondés de supporters du RPG et autres opportunistes de l’heure accourus de toutes les contrées voisines, attendaient le président guinéen à son hôtel. De toute évidence, ceux-là avaient été informés à temps et en coulisse par la machine officieuse du RPG et de ce fait, ont eu droit au temps de préparation nécessaire.

Puisque le communiqué de la présidence guinéenne présente ce énième voyage d’Alpha Condé comme une visite de travail, à savoir la participation de la délégation à la session annuelle du Family Office Forum qui se tient cette année à Québec, une visite (prétendument) vouée au renforcement des liens d’amitié et de fraternité entre la Guinée et la République (sic) du Canada, nous avons jugé utile d’apporter les précisions qui s’imposent quant à la nature véritable de ce voyage et ses conséquences pour la Guinée.

Le Family Office Forum, c’est en définitive une organisation privée supranationale qui réunit périodiquement dans une même salle 2 catégories d’acteurs entre lesquels existe un potentiel de transactions financières. Ces acteurs se présentent comme suit :

1.) Des représentants de familles relativement fortunées en mal d’imagination et d’initiatives, qui sont à la recherche d’occasions d’affaires et qui sont susceptibles d’engager une partie au moins de leurs avoirs financiers dans des opérations de prêt ou de placement à haut risque (venture capital), moyennant un rendement plus attrayant que celui qu’ils auraient obtenu sur les marchés conventionnels.

2) Des courtiers en financement d’affaires à la recherche de bailleurs de fonds privés hors-banques, prêts à offrir à leurs clients, généralement des entreprises qui démarrent (start-up) ou qui sont dans l’incapacité d’obtenir les financements requis auprès des sources conventionnelles (banques, bourse des valeurs mobilières, etc.).

Pour participer au forum 2011 de Québec, il suffisait à toute personne intéressée de payer en temps opportun la bagatelle de 1,500 dollars.

Au final, l’organisateur du forum empoche 1,500 dollars par participant, le courtier qui réussit son coup empoche sa commission et finalement, les familles fortunées misent sur le flair du connaisseur, leur courtier, pour réaliser une bonne affaire. Et, rideau, tout le monde repart satisfait de ses prouesses.

Mais alors, que vient faire un président d’une quelconque république de la planète, qui plus est démocratiquement-élu, parmi ce beau monde ? De l’avis des organisateurs, Alpha Condé serait le premier Président de la République en exercice à participer à une session de toute l’histoire de Family Office Forum. Selon nos informations, les organisateurs du forum s’arrachent le peu de cheveux qui leur restent en se demandant quoi faire de ce participant insolite, vu qu’en réalité, ce forum s’adresse presque exclusivement aux acteurs du secteur privé. En Guinée par exemple, ce type de forum devrait intéresser tout au plus les gens d’affaires à la recherche de financement hors banques, pour la mise en place d’une entreprise novatrice, l’exploitation d’un brevet ou d’une licence, etc. Quel brevet (d’invention) Alpha Condé avait-il donc à soumettre à l’attention des détenteurs de capitaux de risque ? Les intrépides Pivi, Tiegboro, Resco ? Le Toto de général ou les vaillants donzokès ? Et pourquoi pas Condé I, Condé II, Condé III, etc. ? Eh wotan!

Notre “président-démocratiquement-élu” Alpha Condé manquerait-il à ce point d’occupations dignes de son rang ? Et que dire de la facture finale du voyage : coût de location de l’avion privé, frais d’hébergement et de participation, etc. ? On parle ici d’un montant de 250,000 à 300,000 dollars de fonds publics pour participer à un forum d’affaires aussi banal et, en tous les cas, d’une importance stratégique aussi douteuse.

Il est atypique de voir un président de la République participer en personne à un tel forum où il n’est question que de simples transactions de capitaux de risque (venture capital). C’est même aberrant de voir le Président de la République courtiser les acteurs d’un tel marché pour obtenir de ceux-ci le financement de soi-disant projets publics. Le rendement de projets publics (infrastructures routières, hôpitaux, établissements scolaires, etc.) est-il compatible avec les attentes de détenteurs de capitaux de risque? Il est vrai que depuis le renversement de son bailleur de fonds hors-pair Kadhafi, Alpha Condé, despote africain en émergence, semble de plus en plus perdu dans la nouvelle donne, les acteurs principaux de la planète tendant à se démarquer d’un pas sûr de notre “prési” national.

De ce tout dernier épisode de l’épopée de notre “prési-si-démocratiquement-élu”, on peut tirer quelques conséquences malheureuses pour la Guinée. Ainsi, en participant au Family Office Forum de Québec :

1) Alpha Condé confirme à tous ceux que la question intéresse que la Guinée a perdu toute crédibilité à la fois auprès des bailleurs de fonds multilatéraux et sur les marchés financiers conventionnels. Cela étant, il tend à reconnaître personnellement que dans ce contexte, son gouvernement n’a plus d’autre alternative de financement que le recours aux capitaux à risque.

2) Alpha Condé s’apprête à contracter des emprunts très onéreux ou à brader les ressources minières du pays pour quelques millions de dollars (l’exemple de la cession des gisements de fer les plus significatifs du pays à Rio Tinto en est un témoignage éloquent), avec des conséquences qui risquent d’affecter gravement les perspectives de développement à long terme du pays.

3) Alpha Condé confirme que la Guinée est, c’est désormais officiel, un pays à risque élevé. Or, qui dit risque pense insécurité. Alpha Condé semble oublier que tout le monde en Guinée se sent de moins en moins en sécurité. Et c’est lui-même, Alpha Condé, qui a renforcé ce sentiment d’insécurité, en particulier suite à la mise en scène particulièrement grotesque et macabre du fameux complot qui, soit disant, visait à son assassinat. C’est donc Alpha Condé, Président de la République, qui contribue à renforcer dans l’opinion nationale et internationale, l’image d’un pays où règne l’insécurité.

4) Alpha Condé se distingue par le manque d’un minimum de bon sens qui devrait être celui d’un président de la République. Au lieu d’engager son gouvernement dans un programme de refonte en profondeur de l’Etat guinéen dans le but de combattre l’insécurité ambiante, conséquence logique de la mal gouvernance, Alpha Condé pense encore tromper tout le monde en présentant la Guinée comme une destination idéale pour les investisseurs privés.

Ce voyage d’Alpha Condé au Canada représente une honte de plus pour notre singulier pays, la Guinée. Un pays voué depuis 53 ans à la médiocrité, l’ethnocentrisme et le népotisme comme instruments de gouvernance. Le pays de la grande mamaya ou autrement, des exactions, assassinats, vols, viols, arrestations arbitraires, etc., pour meubler le quotidien des pauvres citoyens. Un pays dont les quelques rares services de santé comptent parmi les moins dotés en ressources humaines et matérielles du monde. Un pays qui se distingue encore en 2011 par l’absence ou les délestages chroniques de l’électricité, où les robinets sont désespérément à sec dans un environnement réputé comme étant le château d’eau de la région. Un pays où règnent en maîtres absolus tout l’arsenal de corps policiers, l’armée et aussi, les milices privées (donzos) d’Alpha Condé, ces brutes cauchemardesques qui hantent la vie des populations urbaines et qui ont été savamment recrutées et programmées pour sévir en toute impunité contre les populations.

Si telle était sa préoccupation centrale, Alpha Condé aurait beaucoup à faire pour débarrasser la Guinée de tous les maux qui affectent le pays. Moyennant quoi il pourrait améliorer l’image de celui-ci, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. C’est aussi au prix du grand ménage qui s’impose en Guinée que le régime en place pourrait enfin mériter la confiance et l’intérêt de tous, notamment celle d’éventuels investisseurs privés étrangers et celle des autorités de pays tels que le Canada.


Pour le bureau de l’UFDG-Canada
Abdoulaye Baldé
Secrétaire fédéral


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