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Constitution guinéenne : le juriste Mohamed Camara revient sur les attributions du PM

Richard Tamone  Dimanche, 10 Janvier 2016 01:06

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CAMARA_Mohamed_01Il s’agit de l’universitaire Mohamed Camara qui, dans cet entretien, lève un coin du voile sur les attributions du locataire de la primature en se basant sur une lecture de la constitution guinéenne. Le juriste Mohamed Camara assure que le poste de Premier ministre a été institutionnalisé depuis 2010. Et que 7 articles lui sont consacrés à cet effet…


L’indépendant : Peut-on savoir quelles sont les attributions du Premier ministre selon la constitution guinéenne ?

Mohamed Camara : En application des articles 52 et suivants de la constitution guinéenne du vendredi 7 mai 2010, le Premier ministre a d’abord un poste constitutionnalisé en Guinée. Sur les 162 articles de la constitution, il y a 7 articles qui lui sont consacrés, les articles 52 et suivants. Le Premier ministre étant chef du gouvernement, il est donc nommé par le président de la République, qui peut le révoquer. Il est chargé de contrôler, tout en impulsant l’action du gouvernement. Avant le démarrage des activités du gouvernement, il propose non seulement la structure mais aussi la composition du gouvernement, c’est pourquoi il est nommé en premier.


Donc, c’est à lui de proposer la structure et la composition du gouvernement ?

Il a un pouvoir de proposition et non d’imposition. Donc il suggère au président de la République la structure du gouvernement. Pourquoi la structure du gouvernement est importante, c’est pour éviter le pilotage à vue.


C’est-à-dire ?

Imaginer qu’on nomme simplement des gens et après on se rend compte qu’on doit créer un autre ministère qui allait s’occuper de tel domaine en terme de priorité. On allait mettre les charrues avant les bœufs. C’est pourquoi, il est bon d’abord de présenter la structure du gouvernement avant de composer l’équipe.


C’est ce qui a été fait récemment ?

Exactement, c’est comme cela que ça se fait. On devrait éviter simplement de reproduire les schémas risqués du début de mandat 2010. Parce que là, il y avait des ministres qui avaient été nommés bien avant le Premier ministre. Et le Premier ministre avait été nommé avec 17 autres ministres en même temps. Pratiquement ce n’est pas une très bonne chose. Voilà un peu l’une de ses prérogatives. Aussi pour apaiser le climat social le Premier ministre en application de l’article 58 de la constitution, il doit nouer le dialogue avec les acteurs politiques et sociaux. Ça permet de calmer les esprits à travers la définition d’un calendrier de rencontres périodiques avec la classe politique, pour passer en revue les problèmes d’intérêts nationaux et puis comment négocier avec les structures syndicales, pour que le gouvernement puisse bénéficier d’une période de trêve syndicale. Donc, une période sabbatique permettant ainsi au gouvernement de continuer à poser des actes et à satisfaire le besoin d’intérêt général de la population sans être confronté à un certain nombre de mouvements de revendications grévistes.


En tant que citoyen que souhaiteriez-vous que le nouveau Premier ministre fasse pour l’intérêt général de la population guinéenne ?

C’est de se mettre au travail. Heureusement que lui a une chance en tant que Premier ministre, disposant de plusieurs cordes à son arc : étant issu du secteur privé, connaissant un peu l’administration aussi. A la limite, il a une marge de manœuvre qui dépasse certains autres Premiers ministres. Le treizième Premier ministre de la Guinée a une marge de manœuvre beaucoup plus grande en tenant compte de son background et de la multiplicité des cordes à son arc. Ce qui veut dire que si ce n’est pas ici, c’est ailleurs. Son travail avec le président de la République ne doit pas être un duo qui se transforme en duel. Ça doit être une complémentarité de manière à ce que le pays avance. Donc, l’exécutif a deux têtes. Ce duo-là ne doit pas créer un bicéphalisme au relent d’un duel. Ce qui peut envenimer la situation, ce qui n’est pas bon. Le pays a besoin de stabilité institutionnelle, de compréhension entre les institutions dans le respect d’application des normes et l’observation de tout cela par les citoyens, en le réalisant c’est une très bonne chose.


Toujours pour le bien de la vie nationale, que la société civile doit-elle faire?

La société civile doit être à équidistance entre les acteurs politiques et les gouvernants de manière à jouer son rôle qui est la force de proposition, d’alerte, de veille. Puis faire des esquisses de propositions concrètes pour que les choses bougent. Il faut également éviter le parti-pris, puisque c’est ce qui peut jouer beaucoup sur la société civile.


Vous parlez de propositions concrètes. Que voulez-vous dire par là ?

La société civile peut se réunir à tout moment pour se baser sur les réalités du terrain et remonter au niveau des autorités de manière à attirer leur attention sur la nécessité d’apporter des remèdes aux problèmes qui assaillent les populations à la base, en tenant compte d’une feuille de route de mise en œuvre pratique.


Entretien réalisé par
Richard Tamone
L’indépendant, partenaire de GuineeActu


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