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Chronogramme électoral : comment Bakary Fofana a piégé l’opposition à Kindia

Richard Dassassa   Mercredi, 18 Mars 2015 19:22

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KABA_Mohamed_Lamine_01Le président du parti Force des intègres pour la démocratie et la liberté (FIDEL), Mohamed Lamine Kaba, était parmi les participants au séminaire organisé par la CENI à Kindia, dans le cadre de la fixation du calendrier électoral. Il relate dans cet entretien les circonstances dans lesquelles l’opposition a été mise devant le fait accompli.


Le Démocrate : Vous étiez un des participants au séminaire organisé par la CENI à Kindia. Peut-on savoir votre réaction sur le chronogramme électoral publié par la CENI?

Mohamed Lamine Kaba : Nous avons été à l’atelier de planification des opérations électorales qui a eu lieu à Kindia. Les groupes des partis politiques ont été invités. Je suis allé au nom de la coordination de l’opposition extra parlementaire dont le parti FIDEL est membre. En marge de ce séminaire deux actes ont été posés.


Lesquels ?

Il s’agit de la création d’un comité interpartis, qui doit s’occuper un peu des réunions des partis politiques et de la CENI. Un deuxième acte, ce sont les deux dates des élections, dont la présidentielle pour le 11 octobre 2015, et les élections communales et communautaires programmées elles, au premier trimestre de l’année 2016. Chose que nous avons désapprouvée.


Pourquoi ?

Pour répondre à cette question, je voudrais vous rappeler l’historique de la chose. Le premier dialogue a eu lieu le 3 juillet 2013 et à cette occasion il a été dit que les élections communales et communautaires devraient être organisées d’ici la fin de l’année 2013. Ce qui n’a pas eu lieu pratiquement toute l’année 2014. Nous avons tenu une deuxième séance de ce dialogue. C’était encore au mois de juillet, 2014. Il était clairement ressorti dans le relevé de conclusions que nous avons fait qu’on doit d’abord recruter un premier opérateur. Ce premier opérateur devait s’occuper de la correction des anomalies au sein du fichier électoral et organiser les élections communales. Et après recruter un deuxième opérateur qui devait faire la révision du fichier électoral pour organiser les élections présidentielles. Donc la préséance était bien définie mais à notre grande surprise, on a inversé cette préséance, ce que rien ne peut justifier. Le jour où maître Kébé a parlé, personne n’a compris les arguments qui fondent cette décision de la CENI, d’organiser les élections présidentielles avant les élections communales. On sait très bien que la durée des délégations spéciales qui sont à la place de ces élus, c’est trois mois renouvelables. Donc, 6 mois sont écoulés déjà, nous courrons vers la quatrième année. Revenant sur les élections, il faut rappeler que dans la loi de finances initiales 2014, une ligne budgétaire a été clairement affectée à l’organisation des élections communales et communautaires, c’est 146 milliards francs guinéens. Donc nous, nous croyons que rien ne peut justifier la non-tenue des élections communales. Cela n’a pas été fait, nous désapprouvons cette mesure et nous croyons que la CENI reviendra à la raison.


Comment qualifiez-vous cela?

Justement, il faut reconnaître que la CENI est une organisation inerte, aphone, elle n’agit que sur l’instruction de l’exécutif. Qui tire des ficelles à travers les délégués à la tête des différentes mairies pour pouvoir favoriser le candidat du parti au pouvoir.


Dites-nous, comment les choses se sont passées à Kindia ?

Il faut rappeler d’abord tout ce que je viens de vous dire là, le chronogramme qui a été fait lors du dialogue 2014. La CENI était d’accord, l’opposition était d’accord, la mouvance était d’accord, l’administration était d’accord. Tout le monde était d’accord, même si ce relevé n’a pas été signé. Mais c’était d’un commun accord, le cadre était flexible. Il n’y a pas eu de contradiction. Mais quand ils sont allés faire le compte rendu au président Alpha, après, ils sont venus nous présenter un torchon que nous avons rejeté. Pour répondre à votre question, comment les choses se sont passées, il faut indiquer que c’est à l’ENI de Kindia que le séminaire a été tenu. Pendant que nous étions en pleine séance, à notre grande surprise, nous avons vu des pickups qui s’alignaient avec plusieurs militaires. On a cru que c’est le président de la République qui a fait irruption dans la cour de l’ENI. Mais finalement qui est sorti du véhicule avec tout un bataillon, c’était monsieur Bakary Fofana, président de la CENI. On était surpris, on ne comprenait pas ce qui pouvait justifier la présence de toute une armée qui l’accompagnait. Nous avons finalement compris qu’il y a une décision impopulaire qui allait tomber et nous avons vu ces hommes qui arpentaient les escaliers, pour lui ouvrir des portes. Il est rentré dans la salle, il s’est s’installé, il prend la parole de façon laconique. Il nous donne ces deux dates, tout le monde à mon avis était surpris. Quand maître Kébé a pris la parole pour justifier la préséance de l’organisation des élections présidentielles et communales, le modérateur qui était là, n’a pas voulu qu’on pose de questions. Il a dit que maintenant tout est clair, il n’y a pas lieu de poser de questions. J’ai levé ma main, je dis, je demande la parole et quand j’ai pris la parole, j’ai attaqué le premier comité qui a été mis en place. Ce comité dont on parle, regarde leur papier. Il n’y a même pas de signature alors que ça été bien une décision qui a été faite par la CENI. Mais qui n’est pas signée et qui parle de la mise en place du comité inter partis, un comité animé exclusivement par les commissaires de la CENI. Or, quand nous étions au dialogue, comme il y avait une crise de confiance qui s’était installée entre la CENI et les partis politiques, on a jugé nécessaire que toutes les parties c’est-à-dire la mouvance, l’opposition, la CENI, nous sommes tombés d’accord pour mettre en place un comité de veille et un comité de suivi, les deux comités qui normalement devaient avoir un droit de regard sur le processus et venir rendre compte aux partenaires et aux acteurs politiques. Voilà, ce qu’on a fait, à la place de ces deux comités de veille et de suivi, on a mis en place un comité. Vous pouvez voir, les partis politiques n’en font pas partie. Ils n’ont aucun pouvoir donc, c’était d’abord ma première remarque. La deuxième remarque, j’ai posé la question de savoir : est-ce qu’il y a quelqu’un dans la salle qui doute qu’à cause de la CENI, l’Etat guinéen a perdu 1 500 mille milliards francs guinéens ? J’ai dit est-ce qu’il y a quelqu’un dans la salle qui doute qu’à cause des actes posés par la CENI, nous avons enterré plus de 60 Guinéens ? Est-ce qu’il y a quelqu’un dans la salle qui n’est pas d’accord qu’à cause des actes mal posés par la CENI, les commerçants ont perdu 50 milliards de francs guinéens ? Est-ce qu’il y a quelqu’un dans la salle qui doute qu’il y a plus de 30 personnes qui sont paralysées à vie à cause de la CENI ? Pourquoi cette organisation continue-t-elle d’abuser de la population guinéenne ? Lorsqu’on sait que dans les pays voisins comme le Sénégal, c’est l’administration qui organise les élections. Mais si le parti au pouvoir perd, il n’y pas de souci. C’est ça la démocratie, pourquoi cette CENI ne s’améliore-t-elle jamais ? C’est ce que j’ai dit, qu’ils abusent de la patience de la population guinéenne et si quelque chose de mal arrivait à la population guinéenne, ils seront tenus pour responsables. Bien avant cela, le modérateur s’est précipité pour me retirer le micro. J’ai dit non, j’ai été invité, il faudrait que j’aie la parole, j’ai insisté. Finalement, j’ai dit ce que j’avais à dire. Mais je vous assure qu’il courait pour me retirer le micro mais le message était déjà parti.


A votre avis, est-ce que les commissaires de la CENI étaient surpris de la communication de Bakary Fofana ?

Dans la salle apparemment non. Il y avait Etienne Soropogui, au moment où on donnait la date, lui était arrêté dehors. Je ne savais pas exactement quelle est la raison qui expliquait ça.


Qui étaient les participants lors de ce séminaire?

Le président de la CENI est venu et quand il a donné ces dates, il est parti, il y avait le vice-président qui était là-bas.


Outre les commissaires de la CENI, qui étaient les participants ?

Il y’avait un représentant de la coordination de l’opposition extra parlementaire, trois représentants des partis politiques de l’opposition si vous voulez parlementaire, un représentant du centre, un représentant du BOC, trois représentants de la mouvance et aussi la société civile était là, les partenaires techniques : l’Union européenne, NDI, en un mot les organisations qui accompagnent la CENI.


Pour finir, monsieur Kaba, que pouvez-vous dire par rapport à ces deux dates fixées par la CENI ?

Je crois que ce n’est pas sérieux, rien ne peut justifier ce qui est en train de se passer. Il faut qu’on revienne à la raison. Il faudrait qu’on accepte que la démocratie n’est contre personne, la transparence n’est contre personne. Qu’on accepte d’organiser les élections, de ne pas s’appuyer sur des délégués spéciaux pour pouvoir frauder les élections. Sinon, si ce n’est pas sur cette intention, je pense que rien ne peut justifier ce genre de comportement de la CENI.


Richard Dassassa
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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