Enlisement des enquêtes sur les crimes contre l’humanité de septembre 2009 en Guinée

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logo_Pottal_Fii_Bhantal_01En février 2010, madame Fatou Bensouda, en visite à Conakry, avait défini la complémentarité comme ligne suivie par la CPI pour la traduction en justice des accusés de crimes contre l’humanité. Elle avait défini cette stratégie comme suit : soit la Guinée décide de déférer le cas du 28 septembre devant la CPI, soit elle juge elle-même les auteurs présumés avec l’aide, l’assistance et sous le contrôle de la CPI. Parlant des accusés, madame Bensouda avait indiqué qu’« ils seront jugés soit par les autorités guinéennes, soit par la CPI. Il n’y a pas de troisième option ».

Depuis cette déclaration, les gouvernements guinéens successifs se sont employés diligemment à créer cette « troisième option Â» et à retarder la mise en application de la stratégie de la complémentarité.

Le CNDD avait mis en place une commission d’enquêtes présidée par le procureur Sirman Kouyaté. Le rapport de cette commission fut rendu public durant la transition. C’était une tragique farce. La commission incrimina presque exclusivement Boubacar Toumba Diakité avec des comparses dont les noms ne furent pas communiqués.

Le gouvernement issu des élections de 2010 a poursuivi cette politique de déni de justice. Sous la pression des organisations des droits de l’homme, de la CPI et de citoyens guinéens regroupés dans des ONG et des associations de victimes, le gouvernement de M. Alpha Condé a procédé à des inculpations de forme de quelques officiers, en 2012 et en 2013. Parmi eux, il y a Abdoulaye Cherif Diaby, Tiègboro Camara et Claude Pivi qui gardent toujours leurs fonctions dans l’administration. A la faveur des mêmes pressions, le capitaine Moussa Dadis Camara aurait été entendu dans le cadre des enquêtes. En même temps, l’ancien président de la transition, le général Sékouba Konaté a déclaré avoir communiqué des informations relatives aux crimes à la CPI.

Ces agitations épisodiques et désordonnées ne peuvent pas dissimuler le manque évident de volonté politique de faire la lumière sur les massacres de 2009. La carence du gouvernement guinéen a été notée et condamnée par tous les observateurs. Le panel des juges qui fut mis en place durant la transition est utilisé comme outil d’obstruction et de déni de justice par le gouvernement guinéen. Les enquêtes des juges sont délibérément lentes. Le principe du secret de l’instruction judiciaire est mis en avant pour dissimuler le manque d’avancée des procédures. Les parties civiles sont ignorantes des progrès réalisés et des obstacles rencontrés. Les victimes sont exposées au chantage des forces de sécurité qui, par la corruption et l’intimidation les découragent de témoigner. Cette opacité délibérée ne laisse aux victimes et à leurs avocats aucune voie de recours. Ceci est en violation de toutes les recommandations de transparence faites par les organisations des droits de l’homme.

Ces enquêtes occultes sont bien devenues la « troisième option » que la CPI voulait éviter. Les juges en charge sont des complices de fait de la politique de déni de justice du gouvernement, tout comme l’est le nouveau ministre de la Justice qui prêche tout le temps la patience sans définir un calendrier pour la traduction en justice des accusés. En visite à New York au mois de mars 2014, il avait promis publiquement des avancées dans les 90 jours qui suivraient. Ces avancées n’ont toujours pas été matérialisées.

L’objet de ce mémorandum de Pottal-Fii-Bhantal Fouta Djallon est de demander solennellement que soit mis fin à cette obstruction qui dure depuis 4 ans environ.

Face à la gravité du dossier et pour l’honneur du métier pour lequel ils ont prêté serment, nous demandons aux juges de se démettre des enquêtes afin d’ouvrir la voie aux actions de la CPI. L’argent des contribuables des pays donateurs qui les assistent ne doit pas servir à subventionner ce déni flagrant de justice.

Plusieurs organisations internationales des droits de l’homme ainsi que la commission de l’ONU contre la violence sur les femmes ont mené des enquêtes sur le terrain. Elles ont accumulé suffisamment de preuves, non seulement sur les crimes, mais surtout sur l’obstruction de la justice. Leurs conclusions sont unanimes : le système judiciaire guinéen fonctionne avec toute la mauvaise foi pour justifier une saisine rapide de la CPI.

En conséquence, Pottal-Fii-Bhantal Fouta Djallon demande à la CPI de mettre en application sans tarder, la stratégie de la complémentarité annoncée par madame Fatou Bensouda en 2010. Nous demandons au bureau du procureur de transformer l’analyse de la situation en Guinée en procédure d’enquêtes, comme c’est le cas actuellement pour le Soudan (Darfour), la République démocratique du Congo, l’Ouganda, la République centrafricaine, le Kenya, la Libye, la Côte d’Ivoire et le Mali. Pottal-Fii-Bhantal Fouta Djallon demande au bureau du procureur de la CPI:

  • d’ordonner au gouvernement guinéen l’arrestation immédiate de tous les accusés de crimes contre l’humanité afin de mettre fin aux obstructions ainsi qu’aux menaces de violences et les chantages sur les victimes et leurs familles ;
  • d’ordonner au gouvernement du Burkina-Faso l’arrestation et le transfert à la CPI du capitaine Moussa Dadis Camara ;
  • de mobiliser toutes les preuves accumulées par les différentes enquêtes pour constituer les dossiers à charge sur les présumés coupables ;
  • d’ériger dans les plus brefs délais, un tribunal spécial de la CPI à Conakry (à l’instar du tribunal spécial de la Sierra Léone) pour évaluer les dossiers et juger tous les accusés.

Nous demandons à toutes les organisations des droits de l’homme travaillant sur la Guinée (OGDH, FIDH, Cour de la CEDEAO, HRW, Union africaine, etc.) d’aider à la dessaisie des magistrats guinéens des dossiers et à leur transfert à la CPI. Aux associations des victimes et à leurs familles nous demandons de se mobiliser autour de ce point pour une exécution rapide du transfert. Pottal-Fii-Bhantal les assure encore une fois de son soutien sans faille.

 A tous les citoyens guinéens épris de justice, nous demandons de soutenir cet appel et le programme JUSTICE IN GUINEA. A la diaspora guinéenne en particulier, nous demandons d’exiger des gouvernements des pays hôtes de lier toute aide à la Guinée à des progrès tangibles sur le front de la lutte contre l’impunité dont l’éradication reste la condition de toute démocratie dans notre pays.


La Commission centrale de Pottal-Fii-Bhantal Fouta Djallon


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Commentaires  

 
+5 #9 k. Ba 26-08-2014 15:41

Citation en provenance du commentaire précédent de alain:
Si on touche à un cheveu de DADIS ce sera la fin de la Guinée. Vous êtes avertis

«Alain», comme Daddis, tu n’es qu’un fanfaron. Si tu crois impressionner, tu te trompes lourdement. Toumba a zigouillé le petit capitaine criminel. Il est toujours en cavale. Avant de t’attaquer à détruire la Guinée à cause de Daddis, tu devrais monter au moins une vendetta contre Toumba, d’abord. On commencerait à prendre au sérieux tes menaces de lâche.
K. Bah
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-7 #8 alain 26-08-2014 10:47

Si on touche a un cheveu de DADIS ce sera la fin de la Guinee. Vous etes avertis
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+10 #7 Gigo dit Gilbert Balla Guilavogui 25-08-2014 11:57

Il faut tout faire pour demettre ce pouvoir en place afin de voir plus clair sinon RAS.
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+10 #6 Barros Diallo 24-08-2014 20:04

Bravo et MERCI pour la constance dont vous faites preuve !
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+9 #5 I. MB. SOW 24-08-2014 10:59

Tout bon citoyen guinéen se doit de soutenir un tel mémorandum visant à atténuer le profond discrédit qui pèse sur nos institutions judiciaires notamment.
Mais Fatou Bensouda, qui passait pour une femme de poigne, venait juste d'être promue à son poste à la CPI en 2010. Depuis lors, on peut réellement se demander si sur ce dossier-là, certains "mauvais esprits guinéens" n'auraient pas réussi ravir son âme de Mandingue intègre à coups de ce que chacun peut deviner...En tout cas, cet effroyable dossier de crimes contre l'humanité ne patine pas seulement à cause des obstructions en tous genres que la justice guinéenne d'AC lui fait. Mais ce que la Commission Centrale de PFBFD omet d'indexer à son tour, c'est ce mutisme obligé (ou calculé) que certaines victimes de cette tragédie dont la notoriété aurait pu faciliter la manifestation de la vérité sur ce dossier. CDD et SIDYA entre autres, participent ainsi indirectement des causes d'enlisement des enquêtes sur les crimes de septembre 2009. Ils pensent de ce fait "récolter le beurre et l'argent du beurre (avec la fermière), sans même risquer un petit coup de sabot politique"...Or les mauvaises stratégies ont toujours produit de mauvais effets qui plongent de plus en plus ce pays dans la violence publique sur fond d'impunité depuis le début des années 1960.
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+9 #4 Gandhi 24-08-2014 10:23

La logique juridique milite pour une action de la CPI à partir de Septembre 2014 (5 ans après les faits).
La logique politique (ou politicienne) milite pour une action de la CPI en Septembre 2015 (au moment des présidentielles).
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+7 #3 amadusdialamba 24-08-2014 05:00

Lorsque l’actuel Ministre de la Justice guinéen fut nommé par Alfa, beaucoup ont applaudi. Il y en a même qui sont allés jusqu’à dire que c’est un grand intellectuel qui ne se laissera pas faire, ‘’Pititii’’, ‘’Papataa’’ ! Puis, lui-même alla vite en besogne en disant qu’il va mâter toutes les brebis galeuses de la justice. Ignorant totalement le fait que tout guinéen est parfait jusqu’au lendemain de sa promotion. Mais moi j’avais dit sans détour qu’il fera pire que ses prédécesseurs. Car le problème de notre justice ne se trouve pas au niveau de nos Ministres de tutelle, mais plutôt au niveau de celui qui les nomme. Alpha est en train d’appliquer la phase hérité de Conté. A savoir : ‘’la justice c’est lui’’. Les malheureuses familles des victimes, leurs avocats, les organisations des droits de l’homme et toutes les bonnes volontés travaillant sur ce dossier doivent se lever pour essayer de prendre le taureau par ses cornes. En tout cas, si nous voulons son aboutissement. Les avocats des victimes ne doivent surtout pas continuer à attendre indéfiniment. Les autorités guinéennes jouent au temps et à la faveur de leurs protégés. N’oublions surtout pas que même des inculpés continuent de se couler des belles heures au sien même du gouvernement. Aussi, parmi même ceux qui sont sensé gérer ce dossier, il y a des présumés auteurs ou commanditaires. Donc ils sont convaincus qu’en cas de saisine de la CPI, ils y laisseront plusieurs plumes. Dès lors, au lieu de faire avancer le dossier, ils feront tout pour le placer aux fonds des tiroirs contenant les dossiers à faire disparaitre pour toujours. Il faut également tenir compte du fait que plus un dossier se fait attendre, plus il se meurt à petit feu. Nous ne devons surtout pas attendre la disparition de plusieurs témoins pour relancer le dossier. L’administration à horreur de l’inertie et du silence. C’est maintenant ou jamais.
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+10 #2 k. Ba 23-08-2014 22:56

[Citation en provenance du commentaire précédent de Anatole:
Pourquoi ces gens de PFBFD ne veulent-ils pas comprendre que Dadis n'est pour rien dans ce massacre? Il est maintenant de notoriété publique que ses instigateurs et responsables sont Konaté et Alpha Condé. Ce sont eux qui doivent être maintenant déferrés à la CPI, sans délai

Si Daddis est innocent, la cour va l'acquitter quand il aura comparu devant elle.
S’il était aussi convaincu que vous de son innocence, pourquoi ne se rend-il pas à la CPI pour donner sa version ? Même dans ce cas, ses versions des faits et ses preuves devront être comparées avec ce que les enquêtes ont donné. Toutes les évidences seront présentées dans un débat contradictoire entre la défense et le procureur pour décider du sort de chacun des accusés.
La justice sera rendue autant que l’esprit humain peut le faire. Et notre pays sortira enfin de ses ombres de peurs, de rumeurs, de mensonges et de tueries pour masquer le tout.
Si je comprends bien, ce document demande qu’un tel processus de justice commence pour tous les accusés et pour que les victimes (et notre pays) puissent avoir un début de guérison mentale.
La demande d’arrestation n’est pas une condamnation. Daddis peut éviter de se faire arrêter et se présenter lui-même à la CPI.
Je suis d’accord avec le memo qui dit que les juges en charge des enquêtes doivent arrêter de profiter de l’aide pour s’engraisser et rendre le tablier.
K. Ba
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-4 #1 Anatole 23-08-2014 21:25

Pourquoi ces gens de PFBFD ne veulent-ils pas comprendre que Dadis n'est pour rien dans ce massacre? Il est maintenant de notoriété publique que ses instigateurs et responsables sont Konaté et Alpha Condé. Ce sont eux qui doivent être maintenant déferrés à la CPI, sans délai
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