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Interview exclusive d’Ismaël Bah, l’exclu du parti « Guinée pour tous »

Adjidjatou Barry Baud  Vendredi, 11 Novembre 2011 16:15

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BAH_Ismal_1_01Ces derniers jours, des informations ont été diffusées dans la presse selon lesquelles le vice-président de GPT, Ismaël Bah, aurait été débarqué  de son poste suite à son appel à la non-participation de Guinée pour tous à la manifestation du 14 août 2011 à Paris, sous la bannière d’Arc-en-ciel.

Pourtant  c’est  après un débat interne que la décision avait été prise. A cette occasion, la déclaration du parti avait été la suivante : « Le parti Guinée pour tous est un parti "détribalisé" transversal. Nous appelons tous les Guinéens à se rassembler autour d’un dialogue politique serein et apaisé. Nous demandons également au gouvernement de déployer tous les efforts nécessaires à la tenue rapide d’élections législatives libres, fiables et transparentes afin de consolider la démocratie et de renforcer l’État de droit. »

Face à cette situation floue et surprenante, GuineeActu.com s’est approché d’Ismaël Bah pour avoir son éclairage.


GuineeActu.com : Entrons si vous le voulez bien tout de suite dans le vif du sujet. Êtes-vous toujours le vice-président du parti Guinée pour tous ?

Ismaël Bah : Je me pose moi-même la question car j’ai pris connaissance de cette rumeur par la presse. Depuis, je n’ai eu aucun élément à ce sujet de la part des instances du parti. Mais, qui ne dit mot consent.

Pourquoi vous êtes-vous engagé auprès de M. Ibrahima Kassory Fofana, choix qui ne semblait pas évident en Guinée à bien y regarder ?

Je vais faire un bref récapitulatif de mon engagement à GPT auprès de M. Ibrahima Kassory Fofana. De passage à Paris en mars 2010, il a souhaité me rencontrer afin que nous évoquions l’avenir de la Guinée avec, comme objectif, la très prochaine élection présidentielle. Le discours direct d’un homme connaissant bien la Guinée et les Guinéens m’a convaincu que nous pouvions travailler de concert pour l’avenir de notre pays. De plus, après la lecture de son programme, en incorrigible démocrate, j’ai adhéré totalement à son projet de société, une Guinée meilleure pour tous les Guinéens. C’est donc dans cet état d’esprit que je me suis engagé dans la campagne de la présidentielle. Ce choix est d’autant pour moi que d’autres voies étaient ouvertes.

Quels sont d’après vous, les évènements qui ont conduit à cette rupture spectaculaire ?

L’élection de M. Alpha Condé à la présidence de la République a cristallisé des sentiments forts chez ses adversaires. Ils se sont sentis dépouillés d’une victoire qui, semblait-il, devait leur revenir, et lésés dans leurs aspirations à accéder aux responsabilités. De plus, le pouvoir, une fois en place, loin d’apaiser les esprits, a misé pour tenter d’asseoir sa légitimité sur la mainmise sur toutes les instances décisionnelles dès lors uniquement confiées à des proches, allant même jusqu’à écarter des alliés ayant œuvré à son profit notamment L. Kouyaté, président du PDN, lors de la campagne du deuxième tour. Le plus grave et le plus inquiétant étaient la dérive totalitaire des mois qui ont suivi et les exactions commises contre une seule ethnie. Il m’a semblé important de ne pas laisser perdurer cette situation, de ne pas cautionner ces comportements. Ce que j’ai fait dans un premier communiqué appelant les sympathisants de GPT à ne pas défiler aux côtés de l’alliance Arc-en-ciel à Paris. J’ai réitéré mes propos dans une interview publiée peu de temps après. J’ai enfin alerté les instances internationales en me rendant au Quai d’Orsay à Paris (Ndlr : Ministère des Affaires étrangères).

Tout d’abord, mes propos ont été démentis officiellement par GPT à la RTG. Puis, à la suite d’une réunion organisée à Paris par le Président de GPT, et à laquelle je n’ai pas été convié, parut un article titrant qu’une empoignade sur fond de divergences profondes s’était déroulée entre le Président et moi. Pour finir, j’apprends par la presse que, lors d’une assemblée générale extraordinaire convoquée par le président du parti à Conakry, à laquelle je n’ai pas plus été invité, j’ai été exclu du parti.

Pour mon éthique personnelle mais également pour la défense de tous mes concitoyens et de mes convictions les plus profondes, je reste persuadé d’avoir fait le bon choix. Je rappelle à ce sujet que les pires crimes contre les peuples se sont produits dans le passé parce que certains n’avaient pas le courage de dénoncer ou n’arrivaient pas à se faire entendre. J’en veux pour exemple, les atrocités commises par Staline ou Pol Pot.

Comment expliquez-vous alors que GPT, dont le nom, je le rappelle est « Guinée pour tous », en soit arrivé à des pratiques aussi extrémistes ?

Je constate que certains hommes politiques guinéens, dans leur course pour arriver au pouvoir et le garder, instrumentalisent l’opinion publique sur la question de l’ethnie. Pour illusionner nos compatriotes, les années passées, des ligues islamiques ont été mises en place. Aujourd’hui, les coordinations régionales jouent en réalité exactement le même rôle. Le peuple se retrouve ainsi sommé de choisir et de soutenir le parti de son ethnie. Je ne vois pas comment nous pourrions sortir sans dommages de cette logique infernale dans la mesure où elle est pratiquée au plus haut niveau de l’Etat. Aux élections législatives, les candidats devront s’identifier par des projets clairs dans les régions ou circonscriptions pour que nos compatriotes puissent faire un choix éclairé. Cela n’ira pas de soi.

C’est lors de cette élection présidentielle que j’ai eu l’occasion de visiter pratiquement toutes les régions de la Guinée. J’ai alors pu me rendre compte du point auquel ce pays a été dégradé par ceux qui ont été aux responsabilités.

L’absence du respect des droits les plus élémentaires est aujourd’hui un désastre. Il est urgent de redonner une priorité à la mise en place d’un véritable Etat de droit, au développement de l’agriculture, des sources d’énergie, de la formation et des micro-entreprises, conditions nécessaires au retour des investissements étrangers. Voilà pourquoi ma génération doit s’y atteler le plus rapidement possible.

Notre pays n’est pas en déclin il est en crise profonde doublée d’un ethnocentrisme cynique de nos politiques. Il dispose de nombreux atouts, mais il traverse une dépression, nourrie par une présidence sans vision, une politique dépassée et morcelée par les ambitions personnelles des différents leaders dans un contexte international extrêmement difficile.

Maintenant, quelle orientation allez-vous donner à votre engagement pour la Guinée ?

Dès lors que cet engagement, dans ses ambitions, dépasse désormais le simple cadre de Guinée Pour Tous (GPT), je n’exclus aucune hypothèse.

J’ai toujours travaillé dans l’intérêt de la Guinée et des Guinéens. Depuis 2006 j’ai fondé l’ONG Guinée co-développement et signé une convention avec le gouvernement guinéen sur le volet développement solidaire. Je vais donc m’investir d’autant plus que la pauvreté augmentant, il faut aider le peuple encore davantage.

La Guinée est une très jeune démocratie et le danger est réel de voir revenir au pouvoir des dictateurs sanguinaires de tout acabit. Notre pays a donc besoin, et cela pour longtemps, de tous les Guinéens. Je poursuivrai donc inlassablement le travail commencé sur le terrain pour offrir un avenir meilleur à tous mes concitoyens.


Propos recueillis par Adjidjatou Barry Baud
pour GuineeActu.com


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