Oumar Daroun Bah Lundi, 23 Mars 2015 19:11
Faya Millimouno, le président du Bloc libéral, dans cette deuxième et dernière partie de notre entretien, évoque entre autres : le passage en force d’Alpha Condé avec la mise en place de l’INIDH, le chronogramme électoral publié par la CENI, le problème d’insécurité en Guinée, la nomination de Boureima Condé en lieu et place d’un civil. Suite et fin.
L’indépendant : une autre revendication de l’opposition, c’est la dissolution de l’Institution nationale des droits de l’homme. Que reprochez-vous à cette institution?
Faya Millimouno : Ecoutez, ça c’est une situation tellement grave que dans d’autres pays le président Alpha Condé serait appelé. Parce que lorsque le président Alpha Condé prêtait serment en 2010, il a dit qu’il jurait de respecter la constitution et qu’il ferait respecter la constitution et les lois de la République dont il est le garant. Il a ajouté qu’en cas de parjure, en cas de haute trahison que les rigueurs de la loi lui soient appliquées. C’est de ça qu’il s’agit. Dans la constitution guinéenne il est prévu des rapports entre l’exécutif et le législatif. Nous sommes dans une république où la division des pouvoirs à la Montesquieu (exécutif, judiciaire, législatif) est de mise. Il y a donc un rapport que la constitution prévoit entre l’exécutif notamment et le législatif. Lorsque la seule institution en charge de voter des lois dans une république, l’assemblée, vote une loi, dans le cas des lois ordinaires, le président de la République a dix jours au maximum pour promulguer la loi. Dans le cas des lois organiques le président de la République doit d’abord s’assurer de la constitutionnalité de la loi auprès de la Cour constitutionnelle qui n’est pas en place encore, bien que nous ayons l’Assemblée en place depuis plus d’un an. Il y a eu une loi portant création de l’Institution nationale indépendante des droits humains qui a été votée depuis 2011. C’est une loi organique, elle devrait être promulguée depuis très longtemps. On a attendu fin 2014 pour la promulguer. Mais avant de la promulguer, on l’a falsifiée. Parce qu’au moment où on votait cette loi, pour ce qui saute aux yeux, il n’y avait pas encore le ministère des Droits de l’homme. N’est-ce pas ? Donc, les conseillers du CNT à l’époque ne pouvaient pas être des voyants ou des dieux pour savoir que quelques temps après il y aurait eu un ministère des Droits de l’homme et des Libertés publiques pour prévoir une place pour ce département-là dans l’Institution nationale indépendante des droits humains. Il y a également le fait que, non seulement le nombre des membres a changé, mais il y a des membres qui venaient des départements ministériels au sein de cette institution qui n’avaient pas droit au vote dans la première configuration de la loi votée par le CNT. Lorsque vous voyez l’institution qu’on vient d’installer, non seulement les représentants de l’administration ont un droit de vote, mais le nombre de cette institution a évolué dramatiquement. Ça, si le président de la république en a le droit de ne pas accepter une loi telle que votée par le CNT, il a le devoir de retourner pour une seconde lecture à l’assemblée nationale une loi dont il ne partage pas les dispositions. Ce n’est pas ce qui a été fait par rapport à l’Institution Nationale des Droits de l’Homme. C’est pour cette raison l’opposition dans un premier temps a procédé à un recours en annulation de la loi. C’est ce qui par ricochet doit donner lieu à la destitution de l’institution qui vient d’être installée. Dans un second temps, il sera question de poursuivre le président de la République pour parjure. Parce que dans une république, le président ne peut pas être à la fois l’exécutif, le judiciaire et le législatif. C’est ce que le professeur Alpha Condé veut devenir, il faut l’en empêcher. Il ne fait pas la preuve de quelqu’un qui a étudié le Droit, même pour un an. Même ceux qui n’ont jamais été à l’école pour étudier le Droit semblent aujourd’hui être plus respectueux de la loi que celui qui se dit avoir fait un doctorat en Droit. Voilà la raison pour laquelle l’opposition républicaine a procédé à ce recours pour l’annulation non seulement de la loi mais également la destitution de cette institution.
La CENI vient de publier le chronogramme des échéances électorales fixant la date du 11 octobre 2015 pour la tenue de la présidentielle et les communales en 2016. Quelle lecture faites-vous de ce calendrier?
Pour être précis il faut dire que ce n’est pas la CENI qui a annoncé la date. La CENI n’a fait que confirmer une date que le président de la République lui-même avait déjà annoncée sur les médias. Nous savions déjà de la bouche du président que l’élection présidentielle aurait lieu en octobre. Ce qui pose déjà le problème d’indépendance de la CENI. Donc elle n’est pas indépendante, elle est guidée par le président de la république, par le gouvernement. La deuxième chose, en 2016, ils veulent faire durer l’inégalité dans ce pays. Chose que l’opposition n’acceptera plus. Les dernières élections locales remontent en 2005, ce qui fait dix ans que nous n’avons pas fait de consultations au niveau local. Non seulement toutes ces communes sont trônées par les militants du parti présidentiel dans l’inégalité la plus parfaite, parce qu’une délégation spéciale ne pas avoir une durée de vie supérieur à six mois. Il y en a d’autres qui ont trois ans, d’autres deux ans, quatre ans. Il faut qu’on combatte cela de la manière la plus vigoureuse. Il y a eu un accord qui a été signé, ça c’est une question de respect du droit, du respect des accords. En 2013, l’accord avait prévu que les élections communales devraient avoir lieu avant la fin du premier trimestre de l’année 2014. Aujourd’hui elle est renvoyée à l’année 2015. Ça c’est une situation inacceptable et nous demanderons à nos militants et sympathisants de se donner les mains pour que l’inégalité prenne fin à la tête de nos communes.
Avec cette prise de position de l’opposition peut-on craindre une série de violences dans les semaines et mois qui suivent ?
S’il y a violence, le président de la République et le gouvernement seront entièrement responsables. Je ne crois pas que le président de la République ait prêté serment pour diriger la Guinée dans l’inégalité et dans la violation de la loi. Nous ne sommes pas sur la planète Mars, nous sommes sur la planète Terre, si le président Alpha Condé envoie à la mort et la violence dans la rue, cela va précipiter son départ.
Accompagnerez-vous le président Alpha Condé à la présidentielle en octobre si jamais cette date ne change pas ?
Le choix ne se pose pas en terme d’accompagner le président Alpha Condé ou de boycotter, le choix est d’aller à des élections transparentes et crédibles.
En ce qui concerne cette nomination du général Boureima Condé au MATD, pensez-vous que ce dernier pourrait satisfaire les deux parties, notamment la mouvance et l’opposition?
S’il y a un domaine dans lequel nous avons souvent un recul, une déception particulière au niveau de la gouvernance du professeur Alpha Condé, c’est au niveau du choix des hommes. C’est vrai que monsieur Alhassane Condé pendant quatre ans n’a pu absolument rien faire. Mais il est reconnu quand même comme un expert en administration du territoire, en décentralisation notamment. Il a occupé le poste de secrétaire d’Etat à la Décentralisation, au ministère de la Décentralisation en Guinée, en arrivant directement du Burkina Faso où il était expert en décentralisation. On vient enlever un expert pour mettre en place quelqu’un qui n’a semé que la terreur partout où il a passé. Les Guinéens se rappellent son passage à Bannakôrô, les Guinéens se rappellent son passage en Forêt, etc. Ça montre clairement au peuple de Guinée qu’on amène des gens qui ont utilisé dans le passé des méthodes révolues, des méthodes condamnables pour gérer le processus électoral en 2015. Nous disons au professeur Alpha Condé de faire un recul, c’est dangereux, pas seulement pour la République de Guinée, mais pour lui-même. Si Boureima Condé ne fait pas attention, il pourrait accompagner son mentor à la Haye.
A présent parlons de l’insécurité. Depuis un temps, l’insécurité gagne du terrain à Conakry, un ancien ministre a été tué par balles, certains hommes publics reçoivent des menaces de mort presque tous les jours, qu’est-ce que vous inspire cet imbroglio ?
Je crois que souvent quand nous autres parlons, on a comme l’impression qu’ils pensent qu’on est en train d’exagérer. Il y a longtemps que nous avons dit qu’il y a des commandos de la mort en République de Guinée. Il vous souviendra, lorsqu’il y a eu cette fameuse attaque au domicile d’Alpha Condé en 2011, nous étions tous menacés. Tous ceux qui étaient des leaders d’opinion en Guinée étaient menacés. A l’époque, Bah Oury, qui s’est retrouvé en France, Mouctar Diallo, Etienne Soropogui, Dr Oussou Fofana et moi on s’était réfugié au domicile de Mouctar Diallo. On y a fait près de trois mois. A l’époque, on disait aux Guinéens qu’il y avait un commando de la mort en Guinée. En fait, la criminalité que nous constatons aujourd’hui, qui terrorise nos quartiers, nos villes et routes, l’Etat n’est pas innocent par rapport à cela. Nous l’avons dit de façon répétitive, les gens semblent ne pas comprendre. Mais il y a eu un dernier évènement qui vient corroborer cette dénonciation; il y a un certain Junior qui a été arrêté suite à l’assassinat de Madame Boiro. Mais par après il s’est retrouvé dehors. Et, récemment, il fut arrêté à N’Zérékoré. Aussitôt arrêté, on a voulu l’assassiner. N’eût été le procureur de N’Zérékoré, il ne serait plus en vie probablement. Le monsieur dans une interview exclusive qu’il vient d’accorder, dit craindre pour sa vie. Parce que, à la tête d’une ONG selon lui, il s’occupe des questions de sécurité, il connaîtrait des secrets dont l’Etat et les tenants du pouvoir voudraient éviter qu’ils soient connus du grand public. Il craint pour sa vie, et je crois que c’est une déclaration qu’il faut prendre très au sérieux. A supposer qu’il soit effectivement un criminel, il faut qu’il fasse l’objet d’une procédure judiciaire normale jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie. Dans une République comme celle que nous ambitionnons, c’est comme ça que les choses devraient se passer. Mais si, comme il le dit, il n’est pas effectivement le criminel comme on le décrit, il est aussi du devoir du peuple de Guinée, des institutions de la République, de le protéger face à un pouvoir qui use de la violence, de la terreur pour ne pas maîtriser la situation. Parce que de la même manière que nous avons pointé du doigt l’Etat, le monsieur Junior qui est aujourd’hui à la maison centrale où il est décrit qu’il est isolé dans une chambre secrète, il semble pointer du doigt l’Etat. Il aurait cité de hautes personnalités de ce pays qui commanditeraient la mort des gens. Ce qui veut dire que contrairement à ce que les gens ont toujours voulu faire croire, les gens qui tuent comme ceux qui ont tué par exemple Diaouné, paix à son âme, c’est des gens en uniforme. Ecoutez, les uniformes militaires, de la police, de la gendarmerie ne se vendent pas à des coins de rue. Ce sont des commandes spéciales de l’Etat. Et, c’est des gens qui utilisent des balles que seul l’Etat peut commander. Ce qui veut dire que, ou l’Etat est effectivement derrière tous les assassinats que nous sommes en train de vivre par calcul politique de semer la terreur pour faire peur aux gens et imposer une dictature, ou alors l’Etat est suffisamment incompétent. Dans les deux cas l’Etat guinéen a besoin d’un leader. Voilà la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.
Nous allons parler de l’affaire Salématou Camara, une femme qui a perdu la vie après avoir accouché à même le sol au CHU de Donka. Que vous inspire cette situation qui met à nu le dysfonctionnement du dispositif sanitaire dans nos centres hospitaliers ?
Vous savez lorsque le professeur Alpha Condé est arrivé au pouvoir, il a commencé à déclarer gratuite la césarienne. Ce sont des déclarations populistes qui ne résolvent aucun problème. Nous savons que nos mamans, nos sœurs, dans les centres de maternité, font face à des problèmes réels. Aujourd’hui nous parlons du cas de la dernière victime, paix à son âme. Mais tous les jours les femmes meurent, parce qu’on ne s’occupe pas d’elles. Comment peut-on trouver une société dans laquelle une femme en travail peut être abandonnée à elle-même ? Sauf dans les centres de santé dans notre pays. Le fond c’est quoi ? Notre système de santé est le plus mal financé de toute la sous-région. Au niveau international, les recommandations font état de 15% des budgets nationaux à consacrer à la santé. Vous savez quel est le pourcentage qu’on consacre à la santé dans notre pays ? L’année dernière, c’était 2,74% ce qui donc donné un terrain vide à Ebola de continuer à tuer aujourd’hui. Après beaucoup de critiques, aujourd’hui ça plafonne à 3%. Vous allez dans les centres de santé de notre pays, ceux-là qui travaillent nuit et jour sont des stagiaires qui ne sont pas des fonctionnaires, qui ne sont pas employés par l’Etat et qui, donc, n’ont pas un salaire régulier. Ils sont là en tant que stagiaires, ils se débrouillent. Dans un pays normal on ne peut pas confier la santé d’un être humain qui n’est pas certifié, qui n’a pas toute les certifications nécessaires. En Guinée, n’importe qui peut porter une blouse à l’hôpital et puis le tour est joué. Voyez comment pullulent les pharmacies par terre, comment pullulent les centres de santé un peu partout. Ce qui sort complètement de toute réglementation. Il y a des dysfonctionnements encore très sérieux, il n’y a pas en fait un seul domaine dans lequel aujourd’hui nous pouvons dire ici ça va. Tous les domaines de la vie nationale sont dans le rouge. C’est pour vous dire que le bilan du président Alpha Condé, c’est l’un des bilans les plus catastrophiques que le peuple de Guinée a eu à connaître.
Toujours dans le domaine de la santé, que pensez-vous de l’objectif « Zéro Ebola en soixante jours » de la coordination ?
D’abord avant les soixante jours pour vaincre Ebola, il y a eu six mois d’abord pour vaincre Ebola. Les six mois ce sont écoulés, Ebola continue sa marche, sa propagation. Ebola continue à tuer sur le territoire national. On a décrété effectivement soixante jours pour vaincre Ebola, les soixante jours sont terminés. Il parait qu’il y a un second soixante jours qui sont en cours. Ceux-là avec d’autres pays de la sous-région ouest-africaine. Peut-être qu’il y aura encore un autre soixante jours. Retenez une chose, quand Alpha Condé a dit d’Ebola que c’est une opportunité, ça veut tout dire. Il y a des membres de son administration qui se félicitent qu’Ebola soit venu en Guinée, parce qu’Ebola permettrait de construire des milliers de centres de santé. Je ne sais pas si vous voyez. Comment peut-on devenir aussi insensible à la vie humaine que de considérer que la mort de milliers de personnes est une opportunité, que ça permet de construire un millier de centres ? Même si cela est vrai que ça permettrait de construire un millier d’hôpitaux ou de centres de santé, comment peut-on comparer la vie des êtres humains à un bien matériel ? Ça c’est la caractéristique majeure de la gouvernance du professeur Alpha Condé aujourd’hui. Tant qu’Ebola sera là, l’argent viendra de l’extérieur et on ne sait pas où on va l’utiliser, qu’est-ce qu’on en fait. Jusqu’aujourd’hui ce sont des individus ordinaires, je viens de vous le dire, le BL, malgré notre jeune âge, malgré les moyens limités des partis politiques surtout de l’opposition, nous avons acheté des kits pour envoyer à l’intérieur du pays, c’est comme ça qu’on peut combattre cette maladie. L’argent qu’on envoie, les dons qu’on fait, on ne sait pas qu’est-ce qu’on en fait. C’est vous les médias qui nous avez rapporté qu’une glaciaire contenant des échantillons de virus Ebola avait été volée dans un transport en commun. Allez voir ce qu’on appelle les centres de traitement, ce sont des maisons réquisitionnées par-ci par-là. C’est la raison pour laquelle, ici les jeunes d’Yimbaya ont dit que non, on n’implante pas ça ici (Ndlr, centre de traitement de lutte contre Ebola). Jusque-là on continue à vivre drame après drame.
Je crois que pour qu’Ebola finisse, il faut que le professeur Alpha Condé parte. Parce qu’aussi longtemps qu’il va continuer à considérer que c’est une opportunité, Ebola sera là. Parce qu’il ne va pas se débarrasser de son opportunité, maintenant qu’il a eu, l’opportunité d’avoir de l’argent, d’avoir des biens matériels qui restent pour la plupart à l’extérieur. Du moment qu’on sort l’argent qui a été notamment saisi à Dakar, si on fait un don en France ou ailleurs, il préfère mettre ça dans des comptes ailleurs là-bas. Ce qui fait que notre système de santé continue de vivre dans des conditions piteuses. Nos médecins, nos agents de santé continuent à courir des risques et continuent à mourir d’Ebola, et les Guinéens continuent à mourir, c’est l’opportunité qu’ont trouvée le professeur Alpha Condé et son administration.
Alors, vous l’avez dit, Ebola c’est beaucoup d’argent, beaucoup de fonds. Récemment les médias ont fait écho de supposées malversations financières qui impliqueraient la femme du ministre de la Communication et celle du ministre de la Santé. Que pensez-vous de la gestion financière autour de cette maladie?
Même en citant la femme du ministre de la Santé, du ministre de la Communication, vous êtes en train de toucher les petits poissons. Les gros poissons, il faut aller les chercher à la Présidence, il faut aller les chercher dans les sphères de la grande administration. Ce qui est clair, si le professeur Alpha Condé lui-même a dit que c’est une opportunité, c’est que lui-même profite de cette opportunité. Ses cadres, chefs de cabinet, ministres, sont en train de profiter de cette opportunité. La situation de la gestion en général, c’est comme tous les autres domaines. Prenez les travaux publics, quel est le marché aujourd’hui qui n’est pas offert de gré à gré ? Je suis allé à Dinguiraye, où les populations en ont marre. Il y a un marché qui a été donné depuis je ne sais combien d’années à une société qui a perçu l’argent. Tous les ans on creuse quelques mètres de caniveaux, la boue est partout, la poussière aussi. Les populations veulent se soulever là-bas à Dinguiraye pour y mettre fin. Tous les secteurs de la vie nationale sont dans une situation indescriptible, la mal gouvernance est partout. Le domaine de l’énergie, c’est le professeur Alpha Condé qui a lui-même dit avoir financé l’énergie plus que l’ensemble de tous les gouvernements avant lui. Mais il n’y avait pas de tour-tour, ça c’est un fait. L’argent qu’on dit avoir investi n’est pas un bilan, c’est ce que vous réalisez qui est un bilan. Montrez-nous ce bilan-là. Je crois qu’il faut chercher des loupes. Des gens veulent nous montrer des hôtels qui seraient en train… (il ne termine pas sa phrase), mais c’est des fonds privés. Vous croyez que ça c’est un mérite pour un président de donner des terres qui appartiennent à des pauvres gens ? Combien de fois nous avons entendu des cris de nos frères qui étaient le long du littoral ici où on est en train de présenter aujourd’hui un hôtel qu’on dit avoir construit en milliards de dollars ? Si c’est cela le bilan, prendre des terres qui appartiennent à des pauvres pour les donner à des intérêts pour venir construire des hôtels. Non ! Ce n’est pas la préoccupation des Guinéens.
Intéressons-nous maintenant à la liberté de la presse. Récemment un de nos confrères journalistes de guineematin a été violenté par un gendarme et il y a aussi l’affaire Mouctar Bah, le correspondant de RFI en Guinée. Peut-on dire que la liberté de la presse est menacée en Guinée ?
Ecoutez, le professeur Alpha Condé vient de dire qu’il n’y a pas de journaliste en prison. Oui, il peut ne pas y avoir de journaliste en prison, mais ne pas permettre aux journalistes de pas faire leur travail... Des situations où les militaires, les gendarmes, les policiers s’attaquent à des journalistes dans l’exercice de leur métier, ces cas-là ne se comptent plus par dizaines mais par centaines. Donc s’il se félicite qu’il n’y ait pas de journalistes en prison, il y a combien de journalistes qui ont été violentés dans l’exercice de leur travail ? Le cas de Mouctar qui a été correspondant de RFI depuis plusieurs années, après tout, c’est à RFI de choisir à qui confier la correspondance ici en Guinée, à qui confier la correspondance au Mali. Comment on peut dire non, on ne peut pas accepter tel, on ne peut pas accepter telle ? Quelle est la raison ? Parce qu’il tend le micro aux citoyens ordinaires pour décrire la situation macabre dans laquelle ils vivent ? C’est ça le crime qu’il a commis ? J’étais à l’intérieur du pays quand j’ai entendu qu’il y a une association qui s’est formée à la tête de laquelle se trouve Robbie (Ndlr, Robbie Sarah journaliste à la Radio et à la télévision Espace) pour se battre pour le respect de droit de Mouctar. Nous ajoutons notre mot pour dire que nous soutenons cette initiative au nom du Bloc libéral. Nous encourageons l’association qui est en train de se battre pour l’un de nos compatriotes dans l’exercice de son métier.
Pour terminer, une question « bête ». Si on vous demandait de donner cinq bilans positifs et cinq autres bilans négatifs du professeur Alpha Condé, que répondriez-vous?
Bilans négatifs, j’en ai beaucoup dit. Le positif, il faut vraiment regarder, il faut vraiment chercher pendant des heures. Ceci est une interview de quelques minutes, si je dois maintenant dire cinq choses de bon qu’Alpha a faites, ça va nous prendre au moins deux jours pour trouver. Parce que très honnêtement, ce n’est pas une manière de nier, j’avais apprécié quand on a dit unicité des caisses, parce que j’ai vu des pays où l’unicité des caisses est appliquée. Pour savoir ce qu’on a et pour mieux dépenser ce qu’on a, il faut d’abord chercher à savoir ce qu’on a exactement. Mais en disant aux Guinéens qu’on va faire l’unicité de la caisse, il a choisi de ne pas le faire le premier jour. Parce que tout l’argent qu’il a collecté çà et là, il n’y a pas un sou qui a été mis dans la caisse. Le négatif, ça c’est partout. L’économie est aujourd’hui à plat, on va accuser Ebola. Mais avant Ebola, la BADAM avait déjà fait faillite, la SOTELGUI avait déjà disparu, Fria avait déjà fermé, les sociétés minières étaient déjà parties, mettant au chômage des dizaines de milliers de travailleurs qui avaient des dizaines de milliers de familles. Donc mettant ainsi KO des millions de personnes. Ce que je peux dire en un mot, Alpha incarne le mal. Au-delà de sa personne, il doit penser à l’avenir de notre pays. En ce qui me concerne, il est du devoir de chacun, ensemble, de se donner la main. Durant cette année électorale, Alpha Condé sera compté parmi les anciens présidents.
Oumar Daroun Bah
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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