Mamadou Dian Baldé Lundi, 10 Mars 2014 17:04
En marge des travaux de la conférence sur l’économie verte qui s’est tenue à Oran, notre reporter a posé deux questions au représentant de François Hollande à cette grand-messe, Nicolas Hulot, une star de la télévision française. Des questions relatives aux enjeux de cette rencontre aux yeux de Paris.
L’indépendant : quelles sont vos attentes par rapport à cette conférence sur l’environnement qui a lieu en ce moment dans la Wilaya d’Oran ?
Nicolas Hulot : Cette conférence, elle a été initiée par l’Algérie. C’est l’ensemble des États africains qui se réunissent pour voir ce qu’ils peuvent faire à leur niveau par rapport aux nouveaux enjeux universels que sont l’érosion de la biodiversité, la désertification, les enjeux climatiques, la raréfaction des ressources. Donc moi je suis un peu un intrus ici. J’ai été invité par la présidence algérienne, simplement pour écouter ce que l’Afrique peut faire de son côté. Et ce que l’Afrique attend elle, des États du nord et des pays de l’ouest pour l’aider, à la fois à la transition écologique, à la transition énergétique. Ce que j’attends aussi de l’Afrique, c’est de voir comment elle voit la possibilité de rentrer dans ce que l’on appelle la transition écologique et énergétique, et notamment dans l’économie verte, de voir qu’elle a sa part de solution, en faisant à l’instant le tour de l’exposition ici, je m’aperçois qu’il y a des agences, des PME, des entreprises, qui ont déjà dans le traitement de l’économie verte. Visiblement les pays africains, notamment l’Algérie ont identifié maintenant cet enjeu, ils ne restent pas passifs. Moi ce qui m’intéresse, c’est que l’Afrique d’une manière la plus précise, nous dise ce qu’elle attend de la conférence de Paris. Quelle sont pour elle les préalables pour qu’à Paris, il y ait un accord global et universel. J’attends pour pouvoir relier auprès de mon président, de connaître les conclusions de cette conférence, parce que c’est une étape importante vers la conférence de Paris, qui comme vous le savez, pour moi est un peu l’ultime rendez-vous, un peu la dernière chance, avant l’immense catastrophe pour l’ensemble de l’humanité.
Dans la perspective de la conférence de Paris, vous allez vous rendre dans combien de pays ?
Idéalement il faudrait que j’aille visiter tous les pays, ce qui est physiquement impossible. On se partage la tâche entre le président, Pascal Confin, Laurent Fabius et notre ambassadeur climat, Monsieur Lapouge. Moi je vais privilégier, notamment un certain nombre de pays d’Amérique du sud, parce que cette année comme vous le savez, il y a une conférence à Lima au Pérou. Il ya une pré-cop au Venezuela. Donc je vais aller au Pérou et au Venezuela. Je vais aussi poursuivre le dialogue avec les pays de l’ALBA et je vais aller aussi d’ici l’été prochain rencontrer tous les responsables politiques des petites îles océaniennes. Toutes ces petites îles qui sont les premières menacées par le changement climatique, notamment par la montée des eaux.
Je ne sais pas encore combien de pays je pourrai encore visiter. J’ai pris cette mission il y a 18 mois de cela, j’ai déjà fait à peu près une trentaine de pays. J’ai fait tous les pays de l’Europe par ce qu’il est important aussi de mobiliser, d’harmoniser les points de vue en Europe, parce que c’est à l’Europe de définir aussi ce qu’ils sont capables de donner en termes de financement et aussi en termes de transfert de technologie vers les pays du sud. C’est à l’Europe de prendre sa part de responsabilité. J’ai été voir les deux grands pays que sont la Chine et les États-Unis, qui sont devenus maintenant les principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Voilà c’est sans fin. Vous dire jusqu’où j’irai, ça va dépendre de ma résistance. Ici, pour moi c’est l’étape d’un dialogue que la France a engagé en amont de la conférence de 2015, pour écouter les revendications et les conseils des Africains.
Pour moi c’est ce que j’attends de cette rencontre ici. La présence d’un représentant de la France à cette conférence c’est parce que nous voulons avoir un dialogue d’écoute avec les Africains. Si les Français qui accueillent la conférence sur le climat en 2015, ne se mettent pas en 2014 dans une position d’écoute, et plus que d’écoute, pour tenir compte des doléances des pays africains, pour les relayer à tous ceux qui vont participer à la conférence des Nations Unies, je pense qu’on réduira les chances de succès à Paris.
Entretien réalisé par Mamadou Dian Baldé
L’indépendant, partenaire de GuineeActu
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