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Elie Kamano : « le président Alpha a voulu me corrompre avec 40 millions pour que je chante à Kaleta »

Saidou Barry  Mercredi, 08 Octobre 2014 17:37

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KAMANO_Elie_4_01Elie Kamano avait réussi à occuper la première place de la tribune des reggaemen de Guinée. De nos jours, son image devient plutôt moins présente sur la scène musicale, mais il reste quand même un acteur engagé. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, l’artiste évoque des sujets qui défraient l’actualité et l’évolution de la musique urbaine en Guinée.


Afrique zoom : Elie Kamano , hier artiste hip-hop , aujourd’hui artiste reggaeman, et vous réussissez toujours à fasciner vos fans. Dites-nous ce qui a motivé cette migration artistique.

Elie Kamano : c’est parce que le rap n’avait plus d’avenir à mes yeux et objectivement, que j’ai décidé de changer de fusil d’épaule. Il y a trois raisons qui m’ont poussé à faire la musique. La première c’est parce que j’ai toujours voulu me faire entendre. La deuxième, je voulais atteindre le niveau de ceux qui se sont fait entendre à l’échelle mondiale et la troisième, c’était pour gagner ma vie.


Nous constatons que le dance-all a pris le dessus sur le rap, comment parvenez-vous à remonter la pente ?

Non mon frère ! C’est le contraire, aujourd’hui, le rap est mort en Guinée, et le dance-hall ne va jamais dominer, parce que les deux plus grands artistes de la musique urbaine et toutes catégories confondues, c’est Takana Zion et Elie Kamano. Et personne ne peut dire le contraire et mes rapports avec Takana sont bons. La jeunesse guinéenne doit être fière d’avoir deux grands artistes qui ont dépassé les frontières pour s’affirmer à l’étranger. Et quant à notre divergence, elle est d’ordre idéologique mais nous luttons pour la même cause.


A l’image du mouvement « y en a marre » au Sénégal, vous avez lancé un mouvement appelé « je n’en veux plus ». Dites-nous les raisons et quelles sont les méthodes de travail ? N’êtes-vous pas en train d’aller sur un terrain qui n’est pas le vôtre ?

J’avoue qu’aujourd’hui, je suis connu comme un artiste qui réveille les consciences. Mon combat et ma lutte ont fait de moi un artiste de premier plan dans ce domaine. Comme Thomas Sankara l’avait fait, je dois me lever pour changer le pays. Je l’avais déjà fait au temps de Lansana Conté. Souvenez-vous de mon album, où j’ai dénoncé farouchement le système jusqu’à son écroulement. Même chose avec le régime de Dadis Camara, même étant forestier. Et après, j’ai observé 4 ans de silence pour donner la chance à la démocratie pour laquelle je me suis battu. Mais j’ai constaté que cette démocratie est aujourd’hui malade et très malade. Parce que les personnes qui sont censées être la solution, sont devenues un problème. Après analyse, j’ai compris que ces gens-là ne peuvent pas être chassés par une chanson. Il faudra maintenant joindre les paroles aux actes. Je ferai en sorte que le mouvement «  je n’en veux plus » réussisse à se débarrasser d’Alpha Condé en 2015. Comme l’avait fait le mouvement « y en a marre » avec le président Wade. Et je ne vais pas fuir cette dictature, Dadis a été le premier et il sera le dernier.


Vous êtes un artiste « neutre », pourquoi êtes-vous dur contre le président Alpha Condé ?

Alpha Condé n’est pas guinéen. Son vrai nom, c’est Alpha Koné. Il a falsifié son extrait de naissance en 1990. Son père vient du Burkina-Faso. Il est mossi balafré. C’est pourquoi, quand vous allez à Mafanco, que vous demandez le foyer mossiah, les gens vous montrent sa maison. De plus, la mère d’Alpha Condé ne vient pas de Boké, elle vient du Mali. Si vous constatez, beaucoup de contrats sont aujourd’hui donnés aux Burkinabés et aux Maliens et c’est déplorable. C’est comme si en Guinée, on n’avait pas d’entreprises. Le président Alpha a voulu me corrompre, il m’a donné 40 millions pour aller chanter devant Kaléta. J’ai mangé l’argent et j’ai refusé d’aller avec lui.


Quel regard portez-vous sur les événements de Womey ?

La situation de la fièvre Ebola a été mal gérée en Guinée. Pour les cas d’assassinats survenus à Womey, comment comprenez-vous que les bourreaux deviennent enquêteurs ? Je crois que ça appelle à réfléchir.


Votre dernier mot à propos de l’Afrique et des événements de ces derniers temps ?

Je suis un artiste panafricain, mais je regrette de constater le problème d’intégration dans la sous-région. Moi, j’ai été à la frontière de l’Ethiopie. Là, pour passer, on m’a demandé le visa alors que l’Ethiopie abrite le siège de l’Union africaine (UA) et c’est regrettable. Le FMI qui nous donne de l’argent, la CPI et les autres contribuent à notre échec. Il faut donc une monnaie continentale, une armée continentale et une véritable intégration.


Propos recueillis par Saidou Barry


Source : afriquezoom.info


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