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Sékou Chérif Fadiga, membre de la direction nationale du parti « GPT », rend son tablier

Adjidjatou Barry Baud  Dimanche, 27 Avril 2014 17:22

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FADIGA_Sekou_Cherif_3_01Un peu plus d’une année après avoir adhéré à GPT, le parti de Kassory Fofana, suite à son départ de l’UPR, Sékou Chérif Fadiga a décidé de quitter son nouveau parti en raison de divergences avec la direction. Il s’en explique dans sa lettre de démission que nous publions ci-dessous et dans l’interview qu’il nous accordée.


« A Monsieur le Président de "GPT"

Il y a plus d’un an maintenant, juste après mon départ d’un parti concurrent qu’il n’est pas nécessaire de nommer, je m’engageais à vos côtés dans GPT, pour m’avoir sollicité à venir travailler avec vous, en y apportant mon expérience et mon savoir-faire. Compte tenu des relations d’amitié qui nous unissent et surtout à cause de l’identité de vues et de la similitude de jugement, je n’avais pas hésité un seul instant à vous rejoindre dès lors que votre parti et moi-même étions dans la contestation de la gouvernance de l’actuel président de la République que nous avions contribué à porter au niveau de responsabilité qui est aujourd’hui le sien ; sans doute incarnait-il à nos yeux le meilleur choix pour notre pays. A notre décharge, dès que nous avions constaté des dérives en tout genre, nous avions aussitôt exprimé notre désaccord, rejoignant ainsi l’opposition républicaine jusqu’à l’avènement des dernières élections législatives qui se sont déroulées dans des conditions que je laisse à l’appréciation des Guinéens.

Permettez-moi, Monsieur le Président de GPT, de vous faire observer que j’ai fait mes classes politiques dans un environnement où les cadres sont habitués, avant toute décision qui les engage, à débattre des questions d’intérêt général et de stratégies lisibles par l’opinion nationale. Malheureusement, il n’y a eu à ma connaissance, au sein de GPT, aucun débat sur la stratégie, sur les alliances, sur le choix des hommes et des femmes, et sur le positionnement du parti. Tout se passe sans concertation pour ne pas dire en silence. Personne ne sait de façon objective si GPT inscrit désormais son action dans le soutien à la politique du gouvernement ou dans celui d’une opposition affirmée et déterminée. Puisque le débat politique a besoin de clarté, je ne puis m’accommoder de la seule réponse du "Ni l’un, ni l’autre".

M’adressant à l’opinion nationale, voici que depuis la fin de la dictature du parti unique, notre pays ne cesse de souffrir des tergiversations et des ambigüités de son élite intellectuelle, des égoïsmes de ses forces morales et spirituelles qui ont pris pour habitude de toujours se ranger du plus côté du plus fort du moment, c'est-à-dire le détenteur du pouvoir même quand tout va mal. M’inscrivant dans une dynamique qui va dans le sens de l’histoire, je décide avec un réel pincement au cœur, de mettre fin à ma participation aux activités de GPT.

Très sincèrement.

Sékou Chérif Fadiga »


Interview Sékou Chérif Fadiga

GuinéeActu : Nous venons d’apprendre votre démission de GPT, parti auquel vous aviez adhéré, il n’y a pas si longtemps. Peut-on connaître les raisons concrètes qui vous ont poussé à cette démission ?

S. C. Fadiga : Je quitte GPT tout simplement parce que j’ai des divergences politiques de fond avec sa direction, notamment sur son orientation, sur son mode de fonctionnement et sur son positionnement sur l’échiquier politique. En agissant ainsi, je ne suis ni dans une errance, ni dans une posture d’insatisfaction, et encore moins dans une transhumance. Mes convictions restent les mêmes et je veux juste être utile pour mon pays.


Si l’on comprend bien, soupçonneriez-vous GPT d’être de connivence avec le pouvoir ou de se détourner de l’opposition républicaine ?

C’est son droit le plus absolu d’adopter la position qu’il veut ; mais en ce qui me concerne, je ne me confinerai pas dans un navire qui navigue à vue. Comme le faisait remarquer, à juste titre, Edwy Plenel : « L’homme n’est jamais meilleur que quand il sait dire NON pour veiller sur ses semblables, notamment les plus fragiles, victimes de l’injustice. C’est à ce prix qu’il est dans la vérité ». C’est aussi mon avis. La vérité historique, il faut la provoquer dans notre pays pour nous sortir du mensonge, en l’occurrence le mensonge d’Etat. Quelle est la seule formation politique sérieuse, aujourd’hui en Guinée, qui peut prétendre agir sur l’opinion si elle n’est pas dans une alliance digne de ce nom ? Il n’en existe aucune ; ni dans un sens, ni dans l’autre. D’où la raison, encore une fois, de mon départ de GPT.


A vous entendre, vous êtes là en opposition avec la gouvernance du président Alpha Condé, non ?

C’est le moins qu’on puisse en dire, et permettez-moi de faire observer qu’il ne s’agit pas d’une opposition crypto-personnelle, puisque j’avais soutenu le candidat Alpha Condé au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2010. On nous a fait croire qu’au sortir de cette consultation électorale, la vie serait comme une fontaine d’eau pétillante, et à la place, on veut transformer notre pays en un ruisseau de sang et de larmes, pour nous fixer dans la résignation. Ne pas admettre cela, c’est être dans le déni de la réalité.


Peut-on savoir maintenant pour quel parti bat votre cœur ?

Les affaires de cœur se gèrent sans tintamarre. Ce qui est sûr, je ne resterai pas inactif et je ferai connaître mon choix en temps opportun.


Interview réalisée par Adji Barry Baud


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