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Front d’Union pour la Démocratie et le Progrès (FDP) : Déclaration N°8 – Sortir de l’impasse politique en Guinée

Mamadou Bah Baadiko  Mercredi, 16 Mai 2012 17:48

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BAH_Mamadou_Baadikko_4_01Plus que jamais, notre pays est plongé dans une grave crise politique et institutionnelle qui compromet sérieusement son devenir. Un an et demi après l’installation d’un président civil élu, le pouvoir en place se montre incapable d’organiser des élections législatives aux normes démocratiques, afin de clôturer la transition et de remettre le pays sur les rails du développement.

Après la lueur d’espoir que constituait l’élection présidentielle de juin 2010, la Guinée s’est réinstallée dans l’instabilité chronique qui a été son lot tout au long de son existence en tant qu’Etat indépendant.

Et pourtant, le dialogue inclusif tenu en janvier 2012 était une opportunité en or pour le pouvoir de rectifier le tir afin d’obtenir un consensus avec toute la classe politique pour aller à des élections apaisées dont les résultats seraient crédibles et reconnus de tous. Malheureusement, au cours de ces assises, le pouvoir du Professeur Alpha Condé est resté intransigeant sur la question fondamentale de la CENI, le nœud de la crise de confiance entre le pouvoir et l’opposition, tout en faisant en théorie, quelques concessions. Dans la pratique, nous avons rapidement constaté sur le terrain que les accords écrits touchant au processus électoral et à d’autres questions relevant des libertés n’étaient pas été respectés. Ce qui est d’une extrême gravité au regard de ce qu’on attendrait d’un pouvoir responsable, crédible, attaché à un minimum de moralité publique. En dépit des conclusions non équivoques du Dialogue inclusif, le pouvoir et la CENI qui lui est de fait inféodée, ont continué sur leur lancée d’organiser des élections non transparentes, pour une assemblée préfabriquée.

Ainsi, la CENI a bien demandé aux alliances politiques de présenter des listes pour regarnir les démembrements et dans les CARLE afin de revenir à la légalité qu’elle avait violée. Mais les nouveaux venus ont été de fait exclus, car ils ne seront pas pris en charge, contrairement aux représentants du RPG Arc en ciel. Sans même que nous ayons eu connaissance d’un rapport d’audit sur le fichier électoral comme le prescrivait le Dialogue inclusif, des kits informatiques d’enrôlement ont été dispatchés à travers le pays. Or, il a été partout constaté que ces kits ne contenaient aucun fichier à réviser! L’opération lancée par la CENI est un donc un recensement exhaustif qui ignore le fichier électoral ayant permis la tenue des élections en 2010, en violation des conclusions du Dialogue inclusif.

La CENI, a pris l’habitude, sans concertation sérieuse avec tous les acteurs politiques, de fixer des dates fantaisistes d’élections et un chronogramme. Nous avons d’abord eu la date du 29 décembre 2011. Elle n’a pas été tenue. Nous avons eu récemment celle du 8 juillet 2012 qui a été fixée de façon totalement arbitraire et irresponsable, comme si l’enjeu était autre chose que la tenue de l’élection. Cette deuxième tentative n’a pas été mieux réussie que la première.

On se retrouve donc avec un processus totalement bloqué, avec une population complètement exaspérée par la grave crise économique et sociale qui plombe le pays. Depuis que le présent débat a débuté, nous n’avons eu de cesse que de dénoncer la situation de la CENI qui est à la base de la crise actuelle et le nœud du problème. Toutes les solutions raisonnables que nous avons proposées pour y remédier ont été rejetées. Cette institution minée par la corruption, la gabegie et les batailles claniques, est incapable en l’état d’organiser une élection aux normes démocratiques. Elle l’a amplement prouvé avec deux reports successifs jamais sérieusement justifiés. Le bluff, les fuites en avant et les mensonges médiatiques éhontés, n’y changeront rien. La gangrène qui la ronge est sèche ; tant que la CENI actuelle, dans laquelle l’indispensable parité entre le pouvoir et l’opposition est rompue ne sera pas profondément reformée, elle sera incapable, de tenir des élections apaisées, aux normes démocratiques comme l’exige le peuple de Guinée.

Le débat politique actuel ne peut être celui entre des forces qui se disent du « changement » et d’autres qui seraient contre le «changement». La seule question qui est posée est celle de savoir : après des décennies de dictatures, de crimes, de divisions et de régression économique sociale et culturelle, allons nous enfin avoir une assemblée du peuple élue à l’issue d’élections libres, équitables et transparentes ? Cette revendication légitime ne peut être celle de ceux qui étaient avec le pouvoir du Général Lansana Conté ou qui étaient contre lui. Comme le RPG, nous avons lutté contre ce pouvoir et n’avons jamais eu à travailler avec lui. Mais l’enjeu est ailleurs car il est bien connu qu’aujourd’hui, aussi bien dans l’opposition que dans le pouvoir, il y a des personnalités marquantes issues de ce défunt pouvoir. Les tenants du pouvoir actuel doivent admettre l’impossibilité pour eux d’installer un nouveau Parti-Etat totalitaire à forte coloration communautaire, face à un peuple déterminé à conserver les acquis de la longue lutte pour la liberté et attaché à l’unité du pays. S’entêter à continuer dans cette voie est suicidaire.

Dans ce contexte, pour débloquer la situation et prévenir les dérapages incontrôlables qu’elle engendre, le FDP, partie intégrante de l’opposition, propose:

1. La suspension de toutes les opérations électorales en cours et le retrait des kits déjà envoyés sur le terrain. En tout état de cause, nous demandons à nos militants et sympathisants ainsi qu’à toute la population en âge de voter, de ne participer qu’à la simple révision des listes électorales, à l’exclusion de tout nouveau recensement;

2. Que le Président de la République, garant du bon fonctionnement de toutes les institutions, constate que le mandat de cinq ans de l’actuelle CENI installée en 2007 est arrivé à expiration et qu’elle doit céder la place ;

3. Que des concertations s’engagent entre tous les acteurs politiques en vue de mettre en place une nouvelle CENI. Toutes les dispositions législatives à prendre se feraient en concertation avec le Conseil National de Transition.

 
Fait à Conakry, le 15 mai 2012

Le Comité de Coordination du FDP
Mamadou Bah Baadiko


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